Veine Verte : Des municipales vert pâle ? (Opinion)

lun 27/01/2020 - 15:27 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:03

----L'environnement qui nous entoure et qui nous est cher -- celui de la Haute-Loire -- nous l'évoquons ici, de manière engagée, comme chaque dernier vendredi du mois, dans notre chronique Veine Verte. Cette tribune d'opinion n'a pas vocation à représenter l'avis de la rédaction.-----La Haute-Loire a depuis toujours un passif avec l'écologie. "Ecolo" fait partie de ces mots qui donnent de l'urticaire à maintes et maints... L'"écolo", c'est l'empêcheur de polluer en rond, c'est celui qui s'oppose à la modernité, au progrès, à la déesse machine et à la fée chimie, dans une région complexée qui a tant souffert des rudesses du climat et d'une terre ingrate depuis le fond des âges.
Souvenons-nous par exemple des menaces de mort proférées à l'encontre des opposants au barrage de Serre de Lafarre, il y a quelques années… Comment ces Indiens chevelus osaient-ils s'opposer ? Et l'économie, alors ? Et l'emploi ? Et le progrès ?

Les "malfaisants" avaient raison
Seulement voilà, le petit pois qui nous sert de planète se consume à toute allure et par tous les bouts, de l'Afghanistan au Sahel en passant par l'Inde, la Californie, l'Amazonie et aujourd'hui l'Australie… De notre biodiversité, il ne reste que des miettes (mais quel élu s'intéressera au sort de la pie-grièche en Haute-Loire ?). Incapables de résister à des canicules bibliques, les monocultures de résineux qui ont envahi les plateaux du département pourraient avoir disparu dans 20 ou 30 ans. Et que dire de nos sols, tous contaminés ? Ou de nos ressources en eau, de plus en plus menacées ? L'impossible vérité, c'est que ces maudits écolos – ces "malfaisants", pour reprendre l'expression fameuse d'un ancien président de la chambre d'agriculture – avaient raison depuis le début : raison de boycotter les supermarchés et leurs produits suremballés qui ont fait trois fois le tour de la planète, raison de boycotter les vêtements synthétiques et les voyages aux antipodes, raison de dénoncer un modèle économique mortifère, raison de militer pour la réduction des déchets, les variétés anciennes, le "bio et local", les vacances de proximité et le maraîchage sur sol vivant…

Les élus même les plus rétifs commencent à reconnaître du bout des lèvres, sans trop stresser tout de même, qu'il faudrait "peut-être" faire quelque chose. Reste à savoir quoi ! Et on ne peut pas sans perdre la face écouter ces extrémistes à bonnets de laine… sans compter qu'il n'est pas question de renoncer au sacro-saint développement du territoire à coup de ronds-points, de contournements, de lotissements, de panneaux numériques, de parcs éoliens, de stades synthétiques dernier cri et de grandes enseignes commerciales… bref, que des choses indispensables.

Du bio à la cantine, nous sommes sauvés !
Dans les salles de réunion, on se triture donc les méninges pour avoir l'air vert, on pioche des idées "sexy" à droite à gauche, on se met à réclamer du bio dans les cantines (c'est la grande mode… même si la Haute-Loire manque encore cruellement de producteurs). On crée des petits jardins partagés et puis on ouvre des pistes cyclables (en encourageant le vélo électrique… qu'importe que les batteries polluent, de la technologie viendra notre salut !).
Sans oublier les nichoirs à oiseaux, amoureusement fabriqués à l'école par nos chers petits monstres. En somme, on donne dans le cosmétique, en se gardant bien de se préoccuper du fond… d'autant qu'il faut rénover le stade (très important, le foot, à l'heure où la planète brûle !), changer l'éclairage public, relancer le tourisme, empêcher la disparition du petit commerce et refaire les trottoirs de la commune…

Le fond des choses
Face à l'urgence écologique et climatique, plus criante d'année en année, on peut dégager deux axes de réflexion : le premier consiste à alléger au maximum notre empreinte écologique afin de limiter le dérèglement du climat et l'effondrement de la biodiversité, le second à préparer la population à affronter des événements météorologiques de plus en plus extrêmes.
A l'échelon local, les mesures efficaces sont connues depuis des lustres. Il s'agit d'abord et avant tout de communiquer massivement et sans relâche (auprès des écoles ou via les bulletins municipaux, entre autres) afin de sensibiliser les Altiligériens aux bonnes pratiques : réduire drastiquement sa consommation (mais quel maire osera jeter ce pavé dans la mare ?), privilégier les achats d'occasion, manger bio et local (l'un ne va pas sans l'autre), passer au "zéro déchet" (certains Altiligériens ont réduit le volume de leur poubelle de 90 %), boycotter l'avion bien sûr, régénérer les sols, créer des mares pour faire revenir la vie, planter des haies, etc.

En route vers l'autonomie…
Les mairies peuvent aussi encourager activement l'installation de maraîchers bio et planter, pour trois francs six sous, des milliers d'arbres fruitiers dans les villages (en sollicitant l'aide des anciens qui savent greffer). Ces nouveaux arbres viendront rejoindre les pommiers et poiriers centenaires qui se cramponnent encore parfois à la vie sur les terrasses du département…

Si les scientifiques ont vu juste et que nous allons vers un climat chaque année plus hostile (les faits semblent leur donner raison), le devoir des futurs élus est de préparer les Altiligériens dès maintenant à des événements extrêmes, et donc de leur apprendre les rudiments de l'autonomie : faire son pain, limiter drastiquement ses besoins en arrosage, filtrer son eau, préparer ses conserves de légumes, faire ses semences soi-même, allumer une cuisinière à bois, fabriquer son beurre, etc.

Les associations environnementales n'ont jamais pu faire grand-chose face aux arguments massues de l'économie, de l'emploi, du progrès. Un peu partout en Haute-Loire, des collectifs d'un nouveau genre se montent cependant pour pallier la pusillanimité, l'attentisme ou l'impéritie des élus. La priorité, clament ces nouveaux militants, c'est de se battre pour amortir les chocs à venir. C'est maintenant. L'urgence est là. Le stade de foot attendra.

Oumpah-Pah

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