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Veine Verte : le malabar des falaises (OPINION)

Date : 21/06/2019 | Mise à jour : 25/09/2019 11:14
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Grâce à ses reliefs torturés et ses gorges inaccessibles, la Haute-Loire abrite encore une des plus belles populations de hiboux grands-ducs de l’Hexagone. Aussi imposant soit-il, cet oiseau rupestre n’en est pas moins d’une discrétion proverbiale, grâce à des mœurs essentiellement nocturnes et à un plumage si mimétique qu’on le croirait revêtu d’une cape d’invisibilité…

L'environnement qui nous entoure et qui nous est cher -- celui de la Haute-Loire -- nous l'évoquons ici, de manière engagée, comme chaque dernier vendredi du mois, dans notre tribune d'opinion Veine Verte. Après une pause estivale, Veine verte reviendra en septembre.

Fin juin 2019, dans les gorges, à deux pas du Puy-en-Velay, sous le soleil voilé d’une fin d’après-midi, une scène insolite comme seule la nature peut nous en offrir. Dans une falaise, deux jeunes hiboux grands-ducs font les cent pas devant la plate-forme rocheuse qui leur tient lieu d’aire, impatients de quémander la becquée du soir à leurs parents escamotés non loin de là dans un fourré… lorsqu’ils reçoivent soudain la visite bondissante d’un hôte incongru sous nos latitudes altiligériennes… un chamois ! D’un pas maladroit, un des petits s’empresse d’aller se blottir au fond du nid… mais l’autre tient tête au cabri et se met en posture de défense, plumage gonflé à bloc, les ailes plaquées à terre en éventail pour se donner de l’importance, feulant sur cette drôle de bête à cornes qui le renifle avec insistance. Rien à craindre pour notre grosse boule de duvet, le chamois est strictement herbivore et reprend d’ailleurs son chemin peu après… il était simplement mu par la curiosité !

Le Grand-Duc en son grand-duché

"Grand-Duc" : ce nom lui va comme un gant. Il a ce port altier et ce regard hautain (quand il n’est pas foudroyant) qui vous fait comprendre qu’il y a lui, en haut de la falaise, et vous, en bas. De toute la journée, comme il sied à son rang, il ne cillera pas. Il faudra attendre la nuit tombée pour que son altesse s’épouille méticuleusement, laisse échapper quelques hululements laconiques et lugubres et décolle sans un bruit pour aller quérir sa pitance. S’il vit chez nous dans les falaises (en premier lieu dans les gorges, donc), le grand-duc pouvait à l’origine nicher au sol, jusqu’à ce que l’Homme ne se fasse trop pressant et ne le relègue, comme tant d’autres espèces, aux milieux inaccessibles. Au printemps, Madame, étalée de tout son long comme un cachalot sur la grève, donnera naissance à un, deux, trois ou quatre petits, qui grossiront à vue d’œil jusqu’à atteindre la taille honorable de 70 à 90 cm de haut, pour une envergure pouvant aller jusqu’à 1,90 mètre. L’évolution des petits est un régal. Comme chez les humains, le nouveau-né n’a pas un physique facile, mais ça s’arrange par la suite. Le plus amusant reste la formation des aigrettes (les deux petits pinceaux de plumes qui ornent la tête) : juste avant qu’elles ne s’emplument, elles prennent la forme de deux petites boules duveteuses qui donnent à l’animal un petit air d’ours en peluche !

Un hibou qui mange de tout

Les Rencontres Naturalistes confirment chaque année le recul de la biodiversité dans notre département. Comme partout, les espèces dites "spécialistes" disparaissent (les oiseaux des champs comme la pie-grièche ou le tarier des prés, par exemple, ou encore les oiseaux inféodés aux zones humides, comme le vanneau huppé, dont les effectifs chez nous s’effondrent), laissant le champ libre à une poignée d’espèces généralistes qui prolifèrent : les pigeons, les corneilles, les choucas, les pies… Notre malabar des falaises, le hibou grand-duc, tire heureusement son épingle du jeu (une centaine de couples chez nous) grâce à un spectre alimentaire très large, qui va du jeune renard à la corneille en passant par le poisson (les grands-ducs du lac de Grangent sont spécialisés dans la pêche !), l’éternel campagnol ou la buse variable…

Plaidoyer pour la diversité

La seule et unique manière de sauver cette merveilleuse diversité qui nous entoure, la seule manière de faire revenir dans nos villages les moineaux et les hirondelles, les papillons et les abeilles, les hermines et les saumons, ce n’est pas de lancer des programmes de sauvegarde ou d’alevinage (comme récemment pour le saumon), c’est de changer radicalement, chacun d’entre nous, de mode de vie, et d’aller vers la sobriété en tout. Pour ce faire, en attendant que les élus locaux lèvent les paupières (aujourd’hui encore, comme à Chaspuzac, on construit des supermarchés, ces "temples du plastique" dont la plupart des produits sont importés !) et sortent de la logique d’un développement qui n’a de "durable" que le nom, le boycott apparaît ici comme une arme redoutable : boycotter tout ce qui vient de loin, et donc boycotter les zones commerciales et les supermarchés, boycotter tous les produits indûment plastifiés (refusez le plastique chez la fleuriste !), boycotter les banques qui financent des projets polluants, boycotter l’avion et les vacances aux antipodes… La nature et nos enfants nous diront merci !

Oumpah-Pah




Précédemment dans Veine verte :

Requiem pour une poubelle (25 mai 2018)

Ode à nos paysages
(28 juin 2018)

Oui-Oui et l'Éolienne magique
(19 septembre 2018)

Retour à la case marché
(22 octobre 2018)

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(22/11/2018)

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