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Veine Verte : zones humides au régime sec (OPINION)

Date : 19/01/2019 | Mise à jour : 13/02/2019 06:32
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Les samedi 9 et dimanche 10 février 2019 ont eu lieu les "Rencontres Naturalistes de Haute-Loire" sur le thème des zones humides. L’occasion de se pencher sur ces milieux encore parfois jugés hostiles et ingrats, et pourtant essentiels à l’équilibre écologique.

L'environnement qui nous entoure et qui nous est cher -- celui de la Haute-Loire -- nous l'évoquons ici, de manière engagée, comme chaque dernier vendredi du mois, dans notre chronique Veine Verte.
Cette tribune d'opinion n'a pas vocation à représenter l'avis de la rédaction.

Des zones humides pour lutter contre la sécheresse

Qu’elles soient tourbières, narces, mares ou ripisylves, les zones humides possèdent de multiples bienfaits. Capables de stocker d’énormes volumes d’eau lors des fortes pluies, narces et tourbières contribuent efficacement à la prévention des crues et des inondations (tout en restituant l’eau progressivement lors des épisodes de sécheresse). Ce sont aussi de véritables stations d’épuration naturelles qui permettent de filtrer les engrais, les pesticides agricoles, et même les métaux lourds… dans une certaine mesure. Ce sont également des puits de carbone et, last but not least, de formidables havres de biodiversité. Accusées à tort de tous les maux (par exemple de propager des maladies !), plus des deux tiers des zones humides ont disparu en un siècle en France (trois millions d’hectares !) et, comme dans le cas de bien des milieux naturels, la protection officielle par la loi semble surtout théorique, au vu de leur état actuel.

Ripisylves en plastique

Prenons le cas des ripisylves de la Loire (les ripisylves sont les zones végétalisées régulièrement inondées bordant les cours d’eau). En aval du Puy-en-Velay, elles sont constellées de déchets plastiques en tous genres, des bouteilles de soda aux chaussures en passant par les couches, les médicaments, les lambeaux de bâches et les gadgets électroniques, qui ne sont certainement que la partie visible de l’iceberg, l’essentiel du plastique, sous forme de particules, étant invisible à l’œil nu… Plastiques et particules qui, rappelons-le, finiront dans l’océan (un jour, nos élus ouvriront enfin les yeux sur la tragédie écologique qui est en train de se jouer et vanteront à l’unisson les bienfaits du "zéro déchet" : simple, redoutablement efficace, gratuit pour la collectivité). De manière générale, difficile de ne pas juger la Loire aval répugnante quand on la compare à la Loire amont. L’aspect des berges, la pauvreté générale de la biodiversité et la quasi-absence de baigneurs en été sont là pour l’attester.

La plupart des petites mares sauvages ont disparu et les narces du département sont elles aussi dans un triste état. Au vu du gigantesque défi écologique et climatique que nous devons relever, toutes devraient faire l’objet d’une protection intégrale, quitte à installer des observatoires aux abords des sites pour les visiteurs (comme autour du célèbre lac de Der, en Champagne). Les narces de Champclause et de Chaudeyrolles, par exemple, victimes du drainage au XXe siècle, ne sont plus que l’ombre de ce qu’elles furent, au point que même les busards, des espèces pourtant emblématiques de ces milieux, s’y font de plus en plus rares.

Bas-en-Basset, morne plaine

La zone humide qui possède chez nous le plus fort potentiel, ce sont encore les anciennes gravières de Bas-en-Basset, en bord de Loire. Or, en l’état actuel des choses, la biodiversité y est anémique en comparaison de ce qu’elle devrait être, au point que certains ornithologues n’y mettent plus les pieds : même pendant les migrations, c’est morne plaine ! Les causes de cette indigence sont sans doute multiples et pour certaines invisibles, mais le dérangement fait sans doute partie des principales, l’ensemble des étangs étant fréquentés en toutes saisons par toutes sortes de publics, y compris par des 4x4, des quads, des motos... ou même des chasseurs. Gageons que le nouveau projet de "valorisation" (le terme peut faire frémir !) des gravières saura accorder toute sa place à la lutte contre la pollution et à la protection du vivant, à l’heure où les scientifiques ne savent plus comment nous faire comprendre que la vie sauvage est en train de s’éteindre sur Terre...

Une baignoire dans le jardin

La diversité étourdissante des milieux et des paysages de Haute-Loire devrait nous servir d’aiguillon pour recréer des biotopes propices à la vie partout où c’est possible, par exemple en essayant de convaincre les élus locaux de créer des mares sauvages (sans accès public ni aucun aménagement !), qui serviront de réservoirs de biodiversité et permettront de restaurer peu à peu ce qui a été détruit à grands coups de machines depuis un siècle. A l’échelle individuelle, on pourra créer une mare à grenouilles au fond du jardin, par exemple en enterrant une vieille baignoire qui deviendra en quelques semaines une oasis pour une multitude d’espèces. Chauves-souris, libellules et batraciens se chargeront de réguler les populations de moustiques !

Oumpah-Pah




>> Précédemment dans Veine Verte :


Éloge permacole (24 avril 2018)
Requiem pour une poubelle (25 mai 2018)
Ode à nos paysages (28 juin 2018)
Oui-Oui et l'Éolienne magique (19 septembre 2018)
Retour à la case marché (22 octobre 2018)
Le chasseur de serpents (22/11/2018)
Un verger pour royaume (21/12/2018)


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Commentez

img_journalistepp le 26 janvier 2019 - 16h17
L'article dit l'évidence ,encore faudrait-il qu'il soit lu par les élus locaux , car ce sont eux qui portent l'aménagement du territoire .Seront-ils présents aux Rencontres naturalistes ?

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