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Veine Verte : Les amis de la faux (OPINION)

Date : 23/05/2019 | Mise à jour : 21/06/2019 11:38
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Dans les pays riches dont nous sommes, le pétrole et l’électricité ont fait disparaître en un siècle la quasi-totalité des savoir-faire et des outils ancestraux qui, en plus d’être écologiques, étaient de merveilleux témoignages du génie humain, fruits de plusieurs siècles d’améliorations successives…

L'environnement qui nous entoure et qui nous est cher -- celui de la Haute-Loire -- nous l'évoquons ici, de manière engagée, comme chaque dernier vendredi du mois, dans notre chronique Veine Verte.
Cette tribune d'opinion n'a pas vocation à représenter l'avis de la rédaction.

Ça y est, les Saints de Glace sont derrière nous. Le Général Hiver jette ses dernières forces dans la bataille en faisant souffler un vent du nord à décorner les bœufs, mais ses coups de boutoir s’estompent peu à peu et ce n’est plus tout à fait la Sibérie. Même notre mont Fuji a fait l’abandon du blanc manteau qui le calfeutrait jusqu’ici. Dame nature reprend son babil printanier : le glouglou de la rivière, le zonzon des bourdons, le froufrou des feuilles du tremble, le gazouillis du chardonneret. Le fracas de l’épareuse.

L'ère du machinisme viril

L’épareuse, c’est ce tracteur armé d’un bras articulé qui sert à entretenir les haies. Elle a été inventée pour rappeler à l’Homme en temps de paix ce qu’est une scène de guerre. Il y a le bruit, d’abord, le fracas tétanisant des branches déchiquetées, broyées, écrabouillées (parfois des troncs !) entre ses mâchoires d’acier, le crissement du métal sur les pauvres murets tremblants qui bordent parfois encore les routes (plus pour longtemps !). Tant pis pour la fauvette et son nid douillet, éparpillés façon puzzle. Et puis il y a le tableau. Les bords de route, les bords de Loire, Verdun après les bombes, la beauté outragée. La machine est passée, l’Homme est un peu fier, quelle efficacité ! Toute cette pollution, tout ce bruit, toute cette débauche d’énergie, tout ça pour terrasser la nature !

La machine est devenue tyrannie. On ne sait plus faire sans. On en a beaucoup, partout, alors il faut bien s’en servir. Malgré un impact écologique qui devrait nous pousser à les fuir. Prenons un exemple qui parle aux Altiligériens, l’agriculture. Dans les années 1940, il fallait 1 calorie fossile (du pétrole) pour obtenir 5 calories alimentaires. Aujourd’hui, il en faut 10 pour obtenir 1 pauvre calorie alimentaire. Et puis comment l’agriculture peut-elle faire rêver quand l’agriculteur est aujourd’hui un homme seul, hors-sol, entouré de machines, et bientôt remplacé par elles ? Dans un canard local, une publicité en pleine page nous vante les charmes de la Roumanie pour nos prochaines vacances. Premier des arguments cités : "Un pays où les travaux des champs se font encore à la main"... L’espoir viendra-t-il chez nous des NIMA-culteurs*, qui se détournent du pétrole et limitent l'usage des monstres de métal ?

La tondeuse a tout faux

Prenez la tondeuse. Fabriquée à l’autre bout du monde (ou en France, mais avec des composants chinois), elle pollue nécessairement, à la fabrication d’abord, puis au transport, et enfin à l’usage, puisqu’elle consomme du carburant ou de l’électricité. Sans compter que l’engin casse les oreilles, ne demande qu’à tomber en panne et, pour couronner le tout, réduit les insectes en bouillie, ceux-là même dont le monde pleure en ce moment l’agonie (mais tout va bien, les États-Unis viennent de lancer un programme de "drones pollinisateurs" pour remplacer les abeilles)…

Prenez maintenant la faux. La faux de votre arrière-grand-père, vous savez, celle qui traîne au fond de la soue à cochons, sous le montadou. Vous avez dans les mains une des plus merveilleuses incarnations du génie humain. De coût modique et d’entretien aisé, la faux est inusable et dure des générations, une première bonne nouvelle à l’époque du tout-jetable. Ajustée et maniée dans les règles de l’art, elle ne fatigue guère et ne malmène pas les lombaires. Elle consomme par ailleurs très peu d’énergie à sa fabrication et aucune à l’usage (sinon un peu d’huile de coude, la meilleure des énergies renouvelables). En cas de malheur, elle est réparable et 100 % recyclable. Cerise sur le gâteau, elle coupe l’herbe au ras du sol (en silence s’il vous plaît !) sans la déchiqueter et respecte donc la biodiversité. Si la perspective de faucher une grande surface vous effraie, plusieurs possibilités sont à étudier, comme inviter des amis faucheurs avec qui vous taillerez l’herbe et le bout de gras, ou renoncer à faucher une partie de votre terrain afin de laisser une zone sauvage qui servira de précieux refuge à la faune...

Une trottinette décède à 28 jours

Si les nouvelles technologies trouvent des applications formidables, par exemple dans les domaines de la communication ou de la médecine, elles n’en sont pas moins très éphémères dans le temps (durée de vie moyenne d’une trottinette électrique de location : 28 jours… ceux qui passent par Lyon pourront s’amuser à compter celles qui croupissent au fond du Rhône ou de la Saône) et très polluantes en raison de la composition des batteries et de leur miniaturisation croissante qui en complique sérieusement le recyclage. Ajoutez à cela, enfin, qu’on ne respecte pas ces objets : le smartphone a rendu l’âme ? Aucune importance, on s’en réjouirait même presque : on va pouvoir en acheter un autre. L’ancien sera bien sûr "recyclé"… c’est-à-dire broyé.

Il ne s’agit pas de revenir à la bougie (de toute façon, les bougies sont aujourd’hui en paraffine, un dérivé du pétrole dont les particules sont très nocives pour la santé). Il s’agit d’inventer un nouveau modèle à taille humaine en s’inspirant pour partie, c’est vrai et cela n’a rien de honteux, de nos anciens. La faux, le hache-paille, le vélo (sans batterie, par pitié), le moulin à café, la balance Berkel, la chignole, la faucille, le beurrier breton, un merveilleux inventaire à la Prévert qui ne demande qu’à reprendre vie…

Éloge du "low"

À l’heure actuelle, tous les financements sont absorbés par le high-tech et les nouvelles technologies. Imaginez maintenant qu’ils soient redirigés vers le "low-tech", vers tous ces outils merveilleux qui n’ont besoin ni d’électricité, ni de pétrole pour fonctionner. Qui sont solides, durables et réparables par leur propriétaire, et donc éco-logiques. Et que l’on respecte, à la différence des objets électroniques ! Car quand on a un bel objet durable dans les mains, fabriqué avec amour, avec des matières nobles, on n’a pas le cœur de le jeter, et donc on le fait réparer.

Que l'avenir de nos enfants soit en péril (comme le clament la plupart des scientifiques) ou non (comme le pensent la plupart des industriels et des politiques), ce génie humain qui s’affranchit des énergies polluantes mérite d’être valorisé et encouragé. Certains Altiligériens perpétuent mordicus ces vieilles traditions qui ne demandent qu’à renaître, perfectionnées par les progrès de la science moderne. Comme les sémillants "Faucheurs du Velay" qui proposent des initiations au battage et au maniement de la faux ce 30 juin 2019 à la fête de la faux de Pont-Salomon dès 9h, puis à celle de Montusclat le deuxième dimanche de juillet…

Oumpah-Pah

* NIMA : non issu du milieu agricole

Précédemment dans Veine verte :

Requiem pour une poubelle (25 mai 2018)

Ode à nos paysages
(28 juin 2018)

Oui-Oui et l'Éolienne magique
(19 septembre 2018)

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img_journalistepp le 1 juin 2019 - 12h20
L'épareuse est la machine la plus détestable qui soit .Il faut voir les bords de routes traités par cet engin , les arbres déchiquetés comme par une bombe . Mais le propriétaire est le plus souvent une mairie ou la DDE , A eux de changer pour une machine plus respectueuse du végétal , il en existe et certains services publics en disposent . Et faut-il toujours donner dans la manie de tailler ?

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