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Veine verte : retour à la case marché (OPINION)

Date : 22/10/2018 | Mise à jour : 26/11/2018 10:48
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Dans cette nouvelle tribune, Veine verte contre-argumente les raisons qui nous éloignent souvent des étals des marchés de producteurs.

L'environnement qui nous entoure et qui nous est cher -- celui de la Haute-Loire -- nous l'évoquons ici, de manière engagée, comme chaque dernier vendredi du mois, dans notre chronique Veine Verte. Cette tribune d'opinion n'a pas vocation à représenter l'avis de la rédaction.

À l'heure où l'on sent poindre un début de prise de conscience dans l'opinion sur l'état de la planète devant les soubresauts du climat et la promesse de nouvelles canicules, de plus en plus de gens ne veulent plus attendre un hypothétique réveil des politiques face à l'urgence et souhaitent passer eux-mêmes à l'action pour faire partie désormais non plus du problème, mais de la solution.

Agir, soit, mais encore faut-il savoir comment. Une réponse se trouve à deux pas, sur les étals des marchés de producteurs. Et ça tombe bien, ceux de chez nous sont authentiques en diable.

En cette curieuse époque où la plupart des tomates et des fraises vendues en France sont produites hors-sol à l'étranger, où l'Hexagone importe la majorité de ses fruits et légumes, où 80 % de ce que les Français auront dans leur assiette la semaine prochaine n'est pas encore arrivé en France, le marché apparaît comme un merveilleux moyen de résister à un modèle de consommation tributaire de la pétrochimie qui compromet notre avenir à tous.

Passons en revue les arguments des (nombreux) réfractaires :

Pas le temps d'aller au marché !

L'expérience montre que (si on ne babille pas trop), on ne perd pas plus de temps à faire le marché qu'à arpenter les allées impersonnelles et criardes des grandes surfaces au guidon d'un chariot couinant, sous les néons blafards, au son d'une pop anglo-saxonne dont personne ne comprend les paroles. Le cadre offert par le marché est mille fois plus authentique et plaisant (il n'est qu'à voir la mine ravie des pèlerins de Saint-Jacques traversant la place du Plot du Puy le samedi !). Et puis, pour ceux dont la vie est vraiment trop agitée, il reste la solution des AMAP (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne), qui proposent des cagettes de légumes toutes prêtes, selon différentes formules.

Pas le temps de cuisiner !

Les Français passent près de quatre heures par jour devant les écrans. Pas le temps, vraiment ? Comptez une demi-heure pour une soupe ou une tatin de légumes… Sans oublier, comme le disait le regretté Paul Bocuse, que la cuisine commence par le marché ! Et ce ne sont pas les grandes toques du département qui diront le contraire, puisqu'elles-mêmes viennent y faire leurs emplettes dès potron-minet…

Pas assez varié !

Ah, bien sûr, il faut accepter de vivre avec les saisons et renoncer aux mangues et aux ananas… mais songez que l'Ardèche est à deux pas et que ses producteurs viennent nous régaler de leurs produits qui fleurent bon le soleil. Et puis, si vous êtes en panne d'inspiration, souvenez-vous que vous êtes Français : c'est peut-être le moment de redescendre votre livre de recettes signé Ginette Mathiot du grenier.

Pas assez pratique !

Dans le modèle de consommation en vigueur, il est vrai que le supermarché remporte la palme de la praticité. Il y a ici un choix à faire. Quel modèle veut-on promouvoir au fond ? Un modèle basé sur le plastique et la chimie, sur les élevages en batterie, sur le pétrole et les transports (5 000 kilomètres pour la moutarde de Dijon du Canada ou les melons de Charente du Sénégal, 12 000 pour les pruneaux d'Agen du Chili, 20 000 pour l'agneau de Nouvelle-Zélande), ou au contraire un modèle artisanal et local, à taille humaine et à l'empreinte écologique réduite ?

Trop cher !

Là encore, l'expérience montre qu'il est bien moins onéreux de faire le marché que de s'approvisionner dans les grandes surfaces. C'est d'autant plus vrai en Haute-Loire, où les prix sont plus que raisonnables (et où les marchands font "bon poids" !)… Sans compter qu'on échappe ainsi à tout ce superflu coûteux et polluant dont regorgent les supermarchés, les gadgets et babioles improbables en plastique qui finiront à la poubelle en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, la mode jetable, les produits de beauté bas de gamme, les promos irrésistibles sur des produits dont on n'a aucun besoin…

L'adieu au fromage synthétique

En réalité, les avantages des marchés de producteurs sont innombrables. Adieu les emballages tape-à-l'œil, trompeurs et polluants à fabriquer (qui représentent tout de même jusqu'à 15 % du prix du produit en grande surface), adieu les miels de synthèse, les poulets Tricatel de L'Aile ou la cuisse, les barquettes non recyclables en polystyrène, les blisters en veux-tu en voilà, les aliments ultratransformés de provenance douteuse, gavés de sucre bas de gamme, de beurre reconstitué, de fromage synthétique (sur les pizzas !), d'additifs chimiques, d'antibiotiques et autres inventions de laboratoire qu'on ne ferait pas manger à son chat. Le greenwashing tous azimuts des enseignes ne trompe personne ou pas grand monde : l'avenir sera "bio et local", et donc artisanal, ou ne sera pas.

Faire le marché, c'est aussi favoriser l'emploi du cru, des structures à taille humaine, des cultures plus manuelles et donc plus respectueuses de l'environnement. C'est favoriser une économie sobre en carbone. C'est réduire considérablement ses déchets. C'est créer du lien social. C'est militer en somme pour un modèle de société plus sain. Car les petits producteurs travaillent pour vivre, et non pour s'acheter le dernier pick-up qui va bien.

Parce qu'elle fait partie des endroits de France les plus authentiques qui soient, parce qu'ici on sait planter un chou, pailler un sol, élever une poule, parce qu'ici on sait le goût de la qualité, la Haute-Loire a une carte à jouer en montrant la voie. Pour le climat, pour la biodiversité, pour la poésie, pour la beauté, ringardisons les grandes surfaces, retour à la case marché !

Oumpah-Pah


>> Précédemment dans Veine Verte :

Stop ou encore ? (30 mars 2018)

Éloge permacole (24 avril 2018)

Requiem pour une poubelle (25 mai 2018)

Ode à nos paysages (28 juin 2018)

Veine verte : Oui-Oui et l'Éolienne magique
(19 septembre 2018)












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img_journalisteL le 26 octobre 2018 - 20h36
EH oui, il faut le dire tout cela et surtout le lire et s'en imprégner au cas où l'on n'en soit pas déjà totalement convaincu ...

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