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Veine Verte : Ne triez plus ! (Opinion)

lun 21/09/2020 - 19:43 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:08

Le cas du verre

Le cinéaste japonais Kurosawa a tourné, voilà 45 ans, un merveilleux film appelé Dersou Ouzala. Cette véritable ode à la nature sauvage, qui parlera aux Altiligériens, raconte l'histoire d'un petit trappeur sibérien, Dersou, qui se lie d'amitié avec un officier russe, Arseniev, chargé de cartographier les forêts de Sibérie avec son escouade.

----L'environnement qui nous entoure et qui nous est cher -- celui de la Haute-Loire -- nous l'évoquons ici, de manière engagée, comme chaque dernier vendredi du mois, dans notre chronique Veine Verte.
Cette tribune d'opinion n'a pas vocation à représenter l'avis de la rédaction.-----Dans une scène du film, les hommes d'Arseniev veulent mettre à l'épreuve les talents de tireur de Dersou dans les profondeurs de la forêt enneigée. Ils suspendent une bouteille de verre à une branche, à cinquante pas, et mettent Dersou au défi de briser la bouteille d'un coup de fusil. Et le petit trappeur de répondre : "Casser bouteille ? Vous fous ! Moi pas casser bouteille, moi couper fil qui tient bouteille, bouteille tomber dans neige, et bouteille sera à moi !" Goguenards, les hommes acceptent, Dersou épaule son fusil, tire, fait tomber la bouteille dans la neige et se précipite pour emmailloter son précieux trophée dans son baluchon…

Le recyclage, une fausse bonne idée

Qui n'a jamais ressenti un léger malaise en jetant ses bouteilles en verre dans le conteneur prévu à cet effet ? N'y a-t-il pas quelque chose de profondément anormal à briser des contenants qui sont en parfait état, et qui plus est fabriqués dans une matière saine, lavable et durable ? N'y a-t-il pas quelque chose de profondément anormal à les faire transporter dans des gros camions polluants qui vont parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres, pour faire fondre ce verre à 1 000°C (quelle dépense phénoménale d'énergie !) dans des usines spécialisées. Le bon sens commanderait plutôt de les réutiliser. Pour ce qui est des pots, bocaux et assimilés, certains Altiligériens s'en resservent déjà pour conserver leurs coulis de tomates, leurs ratatouilles pour l'hiver, leurs légumes lactofermentés, leurs pestos, pickles et autres confitures… Mais pour les bouteilles de vin ou de bière, c'est une autre affaire.

Une solution serait d'acheter son vin en vrac, mais tous les cavistes n'y sont pas favorables, car cela supposerait de traiter le vin pour qu'il se conserve (le cubi fait beaucoup d'adeptes… mais sa poche est en plastique). Reste une autre option, frappée au coin du bon sens, celle de re-généraliser l'emballage verre et sa consigne en France. Mais voilà, c'est un vœu pieux dans un pays qui refuse toute solution qui pourrait ressembler au monde de nos grands-parents et qui continue de miser mordicus sur le plastique et le tri sélectif… Peu importe qu'il soit énergivore et polluant, le système en place fait tourner l'économie… et arrange si bien les collectivités !

En attendant la consigne…

Les militants "zéro déchet" (un mode de vie dont les vertus semblent échapper en bonne partie à des élus biberonnés aux sciences économiques et lourdement assis sur les réalités physiques de la planète) sont conscients des limites du système et trient… le moins possible – s'épargnant ainsi la corvée d'aller dans des écopoints généralement répugnants. La solution, à leurs yeux, n'est pas le tri, mais la réduction drastique des déchets à la source, tout simplement. Ils font leurs courses avec leurs propres contenants : boîtes en verre pour le fromage, le beurre, la viande, etc., sacs en tissus pour les féculents, le sucre, la farine, les légumes, etc., bouteilles en verre pour le lait, l'huile, le vinaigre, le liquide vaisselle, etc. Résultat : ils n'ont plus rien dans leur poubelle et plus rien à trier, ou presque.

Ce mode de vie a entre autres vertus de favoriser la production locale. En cherchant bien, sur nos marchés altiligériens, on peut même trouver de la crème fraîche "zéro déchet", des lentilles en vrac, des shampoings solides… De quoi faire fondre nos poubelles, loin des solutions de "valorisation" high-tech qui ne sont que des cataplasmes sur une jambe de bois et n'ont pour but, in fine, que de faire perdurer des modes de consommation hautement néfastes pour la planète. Hélas, et c'est là qu'est l'os, le "zéro déchet" relève toujours d'une décision individuelle proche de la désobéissance civile (il consiste en effet – horreur – à consommer moins) et ne concernera donc jamais qu'une infime minorité d'individus conscients des terribles enjeux planétaires en cours… ce qui n'est pas une raison pour ne pas s'y mettre dès aujourd'hui !

Oumpah-Pah

> Précédemment dans Veine Verte :

Requiem pour une poubelle (25 mai 2018)
Ode à nos paysages (28 juin 2018)
Oui-Oui et l'Éolienne magique (19 septembre 2018)
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