Veine Verte : le visiteur de l'hiver (Opinion)

mer 19/02/2020 - 12:16 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:03

----L'environnement qui nous entoure et qui nous est cher -- celui de la Haute-Loire -- nous l'évoquons ici, de manière engagée, comme chaque dernier vendredi du mois, dans notre chronique Veine Verte. Cette tribune d'opinion n'a pas vocation à représenter l'avis de la rédaction.-----18 grammes de poésie
Seul représentant de sa famille, le tichodrome échelette, "ticho" pour les intimes [prononcez tiko], vit en haute montagne, dans les Alpes ou dans les Pyrénées, jusqu'à 3 000 mètres, mais descend passer la saison froide chez nous. C'est un solitaire, et un petit gabarit : il ne pèse guère plus de 18 grammes sur la balance – oui, mais 18 grammes de poésie ! À le voir, on le croirait sorti du bestiaire fantastique de [l'artiste ponot] Philippe Kaeppelin, mis en mots par Alexandre Vialatte (à croire d'ailleurs que c'est Vialatte qui a imaginé un nom pareil, "tichodrome échelette" !). Une drôle de petite souris grise à laquelle on aurait épinglé, en guise d'ailes, deux éventails empruntés à une danseuse de flamenco. Ailes repliées, le tichodrome est à vrai dire d'un mimétisme absolu et se confond avec le milieu rupestre dans lequel il évolue. La femelle a la gorge claire (comme sur le cliché, pris au Mézenc), le mâle l'a sombre. On ne les distingue pas autrement. Mais qu'il se mette à papillonner et la scène devient espagnole : le rouge, le noir et le blanc de ses ailes se mêlant dans un effet stroboscopique saisissant.

Le passe-murailles
Arpenteur solitaire des falaises et des façades en vieilles pierres (au Puy-en-Velay, on peut ainsi l'apercevoir sur le rocher Saint-Michel ou sur la cathédrale), il glisse son bec dans les moindres lézardes à la recherche de micro-organismes, en commençant par le bas, comme s'il escaladait les barreaux d'une échelle invisible, cramponné par ses longs doigts griffus à la paroi – son nom vient d'ailleurs du grec teîkhos drómos, "le coureur des murs". Notre petit paléomontagnard n'est pas particulièrement farouche mais d'un naturel vif et furtif. De temps à autre, il lui arrive de disparaître quelques instants dans une faille ou une anfractuosité, à la manière du Passe-Murailles, le personnage de Marcel Aymé. Soudain, le voilà qui pointe le bout du bec dehors, jette un coup d'œil à droite et à gauche comme s'il allait traverser la rue, bondit comme un diable et se laisse retomber de quelques mètres, d'un vol particulièrement désordonné, façon feuille morte en accéléré, avant de reprendre son inlassable manège. Pour les âmes sensibles, le spectacle est aussi hypnotique que celui d'une cascade ou d'un feu de camp qui crépite au fond des bois.

Le refuge de la contemplation
Sur une planète que nos décideurs malmènent comme à plaisir (voyez les grands travaux en cours ou les projets ubuesques de "valorisation", comme dans les gorges de l'Arzon !), accordons quelques instants aux quelques miettes de beauté et de poésie qui nous restent : un méandre encore sauvage sur la rivière, une pinède miraculeusement préservée, une mare encore intacte, la longue silhouette virginale d'une grande aigrette dans la plaine, le cri plaintif et strident du pic noir dans les gorges, le virevoltant rase-mottes du faucon hobereau sur le plateau… Au fil de cette chronique militante, nous avons eu l'occasion d'aborder différentes pistes que nous jugeons intéressantes à l'échelle individuelle face à l'urgence : le boycott, le bio et local, le low-tech, le zéro déchet, l'engagement associatif, la sensibilisation… ajoutons-y, pour faire bonne mesure, la poésie et la contemplation !

Oumpah-Pah

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