Prostitution en Haute-Loire : même invisible, elle existe

Par Nicolas Defay jeu 28/10/2021 - 06:30 , Mise à jour le 28/10/2021 à 06:30

« Ce serait se leurrer que de dire que le phénomène n’existe pas en Haute-Loire parce qu’il ne se voit pas ». Par ces mots, Aurélien Duvergey, directeur de cabinet du préfet de Haute-Loire, entend appuyer sur ce problème de société dont la majorité des victimes sont des femmes. Plusieurs actions vont être menées au cours de l’année sur le sujet dans le département.

Sans pouvoir indiquer des chiffres précis sur la prostitution en Haute-Loire, Aurélien Duvergey et Aurélie Nery, de la DDETSPP (Direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations), assurent que les données nationales sont un miroir de ce que le département altiligérien reflète. D’après les études de la Commission pour la Lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains, le nombre de personnes en situation de prostitution en France est estimé entre 35 000 et 40 000. 85 % sont des femmes, 10 % des hommes et 5 % des transgenres.

La traite des êtres humains est la 2ème forme de criminalité la plus lucrative derrière le trafic de drogue. Les profits provenant de l’exploitation sexuelle dans le monde sont estimés à 100 milliards de dollars par an. Source : egalite-femmes-hommes.gouv.fr

« En Haute-Loire, le recours à la prostitution se fait exclusivement par internet »

« Il est très compliqué d’identifier ces personnes en situation de prostitution car elles ne se voient pas dans les rues de notre département, souligne le directeur de cabinet du préfet. Mais ce serait de se leurrer que de dire que le phénomène n’existe pas en Haute-Loire parce qu’il ne se voit pas. En Haute-Loire, le recours à la prostitution se fait exclusivement par internet. Les personnes se donnent alors rendez-vous via ce biais chez des particuliers ou des chambres d’hôte ». Aurélien Duvergey ajoute : « Nous avons donc un travail à mener sur ces personnes qui sont sous l’emprise du système prostitutionnel et d’identifier les moyens pour les sortir de cette situation ».

« En Haute-Loire, il y a actuellement 50 annonces prostitutionnelles disséminées sur des sites spécialisés. Sans exception, il est certain que chaque personne s’adonnant à la prostitution le fait sous la pression, qu’elle soit émotionnelle, financière ou autres ». Aurélie Nery

> Le fait de recourir aux services d'une personne qui se prostitue est puni d'une amende de 1500 €. En cas de récidive, l'amende peut aller jusqu'à 3750 €.

> Le proxénétisme est puni de peines pouvant aller jusqu'à 7 ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende.

> La personne qui détient, exploite, ou finance un lieu de prostitution est punissable de peines pouvant aller jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 750 000 € d'amende.

38 % des personnes prostituées ont été victimes d’un viol au cours de leur vie

Selon le site Statista Research Department, en 2015 en France, 30 % des personnes prostituées sont dans la rue, 8 % dans des salons de « massages » et surtout 62 % via internet. Les données du site gouvernemental égalité-femmes-hommes mentionnent de leur côté que 93 % des prostituées femmes sont étrangères. Plus de la moitié ont subi des violences physiques et les deux tiers des insultes et des actes d’humiliation. Cette source révèle également que 38 % des personnes prostituées ont été victimes d’un viol au cours de leur vie. Ce taux est de 6,8 % pour les femmes en population générale.

Les crédits gouvernementaux alloués à la prévention et à l’insertion représentent seulement... 65€ par an et par personne prostituée. 2,4 millions d’euros sont confiés aux associations pour aider ces personnes, soit une part ridicule quand on sait que le chiffre d’affaire de la prostitution en France est de 3,2 milliards annuels. Source Association du Nid

Connaître le visage de la prostitution en Haute-Loire

Mardi 19 octobre, entre les murs de la préfecture, la Commission pour la Lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains, s’est réunie pour mettre en place des actions dans le but de combattre le phénomène. « Il en a découlé principalement de réaliser un état des lieux qui sera mené début 2022 sur la Haute-Loire, précise Aurélien Duvergey. Cela nous permettra d’avoir un audit précis sur la situation dans le département. Pour cela, nous allons demander à tous les professionnels enclins à rencontrer ce public-là de repérer des personnes susceptibles d’être concernées par la prostitution. Les professionnels peuvent être par exemple des assistantes sociales, des éducateurs, le SPIP (service pénitentiaire d'insertion et de probation), la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse) ou encore les forces de l’ordre ».

Il termine : « Dans un second temps, nous élaborerons des actions plus ciblées, des outils d’identification et d’orientation adaptés pour les professionnels et à destination des victimes du système prostitutionnel ».

« 70 % des acheteurs de faveurs sexuelles sont des pères de famille ». Aurélie Nery

Le taux de suicide est 12 fois plus élevé que la population générale

L’association du Nid renseigne dans une longue étude datée de mai 2015 que la prostitution coûte 1,6 milliards d’euros par an à la société française dont 853 millions d’euros qui partent en évasion fiscale. Les personnes en situation de prostitution déclarent 7 fois plus de pensées suicidaires que la population générale et consomment 4,5 fois plus de médicaments tels que les antidépresseurs et les anxiolytiques. Le taux de suicide est 12 fois plus élevé également.

Vous aimerez aussi

À découvrir

Contenus sponsorisés

Vos commentaires

Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire

3 commentaires

st

jeu 28/10/2021 - 20:06

cette activité servant à combler des besoins pour le moins essentiels, je ne vois pas comment lutter contre et il y a aura toujours des hommes et des femmes qui vivent de leur corps. Il faudrait mieux autoriser les maisons closes et les contrôler pour éviter la main-mise des mafias. Cela a autant de sens que de créer des salles de shoot.

na

jeu 28/10/2021 - 11:48

Mais que risque les proxénètes ? Au vu des dernières informations, pas grand chose. La prostitution reste encore malheureusement une façon de manger où alors de finir les fins de mois... A méditer 🙄

 

he

jeu 28/10/2021 - 11:06

si on connait leur téléphone c'est quand même facile, selon moi, de les localiser. Les clients les localisent bien. Depuis le temps que ces annonces constituent le plus gros des petites annonces d'un quotidien, le commerce devrait pouvoir s'éradiquer facilement.