Le Scan et la pénalisation des ''clients'' de prostituées

jeu 19/05/2016 - 11:49 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:41

Responsabilisation des clients, prévention, protection des victimes de la prostitution... La loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées a été publiée au Journal officiel du jeudi 14 avril 2016.
Est désormais puni d'une amende de 1 500 € le fait de solliciter, d'accepter ou d'obtenir des relations sexuelles avec une personne se livrant à la prostitution en échange d'une rémunération, d'une promesse de rémunération, de la fourniture d'un avantage en nature ou de la promesse d'un tel avantage. En cas de récidive, cette amende est portée à 3 750 €. La loi prévoit également comme peine complémentaire des stages de sensibilisation à la lutte contre l'achat d'actes sexuels.
Cette loi instaure par ailleurs la mise en place, dans les établissements de l'enseignement secondaire, d'une information sur les réalités de la prostitution et les dangers de la marchandisation du corps. Enfin, cette loi vise à mieux protéger les victimes de la prostitution avec la création d'un parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle.

Ne pas banaliser l'acte d'achat d'un corps humain
Dans « Prostitution Pour ou Contre ? », Brigitte Masset Bourret dénonce le traitement de la femme dans la société. Pour elle, avoir recours à une prostituée est un crime contre l'humanité, une "démission de l'intelligence" par des hommes puérils conditionnés par une société qui dévalorise la femme.
Environ 20 000 personnes se prostituent en France dont 85 % sont des femmes, beaucoup venues de l'étranger. Parmi elles, seules 2 % feraient un choix volontaire et prendraient plaisir à se prostituer. Un argument de taille que met en avant Brigitte Masset Bourret, pour qui le fait de pénaliser ces femmes n'est pas en accord avec le choix de beaucoup d'entre-elles.
----« On dit que l'esclavage a disparu de la civilisation européenne. C'est une erreur. Il existe toujours, mais il ne pèse plus que sur la femme, et il s'appelle prostitution. » [...] « La misère offre, la société accepte », Victor Hugo, Les Misérables, 1862.-----La Ponote livre ici son point de vue réfléchi qu'elle exprime à travers ces 118 pages. Elle plaidait alors, en 2014, pour la pénalisation des clients des prostituées, qu'elle appelle "prostituphiles" pour ne pas banaliser l'acte d'achat d'un corps humain et afin de provoquer une prise de conscience de la part de la société entière. Car à l'origine de la prostitution, selon elle, on retrouve les inégalités hommes-femmes. La loi votée ce 14 avril 2016 va dans son sens, même si celle-ci ne va pas assez loin à son goût...

Vous pouvez visionner l'interview intégrale en bas de page, ou "picorer" parmi ces trois morceaux choisis :

La prostitution, un métier comme un autre ?


Cette nouvelle loi est-elle liberticide ?

Brigitte Masset Bourret rappelle l'article IV de la Déclaration des Droits de l'Homme : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »

Pourquoi pénaliser les clients ?


La prostitution est-elle un mal nécessaire à notre société ?

Notamment pour les personnes disgracieuses ou souffrant de handicap ? Pour Brigitte Masset Bourret, « revendiquer son handicap afin d'obtenir des privilèges interdits aux autres est contraire au droit à l'égalité que réclament les personnes handicapées. »


Pourquoi certaines prostituées défendent le système ?

Le manifeste « Touche pas à ma pute » a été soutenu par certaines prostituées elles-mêmes. Pour Brigitte Masset Bourret, le milieu de la prostitution ressemble à celui des sectes : « Comme les prostituées, les adeptes des sectes défileraient aussi dans la rue contre une loi visant à leur rendre leur liberté qui interdit ces pratiques d'enrôlement. Le conditionnement de ces personnes bloque leur réflexion » car « la proie est d'abord valorisée puis déstabilisée, déshumanisée jusqu'à ce qu'elle n'existe que dans la négation d'elle-même pour devenir un objet obéissant. »

La Haute-Loire n'est pas épargnée
En Haute-Loire, il n'y a pas de racolage sur la voie publique, mais si les prostituées ne sont pas visibles, elles existent. L'affaire des prostituées rackettées en janvier dernier au Puy-en-Velay avait étalé au grand jour les venues, ponctuelles, de prostituées, basées dans des grandes villes limitrophes, qui louent des appartements ou chambres d'hôtels à la journée et y donnent rendez-vous à leurs clients altiligériens via Internet.
----« Tout homme [...] ne peut s'aliénier lui-même à aucun prix (ce qui contredirait le devoir de l'estime de soi). » Kant, métaphysique des moeurs-----Mais on peut supposer que des personnes de Haute-Loire se prostituent également de manière plus discrète. Tout récemment, le cas d'un mineur de 15 ans a été qualifié de prostitution par le tribunal correctionnel du Puy. Le jeune Brivois, fragile psychologiquement, acceptait des cadeaux en nature d'un homme de 42 ans avec qui il avait des relations sexuelles.

Voir l'interview intégrale :


Quelques chiffres

Environ 50 % des prostituées ont leur première relation sexuelle avec leur père. 80 % ont subi des violences sexuelles dans l'enfance.

Le proxénète touche entre 75 et 90 % de l'argent empoché par ses « protégées ».

75 % des escortes ont commis une tentative de suicide. Les femmes prostituées comptent pour environ 15 % des suicides rapportés par les hôpitaux français.

L'Organisation pour les Droits de l'enfant, dont le siège est à Amsterdam, estime que le nombre de mineurs qui sont prostitués est passé aux Pays-Bas de 4 000 en 1996 à 15 000 en 2001. En légalisant la prostitution, « l'Etat néerlandais est devenu l'un des principaux proxénètes d'Europe », estime Brigitte Masset Bourret.

En Allemagne, la prostitution est légale depuis 2002. Pour la Coupe du monde de football en 2006, un complexe prostitutionnel de 3 000 m2 a été construit à Berlin pour accueillir 650 clients en même temps. On estime à 40 000 le nombre de jeunes femmes importées d'Europe centrale et de l'Est. Selon Brigitte Masset Bourret, « ces jeunes femmes, à qui l'ont a promis un emploi de serveuses de bars ou de restaurants, ne se doutaient pas qu'on les obligeraient à se prostituer. »

Brigitte Masset Bourret relève qu'en Allemagne, le trafic d'esclaves du sexe a augmenté de 70 % en huit ans. On pourra remarquer qu'on ne peut comparer un comptage réalisé sur une activité déclarée et celui sur une activité souterraine. Ce à quoi Brigitte Masset Bourret répond que c'est évident mais qu'il faut bien se baser sur quelque chose.

La Ville de Stockholm pénalise les clients de prostituées depuis 1999. Le gouvernement suédois établit qu'entre 1999 et 2008, la clientèle de prostituées est passée de 13 % à 7,8 %.

Selon un sondage OpinionWay paru ce mardi 10 mai 2016, 9 % des personnes interrogées se disent prêtes à coucher pour réussir en entreprise, surtout les jeunes. Entre 18 et 24 ans, ils sont même 1 sur 5.

Qu'est-ce que "Le Scan" ?

  • Retrouvez ci-dessous les dernières émissions du Scan :

* Luc Crépy, nouvel évêque du Puy-en-Velay

* Jean-Pierre Marcon, président du Conseil départemental

* Gérard Roche, nouveau directeur du festival de La Chaise-Dieu

* Michel Wagner
, directeur de la maison d'arrêt du Puy

* Gérard Roméas, Président du COP rugby qui remonte en Fédérale 3

* Jacky Crespy, entrepreneur sur le tourisme en Haute-Loire

Christophe Gauthier et Antoine Kuntgen, du Puy Foot 43 Auvergne

Laurence Cottier, co-présidente de l'office de commerce et d'artisanat de l'agglomération du Puy-en-Velay.

Olivier Servaire-Lorenzet, qui a passé sept ans à la tête de l'hôpital du Puy, avant de quitter ses fonctions début juillet.

Jean-Louis Roqueplan, le grand architecte des fêtes du Roi de l'Oiseau, à l'aube de la trentième édition des Fêtes Renaissance.

Jean-Jack Queyranne, le Président de la région Rhône-Alpes et le candidat socialiste aux élections régionales de début décembre. 

* Cécile Cukierman, candidate d'une "Gauche qui ne renonce pas" pour la tête de liste l'Humain d'abord, qui réunit le Parti communiste et le Mouvement républicain et citoyen (MRC).

* Jean-Pierre Vigier, député et numéro trois de la liste de Laurent Wauquiez, défend les couleurs de la droite et du centre dans Le Scan.

Jean-Charles Kohlhaas, tête de liste du Rassemblement citoyen et solidaire en Rhône-Alpes Auvergne.

* Michel Chapuis, nouveau maire du Puy, Président de l'UDI et conseiller régional, était venu dans Le Scan quelques jours seulement après avoir succédé à Laurent Wauquiez.

* Eric Maire, le préfet de la Haute-Loire, était vernu défendrfe les positions de l'Etat, de la crise agricole aux réfugiés de St-Beauzire, en passant par l'avenir des services publics dans les territoires ruraux.

* André-Frédéric Delay, le Président du tribunal de grande instance de Haute-Loire, à propos de la délinquance rurale, la surpopulation carcérale et les peines alternatives qui en découlent, en passant par la difficulté de juger les délits routiers et les affaires qui marquent personnellement.

*  Une semaine à peine après l'abandon du projet de déchéance de nationalité, Abdelkader Railane était l'invité du Scan le 7 avril 2016. Le directeur de la Mission Locale d'Yssingeaux (référent dans la lutte contre la radicalisation pour le Conseil National des Missions locales), secrétaire départemental de la Commission pour la Promotion de l'Egalité des Chances et la Citoyenneté (COPEC), écrivain et chevalier de l'ordre des Palmes Académiques a abordé, sans tabou, les théories du complot, les phénomènes de radicalisation, ou encore le "vivre ensemble".

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