Feux de végétation : "20 ans après, on retrouve encore des traces"

Par Nathan Vacher lun 22/08/2022 - 15:30 , Mise à jour le 22/08/2022 à 15:30

La sécheresse presque inouïe de cette année 2022 est accablante pour un chiffre : 100 hectares de végétation sont partis en fumée depuis le début de l'année dans le département. Une multitude de causes pour autant de solutions, encore faut-il prendre conscience du constat alarmant de l'impact de la quantité et de la gravité de ces feux.

Le nombre d'interventions des sapeurs-pompiers sur des lieux de feux de végétation ne cesse d'accroître. Le dernier en date, non pas des moindres, celui qui a ravagé 130 000 m2 d'herbes sèches et de bois divers sur les hauteurs du Puy-en-Velay. "Cette sécheresse émane du désastre écologique que l'on crée. Parfois, on pense bien faire. On conserve l'eau de pluie dans des cuves, mais elle s'évapore. On ne respecte pas le cycle de l'eau qui permet de sauvegarder les rivières et les nappes phréatiques. Il ne s'agit pas de réparer une fois un feu arriver, mais de modifier notre gestion climatique à la racine. En Haute-Loire, ça passe déjà par accorder plus d'importance aux transports en commun", affirme Jean-Jacques Orfeuv, de France Nature Environnement Haute-Loire.

"Si le feu attaque la cime des arbres, 9 fois sur 10, ça ne redémarre jamais." Jean-Luc Parrel

Bien que le problème doit être solutionné en sa base, il n'en reste pas moins important d'arriver à retrouver un semblant de normalité pour les terres agricoles, les forêts et autres parcelles de végétation. "C'est un gros problème pour le sol, ça le met à nu", entame Jean-Luc Parrel, anciennement ingénieur départemental du Centre Régional de la Propriété Forestière (CRPF). "Le feu détruit l'activité micro-organique du sol et le stérilise. Sur les terrains forestiers, c'est encore plus néfaste pour la couche d'humus. Les conséquences sont diverses. Si le feu ne passe qu'une fois, ça peut aller. Si c'est sur plusieurs années, ça stérilise complètement le sol. Cela dépend aussi du type de feu. Si c'est un brûlage rapide d'herbes sèches, la sol peut à nouveau être utile à l'avenir. Si le feu attaque la cime des arbres, 9 fois sur 10, ça ne redémarre jamais."

Il poursuit : "Certains arbres sont plus sensibles que d'autres. Plus un arbre est jeune, plus son écorce est fine et moins il a de résistance."

"Laisser la nature reprendre ses droits sur le long terme"

Après certains feux, il est parfois plus intéressant de laisser la nature nous montrer ce qui est le mieux plutôt que d'intervenir. Introduire de nouvelles essences pas forcément adaptées au secteur ne feraient que aggraver la stérilisation du sol. "Un feu de végétation ne signifie pas que tout est mort. Certaines fois, c'est utile au renouvellement de la forêt. Sur le plan écologique et économique, il faut laisser la nature reprendre ses droits sur le long terme après un incendie. Ca ne se fera pas du jour au lendemain. 20 ans après, il peu toujours y avoir les traces d'un feu", poursuit Jean-Luc Parrel. "On doit vraiment s'en inquiéter. Si on peut presque facilement arrêter un feu sur une terre agricole, ce n'est pas le cas sur un terrain forestier, de nature assez compacte. Le feu peut durer très longtemps et s'étaler de manière exponentielle."

"Eduquer les gens et combattre les incendiaires"

Distinguer, les feux volontaires, des accidents, de ceux qui viennent des conditions climatiques, à ceux qui peuvent être évités. "C'est important d'éduquer les gens. Les conditions climatiques, c'est un problème que désormais nul ne peut ignorer, il se combat à petite et grande échelle. Mais je vois encore trop de personnes jeter leurs mégots par la fenêtre de leur voiture. Il faut également combattre les incendiaires, qui causent environ 9 feux sur 10. Soit on interdit les passages en forêt pendant les périodes de sécheresse, soit on se dit que nous sommes dans un pays civilisé, et on appelle au bon sens des gens."

Vous aimerez aussi

À découvrir

Contenus sponsorisés

Vos commentaires

Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire

1 commentaire

de

lun 22/08/2022 - 21:50

Comme souvent, les causes des sinistres sont multifactorielles.
Je peux seulement témoigner de ce que je connais bien.
Je cultive un jardin qui se trouve dans la zone incendiée à Taulhac.
La sécheresse est bien sûr en cause, ainsi que les incendiaires probables.
Mais aussi, les voisins qui ont préféré, l'hiver dernier, déposer leurs branchages au pied des haies de prunelliers plutôt que se déplacer à la déchetterie. Plus pratique pour eux.
Mais encore, l'absence de coupe-feu car je n'ai pas fait d'écobuage en février.
Ecobuage qui, maintenant, peut seulement se pratiquer sur autorisation, avec plans et formulaires.
Dissuasif pour moi!
Quand un sinistre est arrivé, on comprend mieux ce qu'il aurait fallu faire pour l'éviter.