Retenue collinaire à Chaspuzac : l’affaire part en justice

Par Nicolas Defay mer 12/10/2022 - 12:00 , Mise à jour le 12/10/2022 à 12:00

Un réceptacle d’eau d’une capacité de 60 000 m³ est en projet à Mauriac, commune de Chaspuzac. Loin de ne faire que des adeptes, cette retenue collinaire est surtout une fosse à tensions actuellement. À tel point que son devenir va finir entre les mains du Tribunal administratif de Clermont.

Un sujet qui va de nouveau faire des remous dans la commune de Chaspuzac. Après le lagunage de Pralhac à Loudes utilisé il y a peu par des entreprises de la Zone d’activité de « Chaspu », la pollution de la rivière du Say, la lagune de Fontannes et le ruisseau du même nom, c’est du côté de la retenue collinaire de Mauriac que les projecteurs judiciaires se tournent cette fois.

Surface, 14 500 m². Profondeur maxi, 7,71 m

Mercredi 19 octobre, un recours en annulation contre la Déclaration Loi sur l’eau déposée par la mairie de Chaspuzac sera étudié au Tribunal administratif clermontois. Autrement dit, le collectif de Mauriac VivreOVert et la FNE 43 (France Nature Environnement) demandent l’arrêt immédiat du dossier afin de suspendre les travaux d’une retenue collinaire d’une surface de 14 500 m² pour une profondeur maximale de près de 8 mètres. Ce trou est prévu dans le village de Mauriac, sur le site « Lous Pradoux », dont les premières maisons se situent moins de 50 mètres.

« Nous nous sommes jusque-là heurtés à une position de blocage »

Le collectif de Mauriac a tenté de proposer un compromis avec la mairie de Chaspuzac : d’accord pour mettre en place une retenue collinaire si les besoins sont avérés mais la mettre plus loin des habitations. « Nous nous sommes jusque-là heurtés à une position de blocage, déplorait le collectif dans un article précédent. La municipalité s’arque boute sur son projet de départ arguant que ce serait le seul endroit compatible avec les contraintes de réalisation sur l’ensemble du territoire communal ». Pourtant, la zone possible d’implantation recouvre, selon les informations du collectif, un territoire de 600 hectares dans la commune.

Les craintes des habitants de Mauriac ? Dépréciation de la valeur des maisons, impact visuel dégradé, pollution sonore du chantier, nuisances engendrées par l’eutrophisation de l’eau, multiplication des moustiques, des cyanobactéries, des algues, des mauvaises odeurs...

« Pour cette raison, nous avons décidé d’aller porter l’affaire en justice. Une de plus »

« Quand j’ai vu le projet, mon ressenti a été partagé entre la colère, la tristesse et le dégoût, explique une personne du collectif de Mauriac préférant rester anonyme par peur de pressions et de représailles. Chaspuzac est devenue la commune référente en matière de destruction de la nature et de la biodiversité. Et malgré tout, malgré la médiatisation de divers dossiers aussi écocides que nébuleux, le maire continue dans cette même avancée. » Le membre du collectif continue : « Pour cette raison, nous avons décidé d’aller porter l’affaire en justice. Une de plus ».

"Quand l’eau manque en été, quand prairies, cultures et bétails se dessèchent autour de nous, une évidence semble s’imposer. Il faudrait la stocker en hiver, lorsqu’elle tombe en abondance, au moyen de retenues collinaires. Une idée simple, défendue par la FNSEA, comme par notre ministre de l’agriculture qui fustige « la palanquée de recours » s’opposant aux projets de « bassines ». Tous taisent au passage que ces « modestes installations » occupent parfois plusieurs hectares. Nourries un peu par les précipitations hivernales, elles recourent beaucoup au pompage dans les nappes souterraines et les cours d’eau. Elles sont aussi lourdement subventionnées. Au final, elles peuvent s’avérer un remède pire que le mal.

Les hydrologues mettent en garde

Les retenues collinaires sont une « solution à très court terme », soulignent les hydrologues. Ils rappellent la nécessité de laisser les pluies de l’hiver recharger les nappes souterraines. Les sols naturels filtrent gratuitement, recueillent sous forme de nappe puis restituent par l’intermédiaire des sources, l’eau des précipitations. L’on peut donc s’interroger sur l’intérêt de stocker, en surface et à grand frais, de l’eau qui va s’évaporer et croupir. Moins d’eau sous terre, c’est moins d’eau rendue aux sources, donc plus de sécheresse. Répondre à la multiplication des étés caniculaires, par la multiplication des stocks en surface, ne peut qu’assécher tout le système. Nos voisins espagnols en font l’amère expérience : dans les régions les plus équipées de barrages, les sécheresses sont deux fois plus intenses et plus longues.

Les associations de préservation de l’environnement luttent

France Nature Environnement a payé sa ferme opposition à ces infrastructures de la mort de l’un des siens. À Sivens et Caussade, recours en justice et manifestations rappellent le nécessaire partage d’une ressource hydrique plus rare et de moins en moins bonne qualité. Les associations de préservation de l’environnement sont nombreuses à défendre ce point et s’associent à notre lutte.

La biodiversité, victime des « bassines »

Outre leur inanité et leur coût, ces retenues sont redoutables pour la biodiversité. Elles entrainent des modifications des écoulements et des transits de sédiments (sables, graviers…) ainsi que des déplacements des poissons. A l’aval des ouvrages, l’aquafaune voit ses habitats et ses conditions de température bouleversés, sa vulnérabilité aux pollutions accentuée. Le déstockage soudain d’eau, ou «éclusée», simule des crues. Elles accentuent l’érosion et peuvent faire mourir les poissons par noiement/dénoiement des zones de frayère.

Autant de risques qu’il serait peu judicieux de prendre au moment où le Comité français de l’union internationale pour la conservation de la nature et le Muséum national d’histoire naturelle, publient des chiffres inquiétants. Sur 80 espèces de poissons d’eau douce présentes en France métropolitaine, 15 sont menacées de disparition. En cause la dégradation, voire la destruction, des milieux naturels (juillet 2019)".

Source : Site France Nature Environnement 

« Cette source est la propriété de la commune de Chaspuzac »

La retenue collinaire en question, si elle est construite, aura une capacité de 60 000 m³. Selon les documents du projet : « Elle sera alimentée par le ruissellement (32 %) et par la source du Meynial (68%) qui n’est plus utilisée pour l’alimentation en eau potable ».

Le dossier indique également : « Cette source qui habituellement se déverse dans le ruisseau du Say est la propriété de la commune de Chaspuzac. Celle-ci est désaffectée depuis environ 10 ans, car devenue non potable ».

La retenue collinaire pourrait contenir 60 000 m3 d'eau pour irriguer 55 ha de maïs.
La retenue collinaire pourrait contenir 60 000 m3 d'eau pour irriguer 55 ha de maïs. Photo par DR

« D’après l’avocat qui s’en occupe, 27 irrégularités sont clairement identifiées »

Sur le papier, les volumes de déblais sont estimés à 62 480 m3 pour un volume de remblais de 36 720 m3. Les matériaux seront évacués vers une ancienne carrière désaffectée dont la commune s’est engagée à combler. « Le dossier qui contient plus de 200 pages est truffé d’entorses au Code de l’environnement, déplore le membre du collectif de Mauriac. D’après l’avocat qui s’en occupe, 27 irrégularités sont clairement identifiées ».

Pour des cultures de maïs

La retenue collinaire de Mauriac a été pensée au profit de quatre éleveurs laitiers. Ces agriculteurs souhaitent utiliser l’eau stockée pour irriguer des champs de maïs et améliorer leur autonomie fourragère.

Selon le site du gouvernement : « Avec 17 projets de retenues collinaires agricoles financées ou en cours de financement en Haute-Loire sur les 280 à l’échelle régionale, la Haute-Loire n’est pas le département le plus concerné en Auvergne Rhône-Alpes, comparé, par exemple, à l’Ardèche et ses 54 projets ».

« Il est nécessaire d’encourager leurs constructions à travers la Haute-Loire »

« Les retenues collinaire sont très utiles pour le département dans le sens où elles permettent de stocker l’eau de ruissellement et l’eau de pluie, expliquait le Préfet de la Haute-Loire Eric Etienne mardi 4 octobre lors d’un rendez-vous avec la presse sur les sujets d’actualités. L’eau est rare. Si nous pouvons arroser les cultures avec cette eau par le biais des retenues collinaires, alors il est nécessaire d’encourager leurs constructions à travers la Haute-Loire ».

Selon les chiffres partagés par Eric Étienne, 10 retenues ont été réalisées en 2021 et trois en 2022. Quatre sont en projet en 2023.

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3 commentaires

ph

sam 15/10/2022 - 16:27

Encore une fois la Haute-Loire se singularise par un projet rétrograde .

Il est partout question d'une gestion de l'eau plus économique de la ressource  mais ici on ne parle que d'encourager le maîs !

ba

jeu 13/10/2022 - 17:05

Certains élus (souvent les mêmes) sont coupables d'irresponsabilité vis-à-vis des générations futures: projet sparadra de fuite en avant sans jamais lutter contre les sources du rechauffement climatique, destruction du vivant (RN 88), magouilles en tout genre (marché couvert du Puy)...

m.

mer 12/10/2022 - 23:15

Et tout ça va coûter combien aux contribuables pour arroser du mais, culture d'un autre temps. 80000e le terrain, autant en dossier d'études, 1000000e de subventions , le reste emprunté par la commune. Et si cet argent servait plutôt à mettre en place d'autres cultures comme le méteil en Lozère (voir article l'éveil 19 aout 2022). là au moins, on pourrait dire que notre argent est utilisé intelligemment dans le respect de la nature, de la vie rurale et pour une durée plus longue face au changement climatique. Si il y en un qui était en avance sur son temps au début de sa carrière politique maintenant il recule et n'arrive plus à suivre. Peut-être devrait-il envisager de partir à la vraie retraite avant d'autres attaques juridiques.