Pourquoi Altriom ne parvient pas à développer sa technologie dans l'hexagone ?

, Mise à jour le 27/11/2020 à 08:56

"Alors qu'on nous parle tous les jours de développement durable, 84 % de nos déchets sont aujourd'hui enfouis ou incinérés". C'est le paradoxe que souligne Fabien Charreyre, co-gérant du groupe Vacher et Président d'Altriom.
Développant son propos, il insiste sur certaines matières, comme le fer ou l'aluminium, qui respectivement ne sont pas triés à 93 et 97 %. Il faut dire que même au sein des âmes pleines de bonnes volontés, on recense environ 15 % d'erreur de tri en moyenne.
C'est pourquoi la start-up auvergnate 3Wayste (détenue par la famille Charreyre, à Polignac) a breveté une technologie de tri qui permet de réduire de 90% la quantité de déchets ménagers enfouis ou incinérés. "C’est la première technologie au monde capable d’atteindre une telle performance dans des conditions industrielles éprouvées", assure l'entreprise de Haute-Loire. Des visiteurs du monde entier (plus de 55 nationalités déjà) viennent découvrir ses performances inégalées, comme nous nous en faisons régulièrement l'écho : Christophe Lambert, Alain Juppé, la commission environnement du Sénat...

"Il faut normalement développer un marché intérieur fort pour exporter. Nous, on fait l'inverse"
Il faut dire que cette vitrine de 3Wayste mise sur un triptyque infaillible pour n'importe quelle personne ayant en charge une collectivité : "c'est bon pour l'environnement. C'est bon pour les emplois créés. Ça coûte moins cher aux contribuables". Problème : malgré un discours alléchant, aucun autre site que celui de l'agglo du Puy n'avait encore osé se lancer dans le grand bain jusqu'à l'obtention au printemps dernier d'un premier contrat de 25 millions d'euros avec l'Inde. Une belle récompense pour les frères Charreyre que l'on avait quittés, quelques mois plus tôt, en plein désarroi après le terrible incendie qui avait ravagé l'usine polignacoise. Finalement un mal pour un bien puisqu'Altriom a profité des travaux de reconstruction pour gagner en productivité et en sécurité.
"En économie, on vous apprend plutôt l'inverse", s'amuse Fabien Charreyre, "il faut normalement développer un marché intérieur fort pour ensuite espérer s'exporter. Nous, on fait l'inverse, notre stratégie est de se développer à l'extérieur, pour ensuite venir en France".

La France est "championne du monde des normes"
Alors pourquoi est-ce si difficile de se développer en France ? "Il me faudrait trois à quatre ans pour ouvrir un nouveau site en France", répond le président d'Altriom, "à cause de tous les agréments notamment. C'est insensé, alors que l'on crée de l'emploi, contrairement à l'enfouissement ou l'incinération". 
Des propos, auxquels fait écho le député Jean-Pierre Vigier (LR), raillant la France qui est "championne du monde des normes". L'élu assure qu'"avec une volonté politique, on pourrait avoir des choses plus simples et plus efficaces". Il a proposé d'initier une mission parlementaire sur ce sujet pour faire bouger les choses.

La faute aux lobbies de l'enfouissement et de l'incinération ? mars
La députée européenne Angélique Delahaye (LR) était en visite en Haute-Loire et à Altriom ce lundi 18 mars 2019. Est-ce la cadre législatif qui empêche cette technologie de se développer et de s'exporter ? La faute aux lobbies de l'enfouissement et de l'incinération ?

Un changement sémantique : ne plus parler de déchets mais de matière première recyclée
Angélique Delahaye a travaillé sur les circulaires déchets et sur le rapport sur l'économie circulaire. Maire de Saint-Martin-le-Beau en Indre-et-Loire, elle est encore maraîchère, comme la députée de Haute-Loire Isabelle Valentin, qui l'a invitée ce lundi ; une activité qui leur "permet d'être ancrée dans les réalités économiques", s'accordent-elles à dire. Angélique Delahaye avait donc envie de voir très concrètement ce qu'une PME française peut proposer comme alternative à la problématqiue déchets. Elle souhaiterait d'ailleurs un changement sémantique, et ne plus parler de déchets mais de matière première recyclée.
"Il est pour moi important que notre activité humaine ait de moins en moins d'impact sur notre environnement", a-t-elle déclaré, "nous produisons beaucoup de biens de consommation qui finissent à un moment ou un autre dans une poubelle et tous ces déchets doivent pouvoir demain servir à satisfaire les besoins des citoyens d'aujourd'hui, car je ne crois pas qu'ils retourneront dans les grottes pour se chauffer au feu de bois", ironise-t-elle.

Y a-t-il un risque de voir les déchets des territoires ruraux, et donc leurs richesses et leurs emplois, vampirisés par les grandes métropoles ?
Angélique Delahaye, vous avez évoqué la question sémantique entre déchet et matière première recyclée. Fabien Charreyre a pour sa part évoqué le déchet comme une richesse, mais il craint de la voir de plus en plus vampirisée par les grandes métropoles, au risque de ne plus en avoir sur les petits territoires ? Au-delà de l'ineptie écologique avec des camions pleins de déchets sur les routes du matin au soir, ce serait aussi des richesses et des emplois qui risqueraient de fuir les territoires ruraux ?

----Sans plastique, pas de gobelet en carton
"Les choses ne sont pas simples", lance-t-elle avant de donner un exemple : "quand vous faites un gobelet en carton, si vous ne voulez pas retouver le café sur vos genoux, il faut bien qu'il y ait à un moment une barrière plastique, il faut aussi être réaliste".----- "Montrer la voie vers des plastiques qui soient plus biosourcés et biodégradables"
Ce lundi après-midi, la députée européenne était en visite à l'Est du département sur la problématique des plastiques (à Leygatech Yssingeaux et Barbier Monistrol). Un sujet épineux sur lequel il n'est pas aisé de se positionner, entre enjeux environnementaux et emplois en sursis. "Il y a un principe de réalité qui s'impose", nous répond-elle, "moi sur ma commune, je ramasse 60 Tonnes de déchets dans la nature donc ça montre bien qu'il y a un problème malgré les bacs mis à disposition".
Selon Angélique Delahaye, il faut donc "montrer la voie vers des plastiques qui soient plus biosourcés et biodégradables" car le plastique fragmentable pose "un certain nombre de problèmes vis à vis de la pollution des océans".

"La France a une chance inouïe : elle est extrêmement créative et imaginative"
"Il faut aussi que l'Europe prenne les moyens de traiter ses propres plastiques plutôt que de les envoyer sur d'autres continents en se lavant gentiment les mains de ce qu'ils vont devenir. C'est une question de responsabilité politique de l'Europe", pointe-t-elle du doigt.
Consciente de la difficulté économique, elle tempère : "on n'est pas là pour supprimer des emplois, on est là pour montrer une autre voie et donner le temps aux industriels de s'adapter car la France a une chance inouïe : elle est extrêmement créative et imaginative ; ce n'est qu'une question de temps et de délais pour donner aux entreprises les moyens de transformer leurs technologies et leurs process industriels. Ce n'est pas interdire pour interdire mais se dire qu'à telle échéance, il faudra avoir trouver une autre voie que les plastiques à usage unique".

Maxime Pitavy

> Lire aussi :

Le prochain plogging (ramassage de déchets en courant ou en marchant) aura lieu le samedi 30 mars à 11h au départ de la place du Plot au Puy-en-Velay.
Par ailleurs, un nettoyage des rives de la Loire à Brives-Charensac est déjà prévu le 7 avril à l’initiative de l'association des riverains des bords de Loire.

100% de plastiques recyclables en 2025 : une utopie ? (9 oct. 2018)

'Chérie, j'ai rétréci la poubelle! : ou comment tendre vers le Zéro Déchet (22 mai 2018)

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