Nos petits-déjeuners ont-ils un impact sur les forêts du monde ?

Par Nadia MEYER , Mise à jour le 03/06/2026 à 17:00

Temps de lecture : 5 minutes

Derrière une pâte à tartiner ou une tablette de chocolat se cachent parfois des conséquences environnementales méconnues. C'est ce qu'ont découvert des élèves du collège Anne Frank de Brives-Charensac en travaillant sur la déforestation importée et l'agroforesterie.

À l’initiative de ce projet se trouve Chloé Landriot, professeure de français au collège Anne Frank. Mais elle n’était pas seule et s’est appuyée sur une association puydômoise engagée pour l'éducation à l'alimentation, Anis Étoilé.

« Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? » Une image qui résume bien le travail mené tout au long de l’année par ces élèves de 3e et leur professeure : comprendre comment des choix alimentaires effectués ici peuvent avoir des conséquences à l’autre bout du monde.

Nos habitudes de consommation : "l’effet papillon"

Le projet était de travailler sur les arbres et en particulier sur l'agroforesterie et la déforestation importée. « La déforestation importée, c'est le fait de causer de la déforestation dans un autre pays par les choses que nous mangeons ou par d'autres choses que nous produisons. », indique Chloé Landriot, professeure de français à l’initiative du projet.

Mais ce qui les intéressait, c'était la déforestation importée dans les assiettes. Ils ont donc travaillé sur le fait que certains produits comme le chocolat et l'huile de palme – très présents, par exemple, dans la pâte à tartiner – causent de la déforestation, car des forêts naturelles sont rasées pour planter du cacao, du palmier à huile, du café…

Yohan et Gabin, élèves de la classe concernée, le confirment. Avant les interventions de l’association Anis Étoilé, ils n’avaient pas du tout conscience de l’impact de ce qu’ils consomment. Ils ont, entre autres, pu comprendre comment était produite leur pâte à tartiner : « Nathalie de Anis Étoilé est venue nous voir et nous a proposé des activités. Par exemple, la chaîne de la pâte à tartiner, donc comment c'était fait, par où ça passait. »

Les solutions d’ici et d’ailleurs

En parallèle, les élèves ont travaillé sur des solutions. « Il existe une façon de cultiver qui s'appelle l'agroforesterie, où on utilise les arbres pour aider d'autres arbres et d'autres plantations. », précise Chloé Landriot.

En Afrique, cela se fait grâce à ce qu'on appelle des arbres fertilitaires qui emprisonnent l'azote du sol et qui le restituent ensuite aux cultures voisines. « Donc on fait des cultures en étage avec un arbre fertilitaire, et puis un arbre d'ombrage, et puis des cultures nourricières en dessous. Et on peut cultiver tout à fait du café, du cacao de cette manière-là. », poursuit l’enseignante.

L'optimisation de la fertilité et de la lumière permettent le maintien de la biodiversité Photo par Nadia Meyer

Découverte d’un exemple local d’agroforesterie

Les élèves ont pu découvrir qu'on pouvait faire de l'agroforesterie en France, par exemple à travers le pré-verger. Leur professeure précise : « Nous sommes allés au château de Durianne, au Monteil et nous avons vu comment on peut élever des moutons dans un pré planté de pommiers, et comment les moutons et les pommiers se rendent des services mutuels, à la fois pour nourrir les moutons et pour la bonne santé des pommiers. »

« Éviter de créer de la déforestation dans notre petit-déjeuner »

Pour concrétiser tous ces nouveaux savoirs, les élèves ont eu le choix d’activités pour participer à un concours. Parmi les nombreux choix possibles, deux ont retenu leur attention et ont fait l’objet d’une mise en pratique dans le but de sensibiliser : l’organisation d’un petit-déjeuner et la création d’un jeu de société.

« Ils ont hésité entre plusieurs choses. Et finalement c'est l'idée de faire un petit-déjeuner et inviter des élèves à petit déjeuner en montrant que, en choisissant bien les marques de pâte à tartiner, de chocolat, et aussi en prenant un maximum de produits locaux via notre AMAP, on pouvait éviter de créer de la déforestation dans notre petit-déjeuner. », détaille Chloé.

Le petit-déjeuner a eu lieu le 2 juin. Et ce sont les élèves de CM2 de l’école de La République à Brives-Charensac qui ont été conviés à le prendre avec les 3e 1, afin de découvrir à leur tour les liens entre alimentation et déforestation.

S’amuser en apprenant

En parallèle, sept élèves ont imaginé et construit un jeu de société en seulement six séances. Il a pour objectif pédagogique de simuler la transformation d'une monoculture destructrice en une forêt diversifiée d'agroforesterie.

Prototype du jeu prêt à être testé par les élèves de CM2 de l'école La République Photo par Nadia Meyer

Les joueurs doivent déloger les tuiles rouges représentant les monocultures pour y planter des arbres fertilitaires et fruitiers, favorisant ainsi les interactions positives entre les espèces.

La partie repose sur un système de dés (points feuilles, événements aléatoires comme les incendies ou les maladies) et de cartes-questions permettant d'acquérir des arbres, tout en intégrant une règle stratégique de "gardiennes protectrices" qui illustre la résilience d'un écosystème varié face aux catastrophes naturelles.

« Quand il y a un événement, donc ça va être soit replanter soit enlever des monocultures, on va lancer un dé pour savoir combien on en plante, combien on en enlève. C'est vraiment un jeu basé sur ça, sur partir d'une monoculture et arriver sur une forêt vraiment diversifiée qui va abriter des animaux. », commentent Yohan et Gabin.

Prêts à battre des ailes

Un prototype du jeu reste au collège pour être utilisé, un autre est pour l’association Anis Étoilé et un troisième a été envoyé pour le concours, « en espérant qu'on le gagne », précisent les deux élèves. Si le jeu remporte le concours, ils espèrent le proposer à un éditeur.

Les élèves semblent avoir pleinement intégré les enseignements du projet. Une prise de conscience dont Chloé Landriot a mesuré l'impact lorsque, lors du brevet blanc, un quart de la classe a spontanément choisi d'évoquer la déforestation dans sa copie.

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