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Sembadel

'''C’est à l’Etat d’assumer ses erreurs, pas aux habitants de Sembadel d’en faire les frais'''

jeu 12/01/2017 - 16:41 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:44

Nouveau rebondissement dans l'affaire du radar météo de Sembadel : pour lui permettre de fonctionner correctement, il est demandé aux propriétaires forestiers de raser une cinquantaine d'hectares (contre 200 initialement)... Le point sur la situation après des rencontres avec le préfet et le maire du village.

Nous avions déjà évoqué le problème dans un article en avril 2015, en expliquant que le radar météorologique était occulté par un masque forestier. Le dossier a ensuite été porté jusqu'au Ministère de l'Environnement en juin 2015 par le député Jean-Pierre Vigier. On espérait enfin avoir trouvé une éclaircie dans le conflit en septembre 2015 quant à l'évolution de la polémique autour de l'abattage d'une partie de la forêt qui gêne le fonctionnement du radar météo de Sembadel. Voici aujourd'hui les dernières avancées d'un dossier sensible.

"Une occultation passée de 30 à 90 % entre 1996 et 2012", selon Météo France
Le radar météorologique de Sembadel fait partie d’un réseau destiné à alerter la population sur le risque d’épisodes Cévenols au niveau national. Son installation a fait l’objet d’une consultation préalable des propriétaires concernés, qui a débouché sur un décret ministériel du 20 février 1996, créant une servitude d'utilité publique sur un ensemble de parcelles forestières afin d'éviter que les peuplements forestiers n’obèrent le fonctionnement du radar en masquant tout ou partie de son faisceau. Or, la couverture du signal se dégrade progressivement depuis l’installation du radar, l’occultation due à l’élévation du massif forestier est passée de 30 à 90 % sur le secteur sud-est entre 1996 et 2012 selon les responsables de Météo-France. Dans le but de rétablir un signal acceptable, ces derniers ont saisi les pouvoirs publics en vue de l’exécution de la servitude, pour supprimer toute exploitation forestière dans un périmètre de 200 hectares autour de la construction. C'est donc aux propriétaires de trouver (et de payer) des prestataires pour raser leurs propres bois.

Réduire le plus possible l’importance du signal de la tour de Sembadel
Cette perspective ayant suscité un vif émoi de la part des propriétaires et des riverains, il s’en est suivi une série de concertations destinées à recueillir les avis des personnes concernées et à étudier la possibilité d’une surélévation de la tour. Cette solution ayant été écartée par le centre météorologique de Toulouse pour des motifs techniques et financiers, Météo-France a choisi d’intégrer la couverture inhérente à la construction de deux nouveaux radars (Saint-Nizier et Saint-Rémy-de-Blot) pour réduire le plus possible l’importance du signal de la tour de Sembadel, afin de limiter l’ampleur des coupes autour de cette dernière. 

Une coupe rase de 24 hectares et une coupe sélective de 21 hectares... l'équivalent de 45 stades de football professionnels
Après une dernière étude du CRPF (Centre Régional de la Propriété Forestière), destinée à cibler au mieux les interventions sur les boisements en cause, la servitude va toucher un périmètre de 60 hectares. Dix hectares aux abords immédiats ayant déjà été traités avec l’accord des propriétaires, il ne reste plus que 50 hectares, dont 48 % (24 hectares) feront l’objet d’une coupe rase et 42 % (21 hectares) d’une coupe sélective qui ne concernera que les arbres les plus hauts (ce sera aux particuliers de le déterminer, de façon arbitraire). Les 10 % restant ne nécessitent aucune intervention immédiate selon le préfet de Haute-Loire, Eric Maire, rencontré le mercredi 11 janvier 2017.
Ces résultats seront présentés aux propriétaires concernés lors d’une réunion prévue le 11 février prochain. Et pour l’entretien des terrains impactés par les coupes rases, « L’obligation de reboisement des parcelles concernées fera l’objet d’un accompagnement de la DDT (ndlr : Direction Départementale des Territoires) », précise Dominique Druet, chef du centre météorologique de Clermont-Ferrand.

"C’est à l’Etat d’assumer ses erreurs, ce n’est pas aux habitants de Sembadel d’en faire les frais par la dégradation de leur cadre de vie"
Pour Roland Gobet, le maire de Sembadel (et conseiller communautaire de la nouvelle agglomération du Puy), « le site a été choisi en parfaite connaissance de cause, la forêt existait déjà lors de l’implantation de la tour, et c’est à l’Etat d’assumer ses erreurs, ce n’est pas aux habitants de Sembadel d’en faire les frais par la dégradation de leur cadre de vie. Comment peut-on promouvoir la protection de l’environnement d’un côté, par le biais des décisions prises aux COP 21 et 22, puis contribuer à la destruction d’un biotope de l’autre ? ».

"Comment procéder à une coupe sélective sur des arbres d’une même génération, dont la hauteur est de fait sensiblement identique ?"
Concernant le respect de la servitude et l’effort fait pour réduire au maximum l’impact sur le massif forestier, le premier magistrat de Sembadel répond : « l‘enquête publique préalable à la construction ne peut pas être considérée comme une concertation. Les propriétaires et les riverains ont été informés du décret concernant la servitude par voie de presse et affichage municipal, autant dire qu’ils ont été mis devant le fait accompli.
Quand la perspective des coupes a été rendue publique, beaucoup de personnes sont venues me faire part de leur indignation. 24 hectares de coupe rase représentent une surface équivalente à 24 stades de foot, et pour les 21 hectares restants, je ne vois pas comment il sera possible de procéder à une coupe sélective sur des arbres d’une même génération, dont la hauteur est de fait sensiblement identique. De surcroit, ces ouvertures vont accentuer considérablement les dégâts dus aux tempêtes, et la croissance des parties de la forêt qui ne sont pas concernées aujourd’hui imposera des coupes régulières à l’avenir 
».

"Une concertation depuis 2012" et "des protestations réduites" selon le préfet
Pour Eric Maire, le préfet de Haute-Loire, « la servitude ne s’est pas appliquée brutalement, elle a fait l’objet d’une concertation qui dure depuis 2012, alors qu’il s’agit d’une question de sécurité publique. D’autre part, ces forêts sont destinées à être exploitées un jour où l’autre, et les protestations sont réduites, il n’y a que deux personnes qui se sont adressées à moi ». 

Le CDEPS (Comité de Défense de l'environnement et du Patrimoine de Sembadel) informe les adhérents, propriétaires forestiers et personnes concernées, que la reunion de préparation en vue du rendez-vous prévu le 11 février se tiendra samedi 4 février à 10 h dans le bâtiment de la gare à Sembadel.

N.S.

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