Brebis attaquées à Landos : face au loup, le ton monte

Par Hugo ULIANA , Mise à jour le 08/05/2026 à 11:00

Temps de lecture : 5 minutes

Après la violente attaque qui a coûté la vie à 25 ovins à Landos dans la nuit du 5 au 6 mai, les analyses de l’Office français de la biodiversité concluent à "une prédation pour laquelle le loup ne peut être exclu". Le préfet, Yvan Cordier, s'est rendu sur le lieu de l'attaque ce jeudi 7 mai. Une visite porteuse d'annonces insuffisantes pour les acteurs agricoles.

"On a trouvé six brebis mortes au milieu de la parcelle"

Le choc est encore immense pour Romain Avond. Installé depuis seulement quelques mois (le 1er janvier) au GAEC du Sillon, à Ribains, sur la commune de Landos, le jeune agriculteur ne pensait pas être confronté si rapidement à une attaque de loup. Dans la nuit du 5 au 6 mai, son troupeau de brebis noires du Velay, une race locale à faible effectif, a subi une attaque violente.

"Une prédation pour laquelle le loup ne peut être exclu"

Cette formulation est souvent utilisée par l'OFB dans les rapports officiels pour éviter les affirmations définitives sans preuve ADN ou observation directe.

"On est arrivés sur les lieux vers 6 h 30 et on ne voyait pas les brebis. On a d’abord pensé qu’elles s’étaient échappées, puis on s’est rendus compte qu’elles étaient cachées plus loin. On est rentrés sur la parcelle et on a trouvé six brebis mortes au milieu. D’autres étaient blessées et apeurées", témoigne-t-il. L’éleveur a immédiatement contacté l’Office français de la biodiversité (OFB) ainsi que le vétérinaire. "En attendant l’OFB, le vétérinaire a euthanasié les premières brebis. Au total, nous en avons perdu 25", poursuit-il.

Avec 250 bêtes sur l’exploitation, cette attaque représente près de 10 % du troupeau ovin. Un coup dur pour cette famille d’agriculteurs implantée depuis plusieurs générations sur le territoire. Au-delà des pertes directes, l’éleveur craint désormais les conséquences sur le long terme. "Beaucoup d’ovins blessés ne pourront plus agneler", explique-t-il.

Le lieu de l’attaque surprend également : la parcelle se situe en bord de route, à proximité immédiate d’un stade et à quelques centaines de mètres d'habitations. "Quand on s’installe, on ne pense pas subir une attaque aussi rapidement", conclut le jeune éleveur.

Le préfet et divers élus se sont rendus sur le lieu de l'attaque
Le préfet et divers élus se sont rendus sur le lieu de l'attaque Photo par Hugo Uliana

Plan national loup : 31 nouvelles communes en "cercle 2"

Présent sur place, aux côtés du député Jean-Pierre Vigier et du maire de Landos Jean-Louis Reynaud, le préfet de Haute-Loire Yvan Cordier a tenu à réaffirmer l'engagement de l'Etat face à cette problématique. Avec l’arrêté du 3 septembre 2025, pris dans le cadre du Plan national loup 2024-2029, les indemnisations couvrent désormais également les pertes indirectes. Stress du troupeau, avortements et baisse de production peuvent désormais être pris en compte dans les calculs d’indemnisation.

Le représentant de l’État a également insisté sur la rapidité d’intervention des services. "Notre souci, c’est la réactivité. On a obtenu les résultats de l’OFB en moins de 24 heures et la commune est passée en cercle 2 aujourd’hui à 16 h", a déclaré Yvan Cordier. Ce sont 31 nouvelles communes de Haute-Loire qui ont intégré le classement en cercle 2 du Plan national loup, portant désormais leur nombre à 70 dans le département.

Ce zonage permet aux éleveurs d’accéder à davantage d’aides publiques pour protéger leurs troupeaux : financement de clôtures électrifiées ou encore recours facilité aux louvetiers pour des tirs d’effarouchement ou de défense. L'an dernier, l’OFB a formé 18 chasseurs à ces interventions.

Le classement en cercle 2 facilite également le recours aux tirs de défense par les éleveurs eux-mêmes, sous réserve de disposer d’un permis de chasse valide et d’une autorisation préalable via une télédéclaration. Sur l’exploitation de Romain Avond, les premières mesures concrètes ont déjà été engagées avec la livraison de 500 mètres de clôtures électrifiées.

Des annonces concrètes, mais jugées "insuffisantes"
Des annonces concrètes, mais insuffisantes Photo par Hugo Uliana

"Protéger le pastoralisme"

Le préfet de Haute-Loire s'inscrit dans la ligne fixée par Emmanuel Macron lors d'un déplacement en Aveyron en 2025 : "La mission est de protéger le pastoralisme." En effet, depuis 2026, le loup est passé d’espèce "strictement protégée" à "protégée". Accès facilité aux tirs de défense, augmentation du plafond annuel d'abattage de loups... : une évolution qui permet un assouplissement de la réglementation.

Le député de la 2e circonscription de Haute-Loire Jean-Pierre Vigier a lui aussi réaffirmé son soutien aux éleveurs : "On doit se demander si on veut des loups ou des éleveurs." Une vision partagée par la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs, pour qui "la coexistence imposée entre le loup et l'élevage pastoral ne fonctionne pas."

Les syndicats agricoles montent au créneau

Face à cette nouvelle attaque, la FDSEA et les JA dénoncent une situation devenue "insupportable" pour les éleveurs, confrontés selon eux à "une pression de prédation toujours plus violente." Ils expliquent : "Derrière chaque attaque, ce sont des heures de travail détruites et des familles qui se sentent seules face à une situation devenue incontrôlable."

Dans ce contexte, les syndicats agricoles demandent des mesures immédiates de la part de l’État. Parmi leurs revendications, le classement de l’ensemble du département en "cercle 2", afin notamment de faciliter la mise en place de tirs de défense.

Dans les campagnes altiligériennes, la tension reste vive. Car pour les éleveurs, une inquiétude demeure : le loup peut revenir dans les 24 à 48 heures suivant une attaque. Cette nuit encore, des tirs d'effarouchement seront effectués par des lieutenants de louveterie.

 

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