Tirs de défense contre le loup : une nouvelle procédure pour les éleveurs
Une balance commerciale agroalimentaire « au plus bas depuis les années 70 » a amené, début 2026, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard à s’interroger, lors du dernier Salon de l’Agriculture, sur la taille critique des exploitations en France.
En réponse à la ministre, mais surtout au projet de loi d’urgence agricole, plus de cinquante chefs étoilés ont signé une tribune dans le journal Le Monde – écrite par Ludovic Aventin – Jacques Marcon s'y est associée pour dénoncer le modèle agricole actuel et proposer des alternatives à l’approche de la présidentielle de 2027.
Infatigable défenseur du manger local et sain, Jacques Marcon est une figure bien connue du territoire. Sa dernière prise de position la co-signature d'une tribune réunissant plus de 50 chefs étoilés, écrite avec Ludovic Aventin, fondateur de l’association Terra Hominis, spécialisée dans le financement participatif de projets agricoles et viticoles. Autre signature de poids celle de Thierry Marx, président de l’Umih (principal syndicat patronal de l’hôtellerie-restauration).
Se posant en « défenseurs du sol et de ses produits », les signataires estiment qu’envisager un modèle plus centralisé et plus intensif, c’est « se tromper autant sur les causes que sur les solutions », ajoutant que « la compétitivité seule est un mirage ».
Auteurs et signataires défendent l’idée que le modèle agricole intensif fondé sur la productivité atteint ses limites. Selon eux, il fragilise les agriculteurs, les sols et la souveraineté alimentaire française. Ils appellent au contraire à basculer vers une agriculture plus durable, locale, familiale et qualitative.
Mais Jacques Marcon tient à nuancer : « Ce n’est pas une critique des grosses fermes. Elles peuvent exister, elles apportent aussi de la richesse à la France. Ce qu’on dit simplement, c’est qu’il ne faut pas oublier toutes les autres agricultures. »
Le chef altiligérien estime notamment que les « petites et moyennes fermes » risquent d’être « les oubliées » du projet de loi d’urgence agricole. « Pour beaucoup de dirigeants agricoles, toutes les fermes doivent grossir pour survivre. Mais on se rend compte qu’elles deviennent aussi de plus en plus fragiles, avec des investissements énormes, des machines toujours plus grosses et une dépendance croissante au coût de l’énergie ou des engrais », explique-t-il.
« Parce que notre gastronomie est née de tous ces produits du terroir, parce que bien manger doit aussi se faire dans nos cantines et nos bistrots, parce que je crois en une agriculture tournée vers le local. », écrit Jacques Marcon sur sa page Facebook.
Lors de son échange avec Zoomdici, le chef insiste sur un point : « On nous reproche parfois de parler depuis une forme d’élite parce qu’on est chefs étoilés. Mais on gère aussi des cantines scolaires, des bistrots accessibles, et on connaît très bien les problématiques de pouvoir d’achat. »
Pour lui, défendre une agriculture locale et qualitative ne signifie pas réserver les bons produits à une minorité. « Si on cuisine un peu plus, qu’on fait attention au gaspillage et qu’on travaille avec les producteurs autour de chez nous, bien manger ne coûte pas forcément beaucoup plus cher », estime-t-il.
Les signataires estiment que l’agriculture tournée vers l’exportation repose sur des dépendances dangereuses : intrants (engrais, semences, soja, pétrole, machines), marchés mondiaux instables, spécialisation excessive des exploitations, agrandissement des fermes et mécanisation rendant les exploitations difficiles à transmettre.
Ils considèrent que ce modèle crée un « colosse aux pieds d’argile » : puissant en apparence, mais très vulnérable.
Au travers de leur tribune, ils insistent sur plusieurs risques majeurs :
Dans un département comme la Haute-Loire, marqué par l’élevage et les exploitations familiales, la question de la transmission des fermes constitue déjà un enjeu majeur pour les années à venir.
Les auteurs affirment que poursuivre l’intensification ne ferait qu’aggraver ces fragilités.
Ils ne se contentent pas de critiquer le modèle actuel : les signataires esquissent aussi une alternative, fondée sur une agriculture moins intensive, moins dépendante des importations, plus résiliente écologiquement, plus créatrice d’emplois locaux et produisant des aliments de meilleure qualité.
Ils citent notamment des données du réseau CIVAM selon lesquelles une ferme durable conserverait davantage de richesse sur son territoire qu’une ferme conventionnelle.
En vue de la présidentielle 2027, les signataires lancent deux propositions « très concrètes et transpartisanes » pour aider les petites et moyennes fermes.
La première consiste en un fonds foncier national financé par l’épargne citoyenne, destiné à acheter des terres puis à les louer à long terme afin d’aider les jeunes agriculteurs à s’installer. « Avec seulement 2 % des plans épargne retraite des Français, on pourrait racheter la totalité des terres agricoles françaises », avance Jacques Marcon. L’idée serait d’inciter les particuliers à orienter une partie de leur épargne vers le foncier agricole, en échange d’avantages fiscaux.
Selon lui, cela permettrait d’éviter le surendettement des jeunes agriculteurs face à l’explosion du prix des terres : « Aujourd’hui, seules les grosses structures ou les grosses coopératives peuvent encore acheter certaines terres. »
La seconde proposition est un « Girardin agricole » métropolitain, inspiré du dispositif fiscal existant en outre-mer. L’objectif est d’accorder des crédits d’impôt pour soutenir des investissements utiles aux petites exploitations, notamment dans les circuits courts ou l’adaptation climatique.
Pour illustrer cette idée, Jacques Marcon prend l’exemple des arboriculteurs ardéchois, confrontés aux épisodes climatiques extrêmes, notamment aux fortes pluies tombées la semaine dernière. « Installer des filets de protection sur des cerisiers coûte environ 50 000 euros par hectare », explique-t-il. « Si vous aidez l'arboriculteur à investir via un crédit d'impôt, vous sauvez une grosse partie de la production d'abricots, de cerises, de pêche en France. »
Le chef appelle également à « mieux protéger les productions françaises » face à certaines formes de concurrence qu’il juge déloyales. Il cite notamment les accords de libre-échange comme le Mercosur ou les écarts de normes sociales et sanitaires entre pays européens.
« La souveraineté alimentaire, ce n’est pas seulement exporter du blé. C’est aussi être capables de produire nos fruits, nos légumes, notre alimentation du quotidien. », insiste-t-il.
Les auteurs présentent enfin la présidentielle de 2027 comme un moment décisif pour choisir un nouveau modèle agricole. Leur idée est résumée par cette formule : « La compétitivité produit des volumes sans âme, l’agriculture durable crée de véritables richesses. »
Et Jacques Marcon de conclure : « Le jour où on n’aura plus ces producteurs, on n’aura peut-être plus les produits qui font la richesse de notre cuisine. »
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