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Le blues des personnels de l'Education : en Haute-Loire aussi

Par . . mer 07/09/2022 - 15:30 , Mise à jour le 07/09/2022 à 15:30

En cette période de rentrée, le personnel de l'Education-Nationale a le blues. Tour d'horizon de ce mal être avec les trois secrétaires de la FSU qui appellent leurs collègues à participer à la grève intersyndicale du 29 septembre prochain.

La seconde partie de l'article traite de la (très) grande colère des militants FO Enseignant suite au Comité technique avec Marie-Hélène Aubry, Inspectrice d'Académie, qui s'est déroulé lundi 5 septembre. "Nous dénonçons les tripatouillages des chiffres par l’Inspectrice d’Académie".

C'est une profession souvent  décriée, mais c'est une profession dont personne n'oserait contester ni la raison d'être ni l'engagement au quotidien. En cette rentrée des classes 2022, les personnels de l'Education - Nationale de Haute - Loire (professeurs, aides maternelle ou AESH) semblent partager le même état d'esprit que celui de leurs collègues au niveau national, entre envie de pourvoir au mieux à la mission qui leur est confiée et désespoir quant aux moyens qui leur sont alloués et à la dégradation de leurs conditions de travail.  

" Le ton et le style ont changé à la tête de notre ministère, mais la politique reste la même" Louise Pommeret, co-secrétaire de la FSU 43 

Pour Louise Pommeret, l'une des trois co-secrétaires de la fédération locale de la FSU , professeure agrégée d'Italien, connue également pour être l'auteur d'un roman dans lequel l'héroïne mène plusieurs combats de front, "si le ton et le style ont changé à la tête du Ministère de l'Education nationale, la politique menée reste la même, et le simple fait de restaurer le dialogue ne suffira pas". Il est urgent  pour elle de dépasser enfin les simples éléments de langage en redonnant  à l'Ecole les moyens de fonctionner.

"La Haute-Loire n'est pas une île et notre département est également touché par de nombreux dysfonctionnements"

Dans notre département, comme partout ailleurs en cette rentrée, de nombreux problèmes semblent mettre à mal, d'après la syndicaliste, le bon fonctionnement de l'institution et par ricochet le moral de la profession : " La Haute-Loire n'est pas une île et notre département est également touché par de nombreux dysfonctionnements".

Le plus grave d'entre eux aux yeux de Louise Pommeret, c'est sans hésitation " le manque d'enseignants" et le pire serait encore à venir puisque " dans le premier degré le quart des remplaçants sont déjà affectés à l'année et que dans le second degré leurs viviers sont exsangues. On ne pourra sans doute pas assurer correctement les remplacements de courte et de moyenne durée"

En ce qui concerne le recours aux vacataires, ces personnels recrutés sans qu'ils n'aient passé aucun concours et formés d'après-elle "à la quatrième vitesse" , Louise Pommeret tient à rappeler ce qui devrait être une évidence pour tout le monde : "l'Enseignement est un métier et un métier ça s'apprend ! On ne forme pas un médecin, un avocat ou un pilote de ligne en quatre jours !" Et de prendre à témoin, les parents qui se sont essayés à faire classe à la maison durant le confinement du printemps 2020. 

"Les conditions de travail des personnels de l'Education se dégradent d'année en année" Jean-Pierre Rioufrait, co-secrétaire FSU 43

Pour son collègue Jean-Pierre Rioufrait, professeur de collège, la crise de recrutement qui touche actuellement son métier et qui explique ce recours croissant aux vacataires est à mettre sur le compte des "conditions de travail des personnels de l'Education qui se dégradent d'année en année".

Au problème des classes surchargées et de leurs conséquences maintes fois évoquées déjà, se rajoute, cette année plus que jamais, le problème de la précarisation sociale de beaucoup de personnels : "qu'ils soient jeunes enseignants débutants, AESH, ATSEM, beaucoup de collègues n'arrivent plus à joindre les deux bouts. Dans un département rural comme le nôtre, le prix du carburant est une variable importante. Avec les prix de l'électricité et du chauffage qui flambent nous voyons de véritables poches de pauvreté se créer autour de nous. Certains enseignants qui tentent de s'en sortir nous contactent  afin de se renseigner sur le cumul d'activités. C'est assez inédit et de plus en plus inquiétant, il y a urgence sociale". 

" De plus en plus de collègues se demandent s'ils feront ça toute leur vie"  Thomas Decoeur, co-secrétaire SNUIPP FSU43

Lorsqu'on devient enseignant ou ATSEM, on devient également fonctionnaire , une personne employée par un organisme public dans un emploi permanent, ce que d'aucuns appellent parfois "la sécurité de l'emploi".

Pourtant depuis quelques années, un phénomène nouveau prend de l'ampleur : "De plus en plus de collègues viennent nous voir pour se renseigner par rapport aux conditions de rupture conventionnelle, aux possibilités de mise en disponibilité ou encore au recours au temps partiel", nous informe Thomas Decoeur, responsable du premier degré à la FSU

Le 29 Septembre, la FSU sera dans la rue en grève aux côtés des autres organisations syndicales afin d'exiger de meilleures conditions de travail mais aussi et surtout des réponses fortes et inédites en matière de revalorisation salariale. 

Le traitement mensuel brut d'un professeur des écoles et d'un professeur de collège débutants s'élève à 1828 euros. Selon un rapport récent du Sénat, " en euros constants, les enseignants français ont perdu entre 15 et 25 % de rémunération au cours des 20 dernières années". Le même rapport a comparé les rémunérations des des enseignants français à celles des salariés du privé.

Il en ressort que les salaires des premiers sont nettement inférieurs à ceux des actifs du privé ayant atteint le niveau licence, "alors que le recrutement des enseignants se fait désormais au niveau master". Un ATSEM (agent spécialisé des écoles maternelles) gagne entre 1542 euros brut et 2184 euros brut par mois. Avec un contrat de 24 heures par semaine, un AESH à l'échelon 1 gagne environ 900 euros brut par mois. 24 contractuels ont été recrutés sur le département en cette rentrée. 20 AESH ont quitté l'Education Nationale en fin d'année dernière dont 15 démissions. En 2021/2022, deux ruptures conventionnelles ont été menées à leur terme.

Aucun compromis possible avec l'Inspectrice d'Académie 

Lors du Comité Technique qui s’est déroulé ce lundi 5 septembre, la FNEC FP FO a revendiqué plusieurs choses pour le Premier degré à savoir le recrutement massif d'enseignants fonctionnaires pour faire baisser les effectifs d'élèves par classe, l'arrêt immédiat de tout projet de fusions d'écoles ou encore la création de poste de remplacements, dans les RASED et autres.

Pour le Second degré, le syndicat exige des moyens supplémentaires au collège de Brioude, l'ouverture d'une 4ème classe dans le collège de Jules Vallès au Puy "où le seuil d'ouverture de 30 élèves est dépassé", selon eux. Et une ouverture également au collège Jules Romains à Saint-Julien-Chapteuil d'une classe de 5ème.

"Les réponses de l’IA ont été les suivantes : la DASEN répond à toutes nos demandes par la négative, aucune ouverture ne sera prononcée", grincent les militants remontés. 

"La situation des 245 AESH (accompagnant d'élève en situation de handicap, Ndlr) du département est totalement indigne ! Ils sont sciemment maintenus sous le seuil de pauvreté à 800€/mois". FNEC FP FO

"Une entreprise d'enfumage"

"Le Président Macron veut associer partis et syndicats à ses projets dévastateurs, se désole FO Enseignant. Dans ce contexte toxique, nous annonçons que nous ne participerons pas Conseil National de la Refondation".

Le syndicat ajoute : "De la même manière, le Ministre entend mettre en place plus d’autonomie des établissements, une rémunération en fonction des résultats et des tâches supplémentaires, la destruction des diplômes nationaux et de l’enseignement professionnel...Là aussi, la FNEC FPO FO ne participera pas à cette entreprise d’enfumage".

"Pour tenter d’éteindre l’incendie, dans le primaire comme dans le secondaire, le rectorat fait appel massivement aux contractuels, personnels sans statut, mal rémunérés et sans formation. 24 contractuels auraient ainsi été recrutés pour faire fonctionner les écoles de Haute Loire". FNEC FPO FO

Mensonges et tripatouillages, selon le syndicat

Le syndicat FO Enseignant tire à boulet rouge sur l'Inspectrice d'Académie. "Quand le Ministre et sa représentante locale annoncent qu’il y aura un enseignant devant chaque classe, c’est un mensonge !, livre-t-il. Ainsi, plusieurs établissements du second degré sont à la recherche de professeurs (de physique, de musique ...)".

Il continue : "Dans le primaire, l’inspectrice d’académie a affecté une grande partie des personnels dédiés aux remplacements des enseignants absents à tel point que l’administration est, elle-même, inquiète pour le déroulement de l’année, ne serait-ce que pour remplacer les congés de maternité".

"La vérité c’est que 28% des élèves de Corsac ont quitté l’école de la commune dont plusieurs pour aller dans le privé". FO

"Le regroupement des écoles de Brives-Charensac a conduit, comme prévu par FO, à une fuite d’élèves vers le privé, affirme encore les militants. FO dénonce les tripatouillages des chiffres par le maire Gilles Delabre et l’Inspectrice d’Académie. La vérité c’est que 28% des élèves de Corsac ont quitté l’école de la commune dont plusieurs pour aller dans le privé".

Concernant le regroupement et projet de mise en place d’un TER (Territoire Educatif Rural) de Paulhaguet, le constat est similaire pour FO. "Six élèves ont quitté l’école publique pour se rendre à l’école privée de Brioude soit plus de 10% de l’effectif, tape du poing le syndicat. À Craponne, après avoir fermé une classe, c’est maintenant à un regroupement d’écoles (maternelle et élémentaire) que s’attelle l’Inspectrice d’Académie qui entend en faire autant à Langeac".

Il résume : "Partout où ils ont été faits, ces regroupements d’écoles s’avèrent une catastrophe pour l’école publique toujours au plus grand profit de l’école privée à l'image de Brioude".

"Cela devient insupportable de constater que la responsable locale de l’Education nationale et le Ministre lui-même sont ouvertement militants de l’enseignement privé". FNEC FPO FO

Des analyses en totale contradiction avec celles de l'Inspectrice d'Académie

Dans certaines écoles, les élèves s’entasseraient dans les salles de classes, d'après le syndicat FO. "Par exemple, à St Pal de Mons, alors que les effectifs dépassent le seuil d’ouverture, il y aura 39 élèves dans la classe des petits. À Bas en Basset maternelle, la fermeture prononcée par l’Inspectrice au mois de Juillet entraine là aussi des classes surchargées, certaines auront plus de 35 élèves inscrits."

Les représentants syndicaux confient aussi : "Des écoles comme le Pertuis et Saint Etienne Lardeyrol pourraient aussi ouvrir une classe, ouverture refusée par Mme Aubry qui continue de marteler que les « tous petits » ne sont pas comptés pour ouvrir, même s’ils sont dans les classes ! Les collèges privés gagnent 86 élèves à cette rentrée aux dépens des collèges publics qui en perdent 141 !"

Une partie du syndicat FNEC FP FO, syndicat extrêmement remonté par l'attitude de l'IA.
Une partie du syndicat FNEC FP FO, syndicat extrêmement remonté par l'attitude de l'IA. Photo par DR