« Abattoir : pour l’abandon du "pôle viande" de Cohade et la vision passéiste qu’il représente »
Azelma Sigaux, coordinatrice nationale de la Révolution Écologique pour le Vivant, candidate REV-NUPES aux élections législatives de la 2e circonscription de Haute-Loire en 2022.
Le pôle viande, ce projet d’abattoir géant qui doit être construit à Cohade pour remplacer l’ancien abattoir brivadois, divise l’opinion. Alors qu’une consultation publique est en cours jusqu’au 28 juillet prochain, dans le cadre d’une demande d’autorisation environnementale, diverses oppositions se font entendre, notamment sur les nuisances sonores et olfactives, mais aussi sur le coût et l’impact environnemental. Ces voix, nombreuses, font pourtant l’impasse sur l’essentiel : les animaux.
Artificialisation des sols et dépenses publiques exorbitantes
L’abattoir municipal de Brioude était en fin de vie. Ce sont les propres mots de son directeur, René Riol, prononcés fin 2024, alors que le déficit annuel de 69 000 euros lui permettait de prévoir une perte de 200 tonnes pour l’année suivante. En cause ? Le manque de moyens pour réhabiliter les bâtiments vétustes et les mettre en conformité avec les normes en vigueur, mais aussi l’ouverture récent d’un établissement concurrent à Issoire. Par ailleurs, la réduction de consommation de viande et la hausse des importations nuisent à la filière : c’est un constat national. Mais alors que la logique et l’éthique voudraient la fermeture de cet abattoir en déclin, avec une reconversion professionnelle des salariés, la pression des lobbies de l’industrie carnée combinée à une volonté électoraliste locale ne sont certainement pas pour rien dans la décision absurde qui a été prise par les collectivités, celle de délocaliser l’abattoir pour construire un « pôle viande » encore plus grand, comme si l’activité était en plein essor.
Derrière ce projet de 11 millions d’euros, essentiellement financé par des subventions et un prêt qui s’annonce difficile à rembourser en cas de baisse de l’activité, il y a avant tout un coup marketing, soutenue, on l’imagine facilement, par Laurent Wauquiez. En effet, celui qui tire encore dans l’ombre les ficelles de la région Auvergne-Rhône-Alpes soutient absolument tout ce qui peut nuire au vivant, des dérogations pour chasser le loup jusqu’à la construction de méga-bassines, en passant par l’artificialisation des sols. Cela tombe bien : pas moins de 15 hectares de terres arables doivent être bétonnées pour ce projet qui s’annonce également très gourmand en eaux (4,5 kilomètres de canalisation doivent être construits pour rejoindre un bassin d’eau potable de 1500m3). Les risques environnementaux sont également déjà identifiés par les porteurs de projet eux-mêmes, notamment les incendies et la pollution des eaux.
Et les animaux dans tout ça ?
Les raisons de s’opposer au « pôle viande » de Cohade sont nombreuses. Mais qui s’intéresse aux premières victimes de ce projet, à savoir les animaux qui y seront massacrés quotidiennement ? Précisément parce que leur sort n’importe personne, il est difficile de définir le nombre d’individus qui s’apprêtent à y trouver la mort, tout étant calculé au poids de carcasse, en tonnage. Au lieu des 2700 tonnes d’animaux en 2024, le « pôle viande » devrait traiter pas moins de 3000 tonnes par an. L’atelier de découpe recevra tous types d’espèces animales, des vaches, mais aussi des moutons ou encore des cochons. Quant au type d’abattage, les élus communautaires annoncent la possibilité d’intégrer l’abattage rituel, sans étourdissement, aux services de l’établissement « pour des raisons commerciales ». Ces pratiques, qui génèrent le plus de souffrances, ne seront donc pas écartées de ce projet pourtant présenté comme novateur.
Vers la fin de la viande ?
Toutes les organisations scientifiques s’accordent à dire depuis des décennies que les animaux non humains sont capables de ressentir des émotions et de la souffrance. C’est un fait indéniable. Il est également désormais reconnu par l’ensemble des experts de ce sujet que consommer des produits animaux n’est en aucun cas une nécessité vitale. Sur le plan éthique, mais aussi écologique et sanitaire, il est également question de réduire notre consommation de viande pour tendre, sur le long terme, vers l’abolition de cette pratique. Car l’élevage est l’une des premières causes du réchauffement climatique, de la pollution des sols et des eaux, et augmente considérablement le risque de maladies humaines. Se passer de la mise à mort des animaux pour notre plaisir et notre consommation, c’est le sens de l’histoire. Et d’ailleurs, malgré un manque flagrant de diffusion de cette information dans les grands médias, l’opinion de la population a malgré tout une tendance naturelle à la végétalisation de son mode de vie. Ainsi, en 20 ans, la consommation moyenne de viande par habitant a reculé de 5,8 % 1 . Ces trois dernières années, plus de 50% des Français ont réduit leur consommation de viande 2 .
Face à cette réalité, le soutien de projets tels que le « pôle viande » de Cohade est une aberration qui relève d’une politique passéiste. Le progrès veut au contraire que l’humanité se défasse de ce type d’activités et soutienne les alternatives végétales. C’est pourquoi j’invite l’ensemble des citoyennes et citoyens, y compris au-delà de la sphère locale, à s’emparer de la consultation publique dédiée au « pôle viande » pour demander son abandon pur et simple. Nous devons également aller plus loin et encourager toutes les initiatives en faveur de la fin d’un système à bout de souffle, basé sur la mort des animaux.