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Abattoir de Cohade : une tribune dénonce un projet d'un autre temps

Par Nathalie Piendel , Mise à jour le 04/06/2026 à 10:00

À Cohade, en Haute-Loire, le projet de création d’un « pôle viande » continue de diviser. Porté par la communauté de communes Brioude Sud Auvergne, le futur équipement doit remplacer l’actuel abattoir de Brioude, jugé vétuste et difficilement adaptable aux normes en vigueur. 

Ce dossier est piloté par la communauté de communes Brioude Sud Auvergne (CCBSA), notamment par Frank Merle, vice-président en charge du projet.

Le projet prévoit la construction d’un nouvel abattoir et d’un atelier de découpe au sein d’une future zone d’activités à Cohade. Ses promoteurs mettent en avant le maintien d’un outil de proximité pour les éleveurs, l’amélioration des conditions sanitaires et de travail, ainsi que la préservation de 25 emplois directs et la création potentielle de 200 emplois indirects.

Le coût du projet est estimé à environ 10 millions d’euros, financés en partie par des subventions publiques, en cours de validation. Des infrastructures annexes doivent être réalisées, dont un réservoir d’eau potable de 1 500 m³ et 4,5 kilomètres de canalisation.

Des inquiétudes émergent

Certains s’inquiètent des nuisances potentielles, de l’artificialisation des terres agricoles ou encore des risques de pollution des eaux. Les porteurs du projet assurent que des dispositifs de prévention sont prévus, notamment concernant les incendies et les pollutions accidentelles.

Parmi les opposants figure Azelma Sigaux, coordinatrice nationale de la Révolution Écologique pour le Vivant (REV) et ancienne candidate REV-NUPES en Haute-Loire. Dans une tribune intitulée « Abattoir : pour l’abandon du "pôle viande" de Cohade et la vision passéiste qu’il représente », elle appelle à abandonner le projet.

Elle dénonce alors « un projet d’abattoir géant », financé selon elle par des fonds publics malgré le recul constaté de la consommation de viande. Elle déplore également que « 15 hectares de terres arables » soient destinés à être artificialisés et qualifie ce projet de « très gourmand en eau ».

La question du bien-être animal relancée

Azelma Sigaux replace le débat sur la question animale, évoquant que les premiers concernés et oubliés du débat sont bel et bien les animaux « massacrés quotidiennement » selon ses termes, à raison de 3000 tonnes de viande par an. Elle pointe également du doigt la possibilité évoquée par les élus communautaires d'un abattage rituel, sans étourdissement « pour des raisons commerciales »

« Abattoir : pour l’abandon du "pôle viande" de Cohade et la vision passéiste qu’il représente »

Azelma Sigaux, coordinatrice nationale de la Révolution Écologique pour le Vivant, candidate REV-NUPES aux élections législatives de la 2e circonscription de Haute-Loire en 2022.

Le pôle viande, ce projet d’abattoir géant qui doit être construit à Cohade pour remplacer l’ancien abattoir brivadois, divise l’opinion. Alors qu’une consultation publique est en cours jusqu’au 28 juillet prochain, dans le cadre d’une demande d’autorisation environnementale, diverses oppositions se font entendre, notamment sur les nuisances sonores et olfactives, mais aussi sur le coût et l’impact environnemental. Ces voix, nombreuses, font pourtant l’impasse sur l’essentiel : les animaux.

Artificialisation des sols et dépenses publiques exorbitantes

L’abattoir municipal de Brioude était en fin de vie. Ce sont les propres mots de son directeur, René Riol, prononcés fin 2024, alors que le déficit annuel de 69 000 euros lui permettait de prévoir une perte de 200 tonnes pour l’année suivante. En cause ? Le manque de moyens pour réhabiliter les bâtiments vétustes et les mettre en conformité avec les normes en vigueur, mais aussi l’ouverture récent d’un établissement concurrent à Issoire. Par ailleurs, la réduction de consommation de viande et la hausse des importations nuisent à la filière : c’est un constat national. Mais alors que la logique et l’éthique voudraient la fermeture de cet abattoir en déclin, avec une reconversion professionnelle des salariés, la pression des lobbies de l’industrie carnée combinée à une volonté électoraliste locale ne sont certainement pas pour rien dans la décision absurde qui a été prise par les collectivités, celle de délocaliser l’abattoir pour construire un « pôle viande » encore plus grand, comme si l’activité était en plein essor.

Derrière ce projet de 11 millions d’euros, essentiellement financé par des subventions et un prêt qui s’annonce difficile à rembourser en cas de baisse de l’activité, il y a avant tout un coup marketing, soutenue, on l’imagine facilement, par Laurent Wauquiez. En effet, celui qui tire encore dans l’ombre les ficelles de la région Auvergne-Rhône-Alpes soutient absolument tout ce qui peut nuire au vivant, des dérogations pour chasser le loup jusqu’à la construction de méga-bassines, en passant par l’artificialisation des sols. Cela tombe bien : pas moins de 15 hectares de terres arables doivent être bétonnées pour ce projet qui s’annonce également très gourmand en eaux (4,5 kilomètres de canalisation doivent être construits pour rejoindre un bassin d’eau potable de 1500m3). Les risques environnementaux sont également déjà identifiés par les porteurs de projet eux-mêmes, notamment les incendies et la pollution des eaux.

Et les animaux dans tout ça ?

Les raisons de s’opposer au « pôle viande » de Cohade sont nombreuses. Mais qui s’intéresse aux premières victimes de ce projet, à savoir les animaux qui y seront massacrés quotidiennement ? Précisément parce que leur sort n’importe personne, il est difficile de définir le nombre d’individus qui s’apprêtent à y trouver la mort, tout étant calculé au poids de carcasse, en tonnage. Au lieu des 2700 tonnes d’animaux en 2024, le « pôle viande » devrait traiter pas moins de 3000 tonnes par an. L’atelier de découpe recevra tous types d’espèces animales, des vaches, mais aussi des moutons ou encore des cochons. Quant au type d’abattage, les élus communautaires annoncent la possibilité d’intégrer l’abattage rituel, sans étourdissement, aux services de l’établissement « pour des raisons commerciales ». Ces pratiques, qui génèrent le plus de souffrances, ne seront donc pas écartées de ce projet pourtant présenté comme novateur.

Vers la fin de la viande ?

Toutes les organisations scientifiques s’accordent à dire depuis des décennies que les animaux non humains sont capables de ressentir des émotions et de la souffrance. C’est un fait indéniable. Il est également désormais reconnu par l’ensemble des experts de ce sujet que consommer des produits animaux n’est en aucun cas une nécessité vitale. Sur le plan éthique, mais aussi écologique et sanitaire, il est également question de réduire notre consommation de viande pour tendre, sur le long terme, vers l’abolition de cette pratique. Car l’élevage est l’une des premières causes du réchauffement climatique, de la pollution des sols et des eaux, et augmente considérablement le risque de maladies humaines. Se passer de la mise à mort des animaux pour notre plaisir et notre consommation, c’est le sens de l’histoire. Et d’ailleurs, malgré un manque flagrant de diffusion de cette information dans les grands médias, l’opinion de la population a malgré tout une tendance naturelle à la végétalisation de son mode de vie. Ainsi, en 20 ans, la consommation moyenne de viande par habitant a reculé de 5,8 % 1 . Ces trois dernières années, plus de 50% des Français ont réduit leur consommation de viande 2 .

Face à cette réalité, le soutien de projets tels que le « pôle viande » de Cohade est une aberration qui relève d’une politique passéiste. Le progrès veut au contraire que l’humanité se défasse de ce type d’activités et soutienne les alternatives végétales. C’est pourquoi j’invite l’ensemble des citoyennes et citoyens, y compris au-delà de la sphère locale, à s’emparer de la consultation publique dédiée au « pôle viande » pour demander son abandon pur et simple. Nous devons également aller plus loin et encourager toutes les initiatives en faveur de la fin d’un système à bout de souffle, basé sur la mort des animaux. 

Zoomdici a contacté les élus de Brioude Sud Auvergne pour connaître leur position sur les sujets pointés dans cette tribune mais ils n'ont pas souhaité réagir « à ce stade. Le projet et les arguments présentés en faveur du projet ayant été largement diffusés précédemment. »

On en est où de ce projet ?

Sur le plan administratif, plusieurs étapes ont déjà été franchies. Un permis d’aménager pour la zone d’activités ainsi qu’un permis de construire pour le pôle viande ont été accordés.

L’enquête publique environnementale constitue désormais la phase décisive du dossier. La préfète de région a décidé, le 20 octobre 2025, de ne pas imposer d’étude d’impact environnemental complète, tout en maintenant la nécessité d’une autorisation environnementale.

Une réunion publique s’est tenue le 29 avril 2026 à Cohade en présence de 59 participants. La veille, le conseil communautaire de Brioude Sud Auvergne avait rendu un avis favorable au projet avec 45 voix pour, une voix contre et deux abstentions. 
La prochaine réunion publique est prévue le lundi 20 juillet et la consultation du public est ouverte en ligne jusqu'au mardi 28 juillet 2026. 

Si l’autorisation préfectorale est accordée, les travaux pourraient débuter à l’automne 2026. 

 

 

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