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À Saint-Rémy-de-Chargnat, le moulin familial défie le temps

Par etamine.atelier , Mise à jour le 11/05/2026 à 14:30

Quand on longe cette petite route de Saint-Rémy-de-Chargnat, rien ne laisse imaginer le trésor caché derrière les murs du moulin de Perthus. Pourtant, depuis plus de cinq siècles, ce géant de pierre continue de faire tourner ses mécaniques et de produire de la farine. 

L’histoire familiale commence en 1935. Cette année-là, l’arrière-grand-père Roche, agriculteur, rachète le moulin aux enchères à la bougie. Un pari audacieux pour l’époque. Situé au cœur des terres agricoles et proche du bassin de vie, le bâtiment représente alors un investissement stratégique. Quatre générations plus tard, il appartient toujours à la famille

Un trésor de patrimoine encore en fonctionnement

"Les moulins sont très hauts car on se sert de la gravité pour faire écouler les grains." nous explique Didier Roche

Olivier Roche, le fils, nous fait faire le tour du propriétaire. Au rez-de-chaussée, la visite commence par les cylindres, superbes machines des années 50, rutilantes et brillantes.

"C'est lors de la Première expo universelle de Paris que ces appareils à cylindre ont commencé à se démocratiser, permettant un débit plus important." Olivier Roche

Des machines aux boiseries en passant par les accessoires d'époque, tout est méticuleusement entretenu. On poursuit la visite en montant d'un étage. Des enchevêtrements de poutres en bois confèrent à cette pièce une âme authentique. Les boiseries impeccables de ce moulin refait dans les années 50 donnent à voir un spectacle chaleureux.

On continue la visite en grimpant encore quelques marches.... À cet étage, loin du meunier qui dort, on observe le travail méticuleux de Didier le grand-père, qui a vite quitté son banc de fortune, pour entretenir les mécaniques de ce bijou de patrimoine. La moindre poussière, le moindre grain de farine doit être nettoyé pour ne pas encrasser et ne pas attirer de nuisibles. 

Pas un grain de blé, pas une nuée de farine, tout est magnifiquement entretenu. Le père et le fils, tous deux modestes, préfèrent ne pas parler d'eux. Le travail parle de lui-même.

Le secret de la longévité de ce moulin 

La résilience, Olivier assure que c'est grâce à cela que le moulin est encore aujourd'hui en fonctionnement. Son père, Didier, parle d'un positionnement stratégique aux abords de parcelles agricoles et de bassins de vie. Quoi qu'il en soit, les deux sont unanimes : le respect et l'entraide avec les confrères meuniers sont des critères importants de leur réussite. 

S'ils étaient trois à Saint-Rémy de Chargnat il y a peu de temps, ils sont désormais les seuls. Quatre autres moulins fonctionnent dans le Puy de Dôme aujourd'hui contre environ 130 en 1960.

La recherche d'authenticité et les relations humaines

Force ou faiblesse d'une entreprise familiale ? En tout cas, les clients apprécient ce contact direct. Et lorsque le travail est trop intense au moulin, ils peuvent compter sur le cousin d'Olivier, Jérôme. Ce dernier assure la partie exploitation agricole mais donne aussi la main pour les livraisons. Stéphane, le seul à ne pas être de la famille, vient s'ajouter aux effectifs comme employé au moulin.

"Il n'y a plus beaucoup d'entreprises où c'est le patron qui livre son client." Olivier Roche

La force de ce modèle familial réside peut-être dans le fait que tous les blés, pour les farines conventionnelles, sont produits sur l'exploitation par le cousin, Jérôme. Toutes les céréales bio qui ne sont pas produites par la famille proviennent d'exploitations agricoles.

L'eau fait encore tourner le moulin

Même si cela ne représente pas une économie au sens financier, le moulin utilise encore la force de l'eau. Environ 30% de l'énergie serait ainsi générée par l'hydraulique.

Si entretenir les roues représente un coût certain, pour la famille, c'est aussi inscrire l'entreprise dans un cercle vertueux. Et pourquoi pas envisager de reconnaître ce patrimoine au travers du label "Entreprise du patrimoine vivant". Mais pour cela, il faut avoir du temps.

"Ici on écrase 600 kg de blé en une heure, contre 5 à 10 tonnes pour un moulin industriel." 

Le patron termine la visite en nous montrant la partie la plus basse du moulin. Ici s'achève la course des farines qui sont ensachées et acheminées vers un appareil qui charge les palettes. 25 kilos par sac, ce bras tout neuf représente un soulagement pour cet entrepreneur de 46 ans qui s'épargne ainsi la charge quotidienne pour son dos.

Les clients parlent d'eux-mêmes

La famille Roche travaille essentiellement avec des artisans boulangers locaux mais aussi avec des meuniers qui ne fabriquent pas de farine de meule mais qui en commercialisent. Fin de la visite : les hangars où l'on peut observer de nombreux sacs de farine qui attendent d'être livrés.

"Aujourd'hui, nos clients cherchent de l'authentique et il n'y en a plus." Didier Roche

Alors la résilience, si c'est bien là le secret, saura donner un avenir des plus prospères à cette entreprise locale hors normes. Et il semble que ce soit déjà bien parti puisque des investissements sont en cours comme l'arrivée de prochaines meules d'ici quelques jours... 

À l’heure où les petites entreprises familiales disparaissent peu à peu, le moulin de Perthus rappelle qu’un savoir-faire ancien peut encore trouver sa place dans le monde d’aujourd’hui, à condition de rester fidèle à ses valeurs.

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