Des jeunes de toute la région réunis à Brives-Charensac pour un concours des métiers
Sécurité maximale, aucun incident et un dialogue salué par la police : ce samedi, le Puy-en-Velay a réuni toutes les générations. Des retraités aux étudiants, la même colère gronde contre la vie chère, l'inaction de l'État et la montée de l'extrême droite.
Ce samedi 31 octobre, ils étaient 380 manifestants à battre le pavé depuis la place de Cadelade, avant de remonter le boulevard Maréchal Fayolle et le Saint-Louis, avant de s'échouer devant la statue de La Fayette, ce "héros des deux mondes", qui a participé activement à la Révolution de 1789, ça ne s'invente pas !
Au rythme des chants ciblant le Rassemblement National et son président Jordan Bardella, mais aussi Laurent Wauquiez, épinglé par la foule comme le "roi du Puy", cette mobilisation marque l'Acte III des Gilets Jaune sur le territoire.
Dans les rangs, pourtant très ordonnés dans notre calme ville du Puy, la colère gronde contre la vie chère et le délitement des services publics. Maïté, syndiquée de la CGT 43 et enseignante, ne mâche pas ses mots. Elle se place aux côtés des lycéens et se dresse contre les réformes de l'ère Blanquer, comme Parcoursup ou les spécialités du bac : "Avec les quelques miettes qu'ils nous ont récemment accordées, on est loin du compte. Les services publics essentiels, piliers de la République, sont dans la merde ! Des pompiers sont morts cet été pour protéger, c'est représentatif. Il faut prendre en compte le service public dans le budget."
Pour elle, la question du pouvoir d'achat est centrale : "Les travailleurs en usines et magasins créent la richesse du pays et on nous parle de ruissellement, il serait temps que ça soit le cas. Qu'on donne selon ses moyens et qu'on reçoive selon ses besoins. Les petits payent proportionnellement plus d'impôts que les riches. C'est le pays de l'égalité, pas que de la liberté des riches !"
Et on retrouve le même son de cloche chez Pat et Mireille, retraités ponots engagés. Eux, qui ont connu les Trente Glorieuses, puis le début de la crise, marchent aujourd'hui pour la génération de leurs enfants et petits-enfants : "On est privilégiés en tant que retraités, on marche pour nos petits enfants. On veut pour eux des perspectives plus ouvertes. Ça fait 10 ans qu'on a une espèce de sous-marin du FN, Macron, qui a amené le FN sur un plateau. On veut faire rentrer dans l'état d'esprit de tous qu'on doit exprimer ses revendications et vouloir mieux pour les autres."
La jeunesse altiligérienne, elle, rapporte son désespoir face à l'avenir. Louisa* 29 ans et Victor* 23 ans symbolisent cette génération qui se sent sacrifiée et prise en étau entre urgence climatique et précarité.
"Quand on regarde la France actuelle, il y a beaucoup de schémas répétitifs autoritaristes et ça fait peur, souffle Victor. Ce qu'on a étudié à l'école, on a l'impression d'en revoir les frémissements aujourd'hui. On en a marre de voir des discours discriminants médiatisés comme si c'était normal."
Entre galères de logement et un Smic engloutis dans les factures avec deux enfants à charge, Louisa résume l'impasse : "Tout est injuste. L'accès à la propriété et de plus en plus cher, et en plus de ça, j'ai aucun espoir de retraite, c'est une dure de manière d'envisager un avenir serein."
À côté, Louisa se démène depuis cinq ans à la tête d'une association de recyclage textile et le constat est amer : "En tant que femmes jeunes, on ne nous écoute pas. Nos peurs écologiques sont légitimes et c'est nous qui allons devoir trinquer. On aimerait qu'on nous y aide avant qu'il ne soit trop tard."
Pendant ce temps-là, le commissaire de police nationale Frédéric Gonon pilote un dispositif XXL, mobilisant l'ensemble des effectifs, y compris les personnels en repos et en congé, pour faire respecter les périmètres d'interdiction, rassurer les commerçants, mais aussi, et il insiste sur ce point "protéger la liberté de manifester".
"On a un service assez conséquent pour nous permettre de respecter les manifestants et les arrêtés qui ont été pris par la préfecture. Et je dois dire que ça se passe très bien au Puy."
Il ajoute : "Que ce soit aux contrôles routiers, ferroviaires ou sur le parcours de la manifestation, on n'a eu aucun problème."
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