Une exposition de 21 œuvres en hommage à Marc Chagall

Par Nathan Vacher mar 14/06/2022 - 12:00 , Mise à jour le 14/06/2022 à 12:00

Du 16 juin au 2 octobre, cette ambitieuse exposition proposera au Mémorial de la Shoah du Chambon-sur-Lignon l’accrochage inédit de 21 toiles, sculptures et dessins originaux issus de collections particulières, et ayant pour thématique la Bible, la guerre, l’espoir et la vie. « Chagall, d’une rive à l’autre », sera une plongée dans l’univers magique d’un des plus grands peintres de son temps. 

Le Lieu de Mémoire au Chambon-sur-Lignon a voulu faire de cette exposition l’un des évènements artistiques de la saison, et rendre ainsi hommage à l’œuvre poétique et vibrante de Marc Chagall, dont toute la vie aura été marquée par la culture juive d’Europe de l’Est et les grands bouleversements du XXe siècle. Indissociable de son époque, l’œuvre de Marc Chagall, par la puissance de l’émotion qu’elle dégage, demeure pourtant intemporelle.

Qui est Marc Chagall ?

Marc Chagall naît à Vitebsk en Biélorussie en 1887, dans une famille juive modeste et pratiquante. Aîné d’une fratrie de neuf enfants, son enfance heureuse, marquée par l’amour de sa mère, restera toute sa vie une source d’inspiration pour son œuvre. Formé à la peinture dès son plus jeune âge, il étudie à l’école des Beaux-Arts de Saint-Petersbourg, puis auprès du peintre Leon Bakst. C’est à cette époque qu’il rencontre Bella Rosenfled, le grand amour de sa vie qui fut aussi sa muse. Après un bref passage à Paris, il retourne avec sa femme et sa fille à Vitebsk, au lendemain de la révolution russe, où il s’occupe de l’école des Beaux-Arts. Il y renoue avec sa culture juive, sujet de nombre de ses toiles.

De retour en France en 1925, Chagall s’impose comme une figure majeure de l’école de Paris, ce groupe d’artistes étrangers cherchant refuge, inspiration et marchands dans la capitale. Naturalisé Français en 1937, l’avènement du régime antisémite de Vichy et l’Occupation allemande le poussent à l’exil. Il ne reviendra en France qu’en 1948, sans Bella, décédée en 1944. Artiste prolifique jusqu’à la fin de sa vie, Chagall réalise de nombreux décors, dont le célèbre plafond de l’Opéra Garnier et les vitraux de l’église Saint-Étienne de Mayence, en Allemagne. Il s’éteint en 1985 à Saint-Paul-de-Vence, dans les Alpes maritimes. 

Fauvisme et judaïsme : l’univers de Chagall

Artiste inclassable, nourri des influences des fauves qu’il côtoie à Paris, Chagall resta toute sa vie profondément inspiré par la communauté juive de son enfance. Les thèmes bibliques au centre de la religion juive innervent l’ensemble de son œuvre, des premières aux dernières années. C’est avec une palette aux couleurs profondes et éclatantes qu’il en propose une interprétation pleine de vie et de poésie. Sous la commande de son ami, le marchand d’art Ambroise Vollard, il se lance dans une illustration de la Bible. À travers cette œuvre monumentale, il tisse des liens entre le passé et le présent des Juifs d’Europe, victimes des persécutions nazies. 

Chagall, peintre du rêve

Lorsqu’il délaisse les sujets religieux, Chagall peint ce qu’il aime : Bella, sa femme, Paris, sa ville, Vitebsk, ses racines. Son œuvre est avant tout profondément marquée par ce contraste entre ces sujets d’une grande douceur et ceux, beaucoup plus sombres, de la guerre et des persécutions antisémites. Cet oscillement perpétuel entre la joie et la douleur, le présent et le passé donne naissance à une œuvre qui ne peut être considérée que dans son ensemble. Le temps, thème essentiel chez Chagall, y dialogue avec le rêve. La couleur, chargée d’émotion et de symbolique, achève de créer le sentiment d’univers magique qui en émane.

La présentation de l’exposition par Jean-Louis Prat, commissaire de l'exposition : « D’une rive à l’autre… »

Toute la longue vie de Marc Chagall (1887-1985) est marquée par une recherche absolue et sans fin de liberté. Dès ses débuts, la liberté irrigue son œuvre imprégnée par la culture juive hassidique de sa famille, celle également de la communauté puissante de sa ville natale Vitebsk au Bélarus. Dès 1910, il part à la découverte de Paris et de cette école française dont il veut connaître la riche tradition.

Son retour en Russie avant la Première Guerre mondiale et la Révolution d’Octobre de 1917 marquent une adhésion raisonnée à un nouvel espoir vite relayé par le désenchantement d’une liberté qui semble et sera désormais confisquée. Il quitte définitivement son pays natal en 1922 avec son épouse Bella et sa fille Ida. Il sera ainsi un des premiers migrants du 20e siècle.

Il parcourt la France du Nord au Sud, d’Est en Ouest, s’installe en Bretagne, en Provence ou en Auvergne afin de mieux connaître les traditions et la diversité d’une culture qu’il veut approfondir et conquérir. Cependant, il  restera toujours fidèle à la culture de sa Russie natale. Il fera vivre ainsi son œuvre au rythme de voyages qui l’amèneront dans les années 1930 à parcourir le Moyen Orient et la Palestine. Il vivifie les souvenirs de son histoire, approfondit ses recherches et illustre magistralement La Bible.

Naturalisé Français en 1937, Marc Chagall fait face à la Deuxième Guerre mondiale et doit quitter une nouvelle fois son pays d’adoption pour préserver sa liberté. Il nous offrira toujours un message d’espoir. À New-York, sur les rivages de Manhattan, il va donner libre cours à une création renouvelée. Toujours fidèle à ses rêves, à la poésie, à la musique, à la danse, quels que soient les chemins parcourus et les rencontres, il saura vivifier son œuvre avec le pouvoir des mots et de la pensée.

De retour à Paris, sur les quais de la Seine, il fait éclore un bonheur retrouvé qui l’amènera, avec l’amitié d’André Malraux, à créer le nouveau plafond de l’Opéra Garnier et illustrer la poésie dont celle de son ami Louis Aragon. Établi dans le Sud de la France à Saint-Paul de Vence, il approfondit alors ses recherches dans différents domaines : la gravure, la céramique et la sculpture.

Ainsi naît un langage façonné d’absolu et le bonheur d’une transmission intacte aux couleurs flamboyantes de sa vie ; elles jalonnent tout le 20e  siècle. Marc Chagall nous entraîne toujours, fidèle et généreux, à sa suite, d’une rive à l’autre.

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