"Un décret d'application restrictif pourrait être dévastateur pour l'emploi en Haute-Loire"

mar 29/12/2015 - 10:23 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:38

"De toute façon, la loi est passée", explique Jocelyne Duplain en introduction, "mais elle ne devient applicable que lorsque les décrets d'applications sont parus, et là, on est en attente de la réponse de Bruxelles".
Tout le coeur du problème résidera dans le fait de savoir ce qu'est un sac réutilisable et ce qu'est un sac à usage unique. Le second sera interdit, pas le premier, mais la différence entre les deux se situe au niveau du volume et de l'épaisseur. et le décret d'application devrait fixer des normes strictes pour définir chacun de ces deux sacs. En attendant, les industriels sont donc dans l'expectative et manquent de visibilité, car ils ne savent pas encore les sacs qu'ils pourront faire demain.

----L’Auvergne représente quant à elle 10% des métiers industriels, se plaçant ainsi au 7ème rang national en terme de nombre d’entreprises.-----Ce ne sont pas 3 000 emplois menacés
La Haute-Loire est particulièrement concernée par cette problématique car elle compte à elle seule près de 70 entreprises de plasturgie, soit environ 3 000 emplois (directs et indirects). Le pôle Extrusion Souple situé sur l’arrondissement d’Yssingeaux majoritairement, reste la deuxième concentration nationale d’entreprises positionnées sur des films souples pour des secteurs d’activité tels que l’industrie, l’agriculture, l’agroalimentaire (lire). Il s'agit d'ailleurs d'un secteur qui recrute (lire). Mais il ne faut pas dramatiser non plus car les sacs plastiques ne représentent qu'une part infime par rapport aux films plastiques (agricoles ou pour les bâtiments) ou encore les sacs poubelles, qui ne sont eux pas concernés par cette loi.
"Il y a des entreprises pour lesquelles c'est très important et on est dans l'attente de ce décret d'application", analyse la Présidente de la CCI de Haute-Loire, "les dégâts seront moindres si le sac à usage unique est d'un petit volume et d'une petite épaisseur. Plus le volume sera grand, plus l'interdiction sera large". 

Le plateau sigolénois en première ligne
Litrage, épaisseur, dimension ou encore composition des sacs concernés par l'interdiction, telles sont les données que doit contenir le décret d'application, attendu pour avril (peut être juin ?). "Tout va dépendre du contenu de ce décret et si on a un décret restrictif, (ndlr : c'est à dire qu'un sac réutilisable ait un volume et une épaisseur très importantes par exemple), ça pourrait être dévastateur pour l'emploi en Haute-Loire".
C'est essentiellement sur le plateau sigolénois que les conséquences devraient être les plus lourdes (notamment pour l'entreprise Alprod, de Riotord) avec des entreprises qui consacrent une part importante de leur chiffre d'affaires aux sacs plastiques, alors que pour d'autres, c'est une activité plus minoritaire, "donc moins complexe à diversifier".

"Nos entreprises ont déjà anticipé ce virage en investissant davantage sur la recherche et le développement
"

Les entreprises de Haute-Loire sont elles en mesure de s'adapter aux nouvelles normes ? "De toute façon, puisque c'est interdit, il faut bien aller chercher d'autres activités et d'autres productions pour atténuer la perte de chiffre d'affaires", répond Jocelyne Duplain, "et puis par exemple les sacs alimentaires devront être dès 2017 biodégradables et nos entreprises ont déjà anticipé ce virage en investissant davantage sur la recherche et le développement". Ces sacs seront donc composés par exemple de maïs ou de fécules de pommes de terre.
Comme il s'agit de transformateurs, ces entreprises sont capables de le faire avec du polyéthylène ou des matières bio, elles savent le faire mais il faut aussi que le client accepte de payer plus cher. Mais tous les sacs ne pourront pas être acceptés en bio non plus, une partie sera interdite car ne répondant pas aux normes. Et c'est sur cette part d'inconnu que les industries de Haute-Loire pourraient perdre des marchés, et donc de l'emploi, en fonction de ce décret d'application.

----En 12 ans, le nombre de sacs en plastique distribués par les enseignes serait passé de 10,5 milliards à 700 millions par an. De nombreuses enseignes font payer les sacs, entre 3 et 5 centimes, pour inciter les consommateurs à amener leurs propres cabas.-----Le "septième continent" de plastique
Pour conclure, rappelons que cette mesure ne vise pas à freiner les industriels dans leur activité mais répond à un besoin écologique dans le cadre de la loi sur la transition énergétique. Un sac en plastique met entre 100 et 400 ans à se dégrader dans la nature. Sa vie peut donc durer jusqu’à quatre siècles, pour un usage qui n’excède souvent pas vingt minutes, entre sa distribution chez le commerçant et le déballage des courses à la maison. Un fléau pour la faune marine : les tortues, les mammifères et les oiseaux peuvent par exemple ingérer les sacs et s’étouffer. 
Fin 2014, une étude internationale publiée dans la revue PloS One annonçait le chiffre vertigineux de 269 000 tonnes de déchets en plastique dans les océans – tous ne provenant pas de sacs – dont une partie flotte à la surface de l’eau, formant un "septième continent" de plastique.

Maxime Pitavy 

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