Prison ferme en marge du rassemblement régional des Gilets jaunes

lun 08/04/2019 - 18:56 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:57

"Fils de pute". C'est l'insulte que ce jeune homme de 28 ans, sans domicile fixe (SDF) et de nationalité algérienne, aurait lancé à l'encontre d'un agent CRS (Compagnie Républicaine de Sécurité).
Mais il n'est pas seulement poursuivi pour outrage sur une personne dépositaire de l'autorité publique puisqu'il aurait également tenté de s'en prendre à l'intégrité physique de ce dernier, en l'occurrence en lui jetant une canette de bière en verre dessus. Un lancer vain, le représentant de l'ordre n'ayant pas été atteint.

Insultes et jet d'une canette de bière
Disposant d'assez peu d'éléments finalement dans cette affaire, qui s'est déroulée le samedi 9 mars 2019 au Puy-en-Velay, lors du rassemblement régional des Gilets jaunes, le tribunal correctionnel du Puy avait d'abord accepté la demande de renvoi formulée par la défense, pour un supplément d'informations. Selon le CRS qui s'est porté partie civile, c'est lorsqu'il était dans la rue des Farges qu'il a fait l'objet d'insultes et du jet d'une canette de bière à travers la fenêtre, alors qu'il avait demandé aux quatre personnes demeurant dans l'appartement de rentrer.
Dans son rapport, l'agent CRS explique qu'après cet incident, il a rejoint sa section et quelques minutes plus tard, il a reconnu dans la rue l'individu qui l'avait insulté, avant de procéder à son interpellation.

Une salve de gaz lacrymogènes
Selon le prévenu, lorsqu'ils ont ouvert la fenêtre pour observer les Gilets jaunes dans la rue, ils ont aussitôt reçu une salve de gaz lacrymogènes. "Je n'ai jamais jeté de bouteille de bière", lâche timidement le jeune homme à la barre. Ce serait le locataire de l'appartement. Finalement entendu, ce dernier dénonce une troisième personne, domiciliée à Lyon... Quant aux jets de gaz lacrymogènes, aucun représentant des forces de l'ordre n'en parle.

"Ses versions diverses et contradictoires ne lui octroient que peu de crédibilité"
"Mon client a formellement reconnu le prévenu", insiste l'avocate de la partie civile, "on nous monte tout un bric à brac pour essayer de dédouaner ce dernier, qui a déjà modifié ses propos plusieurs fois mais ses versions diverses et contradictoires ne lui octroient que peu de crédibilité".
Représentant le Ministère Public, Alexandre Constant n'a pas plus de doute sur la culpabilité du jeune homme : "on a d'un côté un policier qui par sa fonction a l'habitude de reconnaître les gens qu'il doit interpeller, et de l'autre un individu qui ne cesse de changer de version".

"C'est une drôle conception de la justice"
L'avocate de la défense n'a pas caché sa perplexité devant les réquisitions du Ministère Public alors qu'elle juge qu'il n'y a aucune preuve dans cette affaire. "Il y a un vrai doute dans ce dossier", juge-t-elle, "et demander à mon client de trouver le coupable pour ne pas être condamné, c'est une drôle conception de la justice". Considérant qu'il ne pouvait être condamné sur la seule base d'un témoignage, elle a plaidé la relaxe.

----Le prévenu avait un casier judiciaire vierge jusqu'au 5 mars 2019, où il a été condamné pour une conduite alcoolisée et un refus d'obtempérer, le tout sans permis de conduire. Il faisait aussi l'objet d'une OQTF (obligation de quitter le territoire français) et il n'a pas respecté son assignation à résidence depuis fin novembre 2018.-----Prison ferme car il représente "une menace pour l'ordre public"
Suivant les requisitions du Parquet qui considérait qu'il demeure "une menace pour l'ordre public", le tribunal correctionnel du Puy a prononcé une peine de quatre mois d'emprisonnement, avec un maintien en détention. La peine s'accompagne d'une interdiction de demeurer sur le territoire français pendant deux ans ; il devra en outre indemniser sa victime à hauteur de 200 euros pour les dommages et intérêts (ainsi que les 800 € de frais de justice).
Dans la salle, au moment où la sentence est tombée, un "bande de chiens" a fui de la salle d'audience. La personne a été aussitôt reconduite par l'agent de sécurité, avant que cet élément ne soit ajouté à la procédure.

Maxime Pitavy

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