« Oui, c’est une justice au rabais que nous effectuons par manque de moyens »

Par Nicolas Defay mar 22/11/2022 - 17:00 , Mise à jour le 22/11/2022 à 17:00

Comme partout en France ce mardi 22 novembre, le parvis du Tribunal du Puy-en-Velay a rassemblé les acteurs de la machine judiciaire dans un contexte de revendications. Malgré l’action du 15 décembre 2021 et « les coups de com du gouvernement », les moyens humains et financiers ne se sont à priori pas présentés à la barre.

« Juger vite mais mal. Ou juger bien mais dans délais inacceptables ». Tel est le paradoxe mis en lumière par pléthore de syndicats des services judiciaires. Mardi 22 novembre, soit près d’un an après une manifestation d’ampleur où tous les métiers et strates de la justice avaient répondu présent, les robes noires (mais pas que) reviennent déplorer l’aveuglement et la surdité du gouvernement.

Au Puy-en-Velay, sur les marches du Tribunal judiciaire en face de la place du Breuil, des magistrats, des avocats, des fonctionnaires, le service de greffes, des membres de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, ceux des services pénitentiaires d’insertion et de probation ou encore des conseillers Prud’hommes. Ensemble, ils se lèvent pour qu’une vraie justice puisse être effective.

« On a constamment peur de mal faire et de produire des erreurs. Et chaque erreur a une conséquence sur la vie de l’homme, de la femme ou de l’enfant entre les mains de la justice. » Julien Chastang

« Nous ne pouvons accepter de bâcler telle ou telle affaire »

« Ce sont des vies et des histoires que nous traitons, rappelle Julien Chastang, greffier au tribunal judiciaire du Puy et représentant CGT et Chancellerie service judiciaire. Nous ne pouvons accepter de bâcler telle ou telle affaire, faute de personnels. Il y a des existences derrière chaque mot que nous produisons, chaque donnée, chaque analyse ».
Il lâche alors : « Oui, c’est une justice au rabais que nous effectuons par manque de moyens ».

Julien Chastang, greffier au Tribunal du Puy et porte-voix de ce mal-être généralisé.
Julien Chastang, greffier au Tribunal du Puy et porte-voix de ce mal-être généralisé. Photo par Nicolas Defay

Quatre places vacantes. Mais des sièges vides.

Des audiences surchargées qui se terminent aux premières heures du lendemain, des délais de jugement au-delà du raisonnable et même des jugements non expliqués, des décisions exécutées plusieurs mois, plusieurs années parfois après l’enregistrement des dossiers...Les syndicats livrent une longue liste des dysfonctionnements qui sont autant de grains de sable dans la machinerie judiciaire.

« Le manque de moyens humains et matériels est violent, continue Julien Chastang. Nous sommes tellement à flux tendu et sous pression qu’il nous est impossible de récupérer toutes nos heures supplémentaires qui s’accumulent sans cesse ».

Il précise encore : « Du côté des fonctionnaires au Tribunal du Puy, quatre places sont vacantes ! Elles existent mais personne pour les occuper ! Et de toute façon, quatre postes supplémentaires ne seraient pas suffisants pour rendre correctement la justice ».

« Il est indispensable que l’ensemble de nos tâches soient prises en compte pour établir une véritable expertise des charges de notre travail ». Julien Chastang

Les effets de manche du gouvernement

Toujours sur le sujet du manque de forces vives entre les murs des tribunaux, Julien Chastang ajoute : « Comme dans nombre de corporations diverses et variées, les départs à la retraite ne sont pas remplacés. Et s’ils le sont, ce sont par des contrats à durée déterminée et des contractuels. »

Il souligne à ce propos les effets de manche du gouvernement. « Le ministère brandit des enveloppes financières mirobolantes en affirmant donner à la Justice les moyens attendus. Mais c’est une illusion. Ces sommes sont à l’échelle nationale, diluer par ci-par-là, sans amélioration et sans effets concrets sur les tribunaux comme celui du Puy-en-Velay ».

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4 commentaires

ba

mer 23/11/2022 - 15:19

Et oui, la France investit moins que ses voisins dans la Justice. Et oui, les procédures judiciaires sont parfois complexe car rendre la justice est en soi un acte complexe. Et non, le citoyen ne fera pas justice lui-même sauf à proner la loi de la jungle (mais si ca vous attire, faites donc un sejour dans les zone de non droit, à Port au Prince, dans le nord de la Syrie, ou dans les zones tribales pakistanaises, et on en reparlera). Tout est perfectible, et le sentiment d'injustice peut malheureusement exister, mais ne caricaturons pas le travail des professionnels de la justice à partir de faits divers.

mi

mer 23/11/2022 - 12:52

C'est la preuve que la France est en récession que nous nous appauvrissons !!!!! Il ne faut pas le cacher Malgré tout la Haute société empoche des bénéfices REVOLTANT 

mi

mar 22/11/2022 - 23:36

hm 22/11/2022 - 23h27: La justice débordée! avec toutes ces procédures "classées sans suite". Une de mes filles a eu des déboires avec son ex-copain. Propriétaire d'une maison individuelle, elle s'est retrouvée à la rue. Menaces de mort, coups et blessures volontaires 15 jours ITT, vol d'un passeport, occupation sans droit ni titre de la maison pendant une année dont charges (EDF, eau, chauffage, assurance, taxe foncière à la charge de ma fille. Dépôt de plainte, résultat: "Procédure classée sans suite". J'ai servi 30 ans dans la gendarmerie, je suis écoeuré, révolté, oripilé par la justice actuelle. Si ça continue, les citoyens devront faire justice eux même. En France on est bon en rien et mauvais en tout.

ga

mar 22/11/2022 - 17:38

Il est si simple de penser, comme toujours, que l'efficacité d'un système est liée à l'argent qu'on investit dedans. Pourtant, les faits montrent que ce n'est pas une réalité, sinon, chaque fois qu'on augmenterait les moyens, on améliorerait le rendu. En réalité, ce qu'il faut à la Justice comme à l'Education c'est du pouvoir et de l'efficience et non du fric : qu'on arrête de financer la multiplication des dossiers administratifs et des secrétariats en tous genres et qu'on applique les décisions illico, dès lors qu'elles ont été prises. Mais, il est vrai que quand on entend le ministre dire qu'"une obligation de quitter le territoire français n'est pas obligatoire", on se rend compte que l'efficacité de la Justice n'est pas pour demain, même avec tout le fric du monde