Mutualisation des collèges du Puy : 0,38 % de participation

jeu 21/03/2019 - 12:57 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:56

Présenté début 2017 comme un dispositif novateur pour les collèges du Puy, et même "une première en France" selon l'inspecteur d'académie Jean-Williams Semeraro, les sections sportives et autres classes à horaires aménagées sont disponibles pour tous les élèves, quel que soit le collège dans lequel ils sont inscrits tant que l'établissement est signataire de la charte, depuis la rentrée 2017. 
Les collèges La Fayette et Jules Vallès du Puy-en-Velay, ainsi que le collège de Corsac de Brives-Charensac se trouvent sur un secteur globalisé. Il n'y a pas de sectorisation au Puy. C'est ainsi qu'il a été décidé la mise en oeuvre de cette charte qui souhaite acter la complémentarité de l'offre de formation et asseoir une collaboration positive au services des élèves et des familles.

0,38 % des élèves à la rentrée 2018... aucun cette année
Alors que la réforme des lycées suscite bien des inquiétudes chez les parents, les élèves et les enseignants, notamment pour la question de la mutualisation de certaines spécialités, Zoomdici est allé voir comment ça se passe à l'étage en-dessous, celui des collèges, qui ont mis en place ce dispositif depuis deux ans déjà.
Le premier constat est que le bilan est très loin d'être brillant : parmi les 1 300 élèves environ que cumulent les trois établissements publics concernés, ils n'étaient que cinq à entrer dans le dispositif en 2017-2018 (deux élèves scolarisés à Lafayette participaient à la section basket de Jules Vallès et trois élèves scolarisés à Jules Vallès faisaient partie de la section tennis de Lafayette). C'est environ 0,38 % des élèves. Pire : aucun élève n'entre dans le cadre de la charte cette année.

"L'idée est géniale et généreuse, mais pour l'instant, c'est très à la marge"
Comment expliquer ce désintérêt des familles et des élèves ? Nous avons demandé aux différents chefs d'établissement concernés (précisons que Marc Alcouffe, principal de Jules Vallès et André Pelissier, celui de Corsac, ont été mutés et n'étaient pas présents au moment de la signature de la charte). "C'est un dispositif qui paraît très pertinent mais la mise en application est compliquée", juge André Pelissier, "l'idée est géniale et généreuse, mais pour l'instant, c'est très à la marge". De plus, à Brives-Charensac, "on est un peu à l'écart, avec une problématique transport et des contraintes aussi bien matérielles que géographiques".
Une contrainte moins prégnante entre les deux collèges ponots, entre lesquels les cinq seuls échanges ont eu lieu. "Ce n'est ni noir ni blanc", tempère Marc Alcouffe, "cette convention avait pour objectif de répondre favorablement aux demandes des familles". Pour lui, la difficulté réside aussi dans la problématique de "faire coïncider les emplois du temps" et surtout, "les élèves sont toujours dans la logique de choisir l'établissement qui propose l'option". 

"Pour une poignée d'élèves, on prenait le risque de sacrifier la totalité des collégiens"
Même son de cloche chez Emmanuel Forestier, le principal du collège Lafayette, le seul déjà présent lors de la signature de la charte : "c'était un beau projet, il fallait essayer, mais ça ne fonctionne pas". En cause : des parents qui n 'apprécient guère de voir les élèves circuler d'un établissement à l'autre (les seuls cas qui ont fonctionné concernaient les sections sportives ; les élèves se déplaçaient seuls, selon un accord conventionné avec les parents) mais surtout, "on s'imposait d'énormes contraintes d'emploi du temps, qui pénalisaient lourdement l'ensemble des élèves".
En résumé, pour le principal, "le jeu n'en vaut pas la chandelle" car "pour une poignée d'élèves, on prenait le risque de sacrifier la totalité des collégiens". Si les deux autres principaux, bien que dubitatifs, laissent la porte ouverte pour l'année prochaine, pour Emmanuel Forestier, le dispositif est clos, "les élèves choisissent des options mais ce n'est pas l'essentiel de la scolarité. Ils privilégient leur établissement d'origine, celui où ils ont leur cercle d'amis et leur équilibre scolaire".

"Cette charte a au moins permis de renforcer le partenariat existant"
Au moment de nuancer le bilan de cette expérience, les trois chefs d'établissements s'accordent sur un point : ils travaillent de concert et ont des projets communs. "Cette charte a au moins permis de renforcer le partenariat existant", souligne Marc Alcouffe, qui rappelle qu'il a par exemple trois collégiens de Jules Vallès qui bénéficient de l'internat de Lafayette (une quinzaine de places). "On travaille ensemble sur le forum des formations, le 17/20h des métiers, les portes ouvertes, etc.", ajoute Emmanuel Forestier. 

Début janvier, des enseignants sont montés sur le toit de la Haute-loire pour exprimer leurs inquiétudes quant à la réforme du bac.

----Réforme des lycées : besoin d'information
Une conférence de presse sera prochainement proposée avec les chefs d'établissement pour une présentation très large de cette réforme "car je m'aperçois que malgré toute l'information émise par le ministre et le recteur, je reçois en audience des parents d'élève inquiets et qui ont besoin d'explications. Il faut qu'on présente des outils pour aider les élèves et les parents à faire des choix. Il y a un grand besoin de communication", anticipe Jean-Williams Semeraro.-----Portage d'enseignements de spécialité : "on aurait dû le faire à plus grande échelle, c'était là tout l'intérêt de cette réforme"
Reste à savoir si cet exemple des collèges peut servir d'éclairage pour les lycéens. Les principaux interrogés assurent que non, car "les lycéens sont plus mobiles". Nous avons posé la question à celui qui porte la réforme à l'échelle du département, l'inspecteur d'académie Jean-Williams Semeraro. D'abord sur la problématique de l'harmonisation des emplois du temps.
"C'est possible et c'est même la base de la réforme du lycée, au début, avec des enseignements de spécialité", nous répond-il, "tous les établissements ont leurs enseignements de spécialité mais au début, on devait travailler par bassin, c'est-à-dire que les établissements pouvaient porter des spécialités pour d'autres, c'est un peu ce qui se passe entre le lycée C&A Dupuy et le lycée Simone Weil, qui porte l'enseignement de spécialité LLACA (ndlr : Littérature, Langues, et Cultures de l'Antiquité) pour les deux établissements, mais on aurait dû le faire à plus grande échelle, c'était là tout l'intérêt de cette réforme. J'aurais préféré qu'il y ait plus de portages".

"Les transferts d'élèves d'un lycée à l'autre devraient être très à la marge"
Certains enseignements de spécialité (le détail pour l'académie est à retrouver ici) ne seront ainsi pas proposés partout, comme par exemple NSI (Numérique et sciences informatiques) à Brioude car "il faut avoir la ressource enseignante, c'est-à-dire des professeurs qualifiés pour porter cet enseignement de spécialité", explique l'inspecteur d'académie, et ce n'était le cas ni à Saint-Julien (privé), ni à Lafayette (public).
"Si un enseignant en avait la capacité dans l'un des deux lycées, on aurait pu imaginer que l'un des deux porte l'enseignement spécialisé pour les deux lycées", ajoute-t-il. Un élève du Brivadois ne peut donc pas bénéficier de cet enseignement sur son territoire, il doit aller au Puy par exemple en internat. Compte tenu de la façon dont ont été distribués ces enseignements de spécialités,  "les transferts d'élèves d'un lycée à l'autre devraient être très à la marge", conclut-il.

Maxime Pitavy

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