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Lycée : occupation évacuée, 120 personnes mobilisées

Date : 08/02/2019 | Mise à jour : 09/02/2019 08:53
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Suite à la "Nuit de l'Education" aux lycées Léonard de Vinci de Monistrol et Roche Arnaud au Puy, l'Education nationale tente la pédagogie pour expliquer sa réforme du baccalauréat.

La Coordination de lutte pour l'enseignement public en Haute-Loire a bien essayé d’occuper illégalement le lycée Roche Arnaud au Puy-en-Velay, ce jeudi 7 février 2019 en soirée, dans le cadre de la "Nuit de l'éducation". Mais, comme l'avait prévenu la veille l’Inspecteur d’académie, la soixantaine de parents, enseignants et élèves ont été évacués dans le calme, sous le regard de deux équipages de police. Jean-Williams Semeraro précise que c'est avec chaque chef d'établissement, représentant l'Etat, qu'ils peuvent débattre des réformes de l'Education nationale, en demandant une salle et non en occupant.
Les participants ont poursuivi la soirée à l’extérieur, en musique, en partageant un repas dans le froid. La Coordination s'est réunie ce vendredi matin à la Maison des Syndicats au Puy.

> Lire la réaction de la Coordination

A Monistrol-sur-Loire, pas besoin d’évacuation forcée. Les professeurs avaient finalement décidé de se rassembler devant le lycée Léonard de Vinci et non dedans.
Une soixantaine de personnes s’est réunie pour réclamer le retrait, ou au moins le report, de la réforme des lycées qu'ils jugent précipitée. Ils craignent d'être amenés à conseiller les élèves par rapport au choix des spécialités alors que les programmes de terminale ne sont pas encore connus.

En prévision de la Nuit de l'éducation, l’Inspecteur d’académie s'est rendu à Monistrol, ce jeudi, pour assister au conseil d'administration du lycée monistrolien. Les enseignants en ont donc profité pour demander le maintien du nombre d’heures de cours actuellement enseignés dans l'établissement (la Dotation Globale Horaire, DGH). 20 heures devaient être supprimées pour la rentrée prochaine. Ce jeudi, le rectorat en a rendu sept.
Pour les enseignants, cela signifie qu'il en manquerait donc encore 13 par rapport à cette année au dépend, selon eux, des options comme le théâtre, les arts plastiques, le latin, la section européenne Anglais, cinéma audiovisuel (CAV), l'EPS (sport), mais aussi la prépa sciences politiques.

Ce à quoi Jean-Williams Semeraro répond qu'avec la réforme, le calcul n'est plus le même : “On ne peut pas calquer une ancienne organisation sur une nouvelle organisation, le passage à l'esprit de la nouvelle réforme ne s'est pas encore fait” dans les conceptions des enseignants. Ces sept heures accordées ce jeudi l'ont été pour “adoucir le passage à la nouvelle organisation”. L'Inspecteur d'académie reconnaît que ces sept heures serviront à garder la prépa sciences po et la section européenne Anglais mais il l'affirme: “Quand vous prenez les enseignements de spécialités et les enseignements optionnels, vous allez vous apercevoir qu'en fonction des choix que l'élève va faire, en fait la prépa sciences po, il l'aura dans ses enseignements et que tout le monde y aura accès; c'est ça le progrès”.

Quid des autres options actuelles menacées selon les professeurs ? “Tout cela existe dans les spécialités ; à Léonard de Vinci il y aura deux options artistiques, il y aura théâtre, cinéma-audiovisuel, latin”. Quant au théâtre, Jean-Williams Semeraro précise que ce qui disparaît ce n'est pas l'option théâtre mais l'atelier théâtre, un bonus qui n'entre pas dans la Dotation Globale Horaire. Un bonus pour lequel une indemnité péri-éducative était versée. Cette indemnité n'est pas supprimée mais le chef d'établissement doit faire des choix pour pouvoir assurer les enseignements obligatoires de spécialités et d'options qui sont prioritaires.

> Lire aussi : Bac 2021 : la liste des spécialités mise à jour (01/02/2019)

Quant à l'inquiétude de nombreux professeurs, au plan national, de voir la présence des mathématiques diminuer, Jean-Williams Semeraro ne la comprend pas : “il y aura bien des maths dans le tronc commun, plus en spécialités pour ceux qui voudraient l'équivalent d'une filière S actuelle”.

Des emplois du temps compatibles, y compris entre établissements ?

Les inégalités territoriales sont également au coeur des préoccupations des opposants à la réforme. Ainsi, les élèves du lycée Léonard de Vinci n'ont pas la possibilité de choisir la spécialité "Numérique et sciences informatiques". Devront-ils changer d'établissement pour la suivre ? Au Puy, par exemple, aux lycées Simone Weil ou Charles & Adrien Dupuy s'ils veulent continuer dans l'enseignement public ou bien au lycée privé Notre Dame du château de Monistrol. L'Inspecteur d'académie reconnaît qu'il y a un manque d'enseignants dans cette discipline relativement nouvelle. Le ministère lance d'ailleurs un CAPES d'informatique l'an prochain, suivi d'une aggrégation. Progressivement, la spécialité "Numérique et sciences informatiques" devrait donc se trouver dans tous les établissements. En attendant, l'Inspecteur d'académie propose aux élèves d'aller faire leurs quatre heures de spécialité hebdomadaires dans un autre établissement. Il faudra pour cela que les proviseurs prévoient des emplois du temps compatibles. Léonard de Vinci et Notre Dame du château travaillant de concert ? “Je pense que c'est possible, c'est prévu, un lycée peut porter une spécialité pour un autre lycée, répond Jean-Williams Semeraro, mais cela dépendra aussi de la volonté des parents, je sais que c'est compliqué dans ce département entre public et privé, et pourtant qui paye les enseignants du privé, comme du public ? Le contribuable, l'Etat. En tant que parents, seriez-vous prêts à ce que votre enfant, qui est inscrit dans le public, aille faire quatre heures dans le privé, et vice versa ?

Toujours est-il que les professeurs de Léonard de Vinci estiment que certaines spécialités seront trop chargées. Ils ont montré la répartition qu'ils prévoient pour la rentrée. “Là on n'est plus sur la contestation de la réforme, remarque l'Inspecteur d'académie, mais sur les moyens à mettre en oeuvre pour pouvoir la conduire dans de bonnes conditions. Et là je peux entendre les préoccupations pédagogiques en termes d'organisation”. Jean-Williams Semeraro leur a promis d'expertiser la Dotation globale horaire pour voir pourquoi il y a autant d'élèves prévus dans ces spécialités, avant de faire le point avec le rectorat. Et de prévenir : “C'est inévitable qu'il y aura des écarts entre ce qui se fait aujourd'hui et ce qui se fera demain”. Par exemple, un bac S comprend actuellement 26h30 de cours par semaine. Il passera entre 28 et 31 heures en fonction des choix de chaque élève. “Donc on ne peut pas dire qu'on supprime des heures, les élèves ne seront pas lésés au niveau des horaires”, insiste l'Inspecteur d'académie.

Des heures sup' pour les prof des collèges-lycées

Voilà pour la baisse horaire supposée, mais en termes de postes ? Pour de nombreux professeurs, sous couvert de réforme, le ministère en profite pour sabrer dans les effectifs enseignants. Effectivement, l'Education nationale supprime des postes dans le second degré (collèges et lycées) “mais c'est pour en créer dans le premier degré ; plus de 2 300 au plan national”, justifie celui qui est en charge des écoles primaires du département, tout en soulignant que "les postes supprimés dans le second degré sont compensés financièrement par des heures, ce qui veut dire que les professeurs feront des heures supplémentaires mais la masse d'enseignements reste.” Ces postes supprimés ne signifient pas des pertes d'emplois car les enseignants partant en retraite ou quittant la profession en libèrent.

Prochainement, Jean-Williams Semeraro prévoit d'organiser une conférence de presse pour expliquer la réforme du lycée. Une réforme qu'il soutient par conviction : “Je trouve que ça va dans le bon sens – dans le respect de l'élève en tant qu'être humain, de ses souhaits, de ses goûts – que l'on offre quelque chose qui n'existait pas auparavant”. Et d'illustrer son propos : “Les filières jusqu'à présent étaient de longs couloirs et si vous chutiez en cours de route, vous ne pouviez pas vous relever.” La réforme entend offrir une organisation avec des passerelles. Les élèves choisiront donc des spécialités et des options, et en Terminale, ils pourront en abandonner certaines pour en prendre d'autres.

Annabel Walker



- Photo principale DR Lucien Soyere ce jeudi 7 fevrier 2019 devant le lycee Leonard de Vinci de Monistrol-sur-Loire -









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img_journalisteR le 12 février 2019 - 06h32
85% des lycées ont les nouvelles spécialités : ha bon c'est déjà en place ? N'oublions pas aussi les heures de cours qui seront données par les pions : la meilleure qualité d'enseignement au plus bas prix.

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img_journalisteJG le 9 février 2019 - 09h51
Marre de cette poignée d'une soixantaine (!!!!) d'opposants systématiques - 75% des lycées avaient les 3 anciennes séries, désormais 85 % ont toutes les nouvelles spécialités, il y a moins d'inégalité territoriale - les lycéens peuvent composer leur menu selon gouts et voeux, reconstituer la sacro sainte série S s'ils veulent - lls auront bien leurs heures d'enseignement, les heures sup ne sont pas encore attribuées !

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img_journalisteR le 9 février 2019 - 00h35
L'enseignement privé fait du gras dans ce département. Même des professeurs du public y mettent leurs enfants, c'est dire. L'inspecteur d'académie soutient la réforme du lycée : ben oui car il est fait pour ça, si vous en trouvez un autre qui est contre, faites moi signe car c'est au moins aussi rare que le dahu.

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