Les élèves du collège Jules Vallès ne savent plus sur quel pied danser

ven 04/12/2015 - 12:05 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:37

Depuis deux ans, l'association de parents d'élèves (FCPE) de Jules Vallès, au Puy-en-Velay, réclame l'ouverture d'une classe à horaires aménagés danse.
L'activité existe déjà sous forme d'option depuis six ans et compte près de 50 élèves dans le collège. la question a été posée aux parents dont les enfants entraient en sixième cette année s'ils seraient intéressés de les inscrire dans cette classe aménagée... 18 réponses positives ont été obtenues.
La FCPE demande que l'option soit transformée en classe à horaires aménagés, comme ça existe déjà pour la classe hand au collège Lafayette par exemple dans la même commune.
Concrètement, le changement permet que l'activité devienne une vraie matière et plus une simple option. "On s'implique, on est notés et on peut présenter la matière aux examens comme le baccalauréat par exemple", nous explique Véronique Noura, Présidente de la FCPE Jules Vallès. 

Un véritable plus pour le collège... donc réservé au privé ?
Et l'objectif est de devenir professionnel de la danse ? "Non, pas forcément", répond-elle, "c'est déjà pour l'enrichissement personnel, avec la pratique de la danse, l'éducation musicale et la culture chorégraphique, et c'est aussi que beaucoup d'élèves boursiers ne peuvent pas se payer des cours privés. et c'est aussi un moyen de raccrocher des élèves à la scolarité, il y a tout une pédagogie derrière ce projet".
En toile de fond, c'est aussi un véritable enjeu pour le collège afin d'attirer de nouveaux élèves, et donc éviter des fermetures de classes. Le rectorat a d'ailleurs validé le projet en  février dernier et a affecté quatre heures hebdomadaires à cette classe horaires aménagés. On commence même à se demander si ce projet, qui semble être viable compte-tenu du nombre d'élèves inétressés, ne serait pas prioritairement réservé à l'enseignement privé comme c'est parfois le cas sur le bassin du Puy...

Une pétition, et pourquoi pas une collecte de fonds ?
Le collège et les familles semblent donc désespérés devant l'impasse à laquelle ils sont confrontés. "Tous les partenaires, le collège, le rectorat et l'Atelier des Arts, ont fourni les moyens humains et matériels nécessaires sauf la communauté d'agglomération", pointe du doigt la FCPE qui souligne : "une subvention de 3 500 euros est dérisoire par rapport au budget de la collectivité".
Remontés, les parents d'élèves ont créé une pétition en ligne mardi soir. Ils la feront signer sur le marché du Puy samedi matin, une façon de remettre la pression sur l'agglo du Puy alors que le projet a déjà été rejeté une première fois au printemps et qu'il doit "de nouveau être débattu en commission", selon le Président Michel Joubert. "et s'il le faut, on fera une collecte de fonds", ironise Véronique Noura. 

L'effet ciseau coupe l'herbe sous le pied des jeunes danseurs
Joint par téléphone, Michel Joubert reconnaît que le projet ne pourra aboutir pour des raisons budgétaires : "j'ai rencontré le principal du collège il y a quelques jours et je lui ai expliqué qu'avec les baisses de dotations, on ne pouvait pas ouvrir de nouveaux services. Comme ils reviennent à la charge, on va réétudier la question et ça devrait repasser en commission". Mais chaque ouverture de service correspond à une dépense supplémentaire et l'heure est aux économies : "on comprend l'intérêt de l'opération mais on essaie déjà de maintenir les services existants. Je comprends leur démarche mais il y a des demandes pour tout, et nous sommes contraints de faire des choix".
Autre justification du Président de l'agglo du Puy : l'effet ciseau dans lequel est coincé la collectivité, avec une équation simple et souvent martelée, par les élus comme les médias : les dotations des collectivités baissent et leurs charges augmentent. "Même s'il s'agit de sommes peu importantes, on ne peut pas ouvrir de nouveaux services et il débourser chaque année 3 500 €". Enfin, dernier argument du Président Michel Joubert : "recruter de nouveaux professeurs, c'est bien  mais ce sont des fonctionnaires à notre charge et une fois qu'on les a recrutés, on les garde pour 30 ans, même si l'activité doit cesser".

La porte est-elle fermée ?
C'est la question que nous avons posée à Michel Joubert. Sa réponse ? "Une porte, c'est fait pour s'ouvrir et se fermer mais on a peu de marge de manoeuvre : on augmente les impôts ? on augmente les tarifs de l'école de musique ?". En l'occurrence, c'est bien la deuxième option qui a été choisie car si c'est l'agglo qui a le plus compensé le retrait de l'Etat (voir ci-dessous), c'est aussi les parents qui ont dû faire un effort supplémentaire cette année. 
Déjà, il faut savoir que l'école est agréée par l'Etat (elle répond à une charte pédagogique éditée par l'Etat et elle délivre des diplômes reconnus). L'agrément est valable six ans et une nouvelle demande va être effectuée cette année. L'Etat a donc autrefois participé au financement de la structure (environ 110 000 euros il y a sept ans) mais depuis déjà une demi-douzaine d'années, il s'est progressivement désengagé, pour finalement ne plus rien donner aujourd'hui.

----Le budget de fonctionnement
Il comprend le personnel administratif et technique (accueil, direction, secrétariat, entretien, logistique), l’équipe pédagogique qui se compose des enseignements en musique, danse, théâtre, beaux-arts soit 629 heures de cours par semaine, sans oublier les interventions en milieu scolaire (24 écoles dont 3 orchestres à l’école) et en secteur spécialisé (crêches, R.A.M., CLIS) soit 69 heures par semaine, et enfin un service de communication.-----Près de 2,5 millions d'euros de budget
Reste à connaître précisément le budget de l'Atelier des Arts pour comprendre si ces fameux 3 500 € annuels peuvent faire pencher la balance budgétaire du mauvais côté.Le budget de fonctionnement voté par le Conseil communautaire s’élève à 2 447 030 € (et le budget d’investissement à 42 500 €). L'agglo en assume la majeure partie avec 69,15 % du total, puis ce sont les adhérents avec 15,41 % en droits d’inscription.
Enfin le Conseil Départemental assume 12,61 % de ce budget (les 2,83 % restants étant "divers"). Avec 1 244 élèves inscrits à la rentrée 2015, le coût moyen par élève supporté par la Communauté d’agglomération s’élève à 1 360 € par an.

L'Etat peut-il à nouveau entrer dans la danse ?
Il semble donc difficile de boucler le budget et la classe à horaires aménagés risque bien de patienter, à moins d'une évolution positive dans le prochain schéma départemental de 2017.
Et il reste enfin  une lueur d'espoir dans ce dossier, soulevée par le directeur des Ateliers des Arts, Raphaël Brunon : "nous allons réitérer notre demande d'agrément et peut être que l'Etat va finir par revenir sur sa position, et à nouveau verser des subventions pour les écoles agréées".

Maxime Pitavy

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