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Lejaby : les 'Petites mains' émeuvent le public du ciné-grenette d'Yssingeaux

ven 05/12/2014 - 00:38 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:31

Samedi 29 novembre dernier, la compagnie Nosferatu présentait au théâtre d’Yssingeaux la pièce intitulée "A plates coutures" entièrement inspirée de la lutte, en plein cœur de l’hiver 2012, des ouvrières de l’ex-usine Lejaby qui refusaient la délocalisation de leur outil de travail.

Dans la continuité, ce jeudi 4 décembre, le documentaire de Thomas Roussillon, réalisé aussi à partir du combat des ex-couturières de l’usine de lingerie fine, a été projeté au cinéma La Grenette de la cité aux cinq coqs, devant un parterre copieusement garni, l’accès de la salle ayant même été refusé à une trentaine de personnes.

D’emblée, le ton est donné 
Sur fond d’écran, les paysages des sucs enneigés, balayés par le vent, la burle, sous un ciel gris et couvert, rendent d’emblée l’atmosphère grave et lourde. Hélène, couturière, lit, de son domicile, la lettre de la Cour d’Appel de Riom notifiant la fin menaçante de l’activité de production de l’atelier yssingelais. Puis, le réalisateur déplace la caméra sur le site même de l’usine Lejaby à Yssingeaux. En toile de fond, sous une météo toujours hivernale rendant l’atmosphère encore plus glaciale, deux panneaux résument à eux seuls la gravité du moment : "Usine occupée" et "Sauvons le made in France".
     
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Thomas Roussillon, réalisateur clermontois, a tourné, pratiquement seul, son documentaire en janvier et février 2012, en plein cœur de la lutte des ex-Lejaby sur le site même de l’usine de la sous-préfecture. L’Yssingelais Thomas Roche s’est occupé du mixage et Jean Bigot, fondateur de Rouge Production, a été son producteur. Le film a été diffusé en avant-première le 28 novembre dernier à Chamalières (Puy-de-Dôme) dans le cadre du film documentaire «Traces de vie». 

-----De la non-résignation…

Refusant obstinément la fermeture de leur usine, s’estimant trahies, les confectionneuses Jacqueline, Marilou, Huguette… tonnent : "On nous a abusé, c’est dégueulasse !" Puis tour à tour, d’autres ouvrières, se rajoutant à celles nommées, Françoise, Marie-Josée, Marie-Claude, Simone, Chantal… décrivent leur quotidien, leur propre vécu, leur galère, dans l’ambiance authentique et sincère de la "boîte occupée" . L’une d’elle rapporte, dans les moindres détails et images à l’appui, les 14 étapes de la confection d’un soutien-gorge, le temps de douze minutes accordé pour la fabrication d’une unité, la programmation à la semaine...
Tout au long du reportage, "Les Lejaby" insistent sur leur savoir-faire, sur la qualité de leur travail. Ainsi, elles clament haut et fort axé leur travail sur "la qualité d’abord, la quantité après". De front, elles expriment "leur satisfaction et la fierté du travail accompli".
Alternativement, des clichés rappellent que les ouvrières sont en lutte et mènent un combat pour la sauvegarde de leur atelier de production et de leur emploi. Ainsi, Bernadette, déléguée syndicale, énonce la lettre adressée au Président de la République lui demandant de "tout faire pour maintenir le site d’Yssingeaux et de ne pas les laisser tomber". La lecture se termine par la reprise en chœur de "Tous ensemble, tous ensemble, ouais!" et aux cris de "On va gagner". C’est ainsi que retentit enfin, tel une chorale, le chant "Monsieur le Président, on vous fait une lettre.." avec des paroles de circonstance.  

...au toujours plus demandé
"Les Lejaby" dénoncent la cadence et le rythme infernal de travail, "le tout faire vite et tout le temps", le temps imparti pour la confection d’un soutien-gorge, la hantise du chronomètre contrôlant la vitesse d'exécution, les gestes répétitifs à longueur de journée. "On ne peut pas aller plus vite que la pédale", protestent-elles. Elles mettent aussi en exergue les conditions drastiques, la pression subie, le stress ainsi provoqué, la déformation et la douleur physiques engendrées (aux doigts, aux mains, aux cervicales…) en même temps que la complicité et l'entraide les unissant dans un climat de franche rigolade.
Elles s’offusquent encore de l’attitude de leur chef d’atelier qui pensait plus à "les sanctionner qu’à les aider". Elles condamnent enfin "le toujours plus" prôné par le patron qui n’avait qu’un seul mot à la bouche, "action" et qui "se souciait davantage de la quantité que de la qualité"
Ainsi, elles déplorent l’instauration de primes au rendement, "pour diviser le personnel", soutiennent-elles, qui ont eu pour fâcheuse conséquence de "casser l’ambiance, la solidarité entre les couturières". Elles explosent ainsi : "Prime = déprime". Ces primes qui conduisaient à un écart de salaire conséquent en faveur de celles qui arrivaient à tenir la cadence, contrairement aux autres qui n’y arrivaient pas et qui par conséquent percevaient un salaire équivalent au SMIC, après plus de 30 années d’ancienneté.  

Un final glaçant
 
Un décor toujours hivernal à l’extérieur, à l’intérieur une chaise vide au fond du couloir des vestiaires des couturières, les chaises renversées sur les tables de travail, l’atelier vide aussi où s’amoncellent ça et là des cartons et autres détritus, rappellent le public à la réalité : c’est bel et bien la fin de l'ère Lejaby qui laisse désormais la place à la confection d'un tout autre matériau, le cuir, peut-être plus noble mais bien plus difficile à façonner et avec le côté "féminin" en moins, surtout pour ces couturières, femmes avant tout.  
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"Ça nous fout les boules !"
Après la séance, "Les Lejaby" expriment unanimement leur profonde amertume. "Ça nous fout les boules", extériorisent-elles. Elles manifestent aussi toute la nostalgie d’une époque. "Nous aimerions retourner en arrière pour ça, pour l’ambiance, la solidarité entre nous, les bons moments passés ensemble malgré tout, on ne pensait pas finir comme ça", soupirent-elles. Ouvrières aujourd’hui Aux Ateliers Du Meygal (LDAM), elles dépeignent le contexte et le climat  totalement différents, la cadence de travail plus contraignante et le façonnage du cuir plus pénible et ardu qui n’a strictement rien à voir avec la confection de lingerie fine.

-----Le public unanimement ému aussi

De l’avis universel des spectateurs présents, le film de Thomas Roussillon est l’interprétation juste du réel et du vécu des ex-Lejaby. "C’est un excellent documentaire qui transcrit bien le monde ouvrier et qui fait ressortir l’amour du travail de ces couturières, le travail accompli avec toutes leurs tripes", exhausse Lucien, 68 ans de Monistrol sur Loire. "Ce film retrace parfaitement bien l’histoire réelle de ces ouvrières, leur propre histoire", note Marine, 22 ans d’Yssingeaux. "C’est un film bien fait, psychologiquement, on a senti toute la pression que subissaient les ouvrières, tout leur vécu, l’ambiance, l’atelier, la solidarité, les peines… et même la perfidie de leur chef", surenchérissent Françoise, 82 ans et Jean, 84 ans de Saint-Jeures.

G.D. 

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