Le Puy renforce sa vidéoprotection avec des caméras de lecture de plaques

Par Nadia MEYER , Mise à jour le 16/06/2026 à 17:00

Temps de lecture : 7 minutes

Le conseil municipal du Puy a validé un programme de 700 000 € pour étendre son réseau de vidéoprotection, avec notamment six caméras de lecture automatisée des plaques d’immatriculation aux entrées de ville. Tandis que l’opposition dénonce une surveillance accrue, le recours croissant aux nouvelles technologies et la crainte d’une dérive sécuritaire, la majorité a défendu un projet centré non plus sur l'intervention en temps réel mais sur l'apport d'éléments d'enquêtes.

Présentée avant le conseil municipal par Stéphane Lac, conseiller municipal délégué à la sécurité, la délibération s'inscrit dans la continuité de la stratégie menée depuis plusieurs années par la municipalité.

700 000 € d'investissements

  • 36 caméras remplacées,
  • 11 nouvelles caméras installées,
  • 6 caméras de lecture automatisée des plaques (LAPI),
  • modernisation du réseau et raccordements fibre.

La Ville annonce 200 000 € d'aides de l'État et 350 000 € de financements régionaux. Le reste à charge pour la commune est estimé à 150 000 €.

« Je parle de vidéoprotection et pas de vidéosurveillance », a d'emblée insisté l'élu.

Selon lui, le dispositif a vocation à protéger les habitants, les commerçants et la tranquillité publique.

Les images enregistrées sur la voie publique ne sont pas destinées à de la verbalisation automatique mais à répondre à des réquisitions judiciaires dans le cadre d'enquêtes portant sur des vols, agressions ou atteintes aux personnes.

« La vidéoprotection ne permet pas d'arrêter les auteurs en temps réel, mais permet de les identifier et d'apporter des éléments d'enquête », a-t-il expliqué.

La municipalité avance également l'utilité des caméras dans la lutte contre le narcotrafic et les dépôts sauvages d'ordures.

Vidéoprotection ou vidéosurveillance ?

Lors de sa présentation en 2023, le Centre de Supervision Urbain (CSU) avait été présenté comme un outil permettant d'« agir en direct ». Laurent Wauquiez insistait alors sur le fait qu'il devait permettre d'« opérer à l'instant T » et que les équipes pourraient « arrêter tout de suite les individus » grâce à la surveillance des images en temps réel, puis de préciser sa vision de la différence entre vidéoprotection et vidéosurveillance :

« La seule différence est le temps d’intervention, avait dit Laurent Wauquiez. Ce CSU, c’est utiliser la vidéo non pas à postériori des méfaits, mais à l’instant même de leur déroulement. »

Entre 2024 et 2025, la vidéoprotection au Puy est justifiée sur plusieurs volets : l’intervention en temps réel, la lutte contre les incivilités, le narcotrafic, l’exploitation judiciaire des images et à terme, la vidéo-verbalisation et la reconnaissance faciale.

Lors des débats de 2026, l’accent a cette fois-ci été mis sur l’exploitation des images à des fins d’enquête et d’identification. Les usages en temps réel et la capacité d’intervention à l’instant T n’ont pas été mobilisés comme argument, la majorité allant jusqu'à affirmer que les caméras n'empêchaient pas les délits.

Le réseau actuel compte déjà plus de 180 caméras reliées au Centre de supervision urbain (CSU) de la police municipale. Les images peuvent être visionnées en direct ou en différé et sont également retransmises au commissariat de police nationale.

La municipalité entend désormais poursuivre l'extension du dispositif dans les secteurs encore peu couverts. Lors du point presse, Stéphane Lac a notamment indiqué que Taulhac disposait déjà d'équipements et que le secteur du Riou faisait actuellement l'objet d'études techniques en vue d'un futur déploiement.

Une opposition qui réclame davantage de présence humaine

Au nom du groupe Le Puy en commun, Fabien Surrel a contesté l'efficacité du dispositif lorsqu'il est présenté comme une réponse aux problèmes de sécurité.

« Nous ne sommes pas totalement contre la vidéo, mais elle doit être accompagnée d'autres mesures et surtout elle ne peut pas remplacer l'humain », a-t-il déclaré.

L'élu a notamment rappelé plusieurs chiffres issus du ministère de l'Intérieur, estimant que les atteintes aux personnes avaient continué à progresser malgré le développement du réseau de caméras.

« Nous sommes contre la rhétorique qui vise à faire croire que la vidéo empêche les auteurs de délits d'agir », a-t-il ajouté.

L'élu a enfin plaidé pour davantage de moyens humains : « Quand est-ce qu'on va remettre de l'humain et quand est-ce qu'on va mettre 700 000 euros pour remettre de l'humain ? », a-t-il lancé.

Les caméras de lecture de plaques au cœur du débat

Les futures caméras de plaques interrogent l'opposition

Les six caméras LAPI prévues aux principales entrées de ville enregistreront les plaques des véhicules.

Fabien Surrel a demandé quelles données seraient conservées, qui pourrait y accéder et selon quelles garanties de protection.

La question est restée sans réponse, hors un but rappelé de lutte notamment contre le narcotrafic.

C'est toutefois l'installation de six caméras de lecture automatisée des plaques d'immatriculation (LAPI) qui a concentré l'essentiel des critiques. Laurent Wauquiez évoquait dès 2023 sa volonté de créer un « bouclier de protection » aux frontières du département afin de lutter contre le narcotrafic.

« La vidéoprotection n'empêche pas les délits, vous avez raison », a reconnu le maire.

Pour défendre le dispositif, Michel Chapuis a évoqué la traçabilité liée aux cartes bancaires ou à la géolocalisation comme étant bien plus invasive.

Michel Chapuis a contesté l'analyse présentée par l'opposition sur l'efficacité de la vidéoprotection. Selon lui, les statistiques avancées par Fabien Surrel ne prennent en compte que l'évolution du nombre de délits sans s'intéresser aux enquêtes résolues grâce aux caméras, estimant que l'opposition passe sous silence l'augmentation des taux d'élucidation.

« La vidéoprotection n'empêche pas les délits, vous avez raison », a reconnu le maire. "Mais elle permet d'identifier les auteurs et de contribuer à la résolution des affaires"

Fabien Surrel a dénoncé « une évolution dangereuse pour les habitants de la ville et leurs libertés individuelles », estimant qu'elle pourrait ouvrir à terme la voie à des technologies plus intrusives si le cadre législatif venait à évoluer.

Une inquiétude également exprimée par l'élue d'opposition Naziha Bouachmir (Le Puy-en-Velay Populaire - LFI), qui a qualifié le dispositif d'« encore plus invasif ».

Des inquiétudes pouvant être renforcées par ce qu’exprimait Laurent Wauquiez en novembre dernier au sujet de la reconnaissance faciale. Le député, avait alors expliqué que la région souhaite mettre en place des expérimentations :

Michel Chapuis a rejeté ce parallèle : « Le sujet, c'est l'immatriculation, ce n'est pas la reconnaissance faciale », a répondu le maire, rappelant que les équipements visés par la délibération ont pour objectif de renforcer les capacités d'identification des véhicules entrant sur le territoire communal, notamment à des fins de lutte contre le narcotrafic.

« On est encore insuffisant au niveau de la vidéoprotection »

Le maire a défendu avec vigueur la politique menée par sa majorité. « Là, on est sur un sujet qui nous sépare complètement », a-t-il déclaré à l'adresse de l'opposition. Michel Chapuis estime que la demande de sécurité exprimée par les habitants justifie la poursuite des investissements. « Chaque réunion de quartier, jamais personne ne critique parce qu'on met des caméras. J'ai plutôt l'inverse », a-t-il assuré.

Pour l'édile, la ville doit poursuivre ses efforts. « On est encore insuffisant au niveau de la vidéoprotection », a-t-il affirmé, annonçant que d'autres délibérations du même type pourraient être présentées au cours des prochaines années afin de poursuivre le renouvellement et l'extension du parc existant.

La délibération a finalement été adoptée malgré les votes contre des groupes Le Puy en commun et Le Puy-en-Velay Populaire (LFI).

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