Jean Roche s'en est allé
Vendredi 30 janvier, le sénateur de la Haute-Loire, Laurent Duplomb, a remis le couvert pour son menu à l'acétamipride et au flupyradifurone. Le parlementaire ne lâche donc pas le morceau et dépose un nouveau projet législatif destiné à la remise en utilisation de ces pesticides interdits en France.
Le flupyraquoi ? Le flupyradifurone est un insecticide chimique absorbé par les feuilles des cultures. Selon le site sagepesticide, la toxicité de ce truc imprononçable est élevé pour les abeilles, tout comme l'acétamipride (surnommé Le tueur d'abeille).
Le flupyradifurone est également caractérisé de modérément toxique chez les oiseaux et légèrement toxique chez les poissons d'eau douce, les algues vertes et les invertébrés aquatiques.
"Faire plier tous ceux qui pensent que notre pays se porterait mieux à ne plus rien produire"
Malgré la censure de ces molécules par le Conseil constitutionnel, le 7 août 2025, Laurent Duplomb martèle une nouvelle fois l'importance de leur remise sur le marché français pour s'aligner sur les productions agricoles des pays voisins et outre-océans.
Le sénateur a déclaré dans un article du Betteravier, le 29 janvier 2026 : "Mon but, c’est de ne rien lâcher et d’arriver à faire plier tous ceux qui pensent que notre pays se porterait mieux à ne plus rien produire et à tout acheter à l’extérieur".
Enrober chimiquement les semences à la base
Connu pour son verbe sans langue de bois et sa capacité à ne jamais lâcher sa proie, le sénateur altiligérien a déposé trois articles sur le sujet. Le premier est destiné aux cultures des betteraves en gavant les semences du flupyramachintruc. D'après l'homme politique, cette molécule est autorisée partout en Europe.
Le second article permettra, selon les termes de la nouvelle proposition de la loi Duplomb, "la possibilité d’une pulvérisation de l’acétamipride et de la flupyradifurone sur les betteraves pour une durée d’un an, si l’enrobage ne suffit pas".
Le dernier est l'utilisation de ces deux molécules combinées pour tuer les ravageurs de noisettes, de pommes et de cerises. Pour les deux derniers articles, la proposition de loi précise que "ces méthodes de pulvérisation seront remplacées dès qu’il existera des solutions techniques plus favorables à l’environnement", dixit l'article du Betteravier.
Ce projet bénéficie d'un soutien politique transpartisan au Sénat. Ainsi, les groupes Les Républicains, les Centristes, Horizon, la majorité présidentielle et les Radicaux de gauche sont au diapason de cette nouvelle proposition de loi du sénateur Laurent Duplomb.
"C'est plus de 13 milliards de déficit en France !"
Contacté par Zoomdici, le parlementaire nous a invité à prendre connaissance d'une enquête issue du Sénat qui explique que "si la France est incontestablement une puissance agricole de premier plan, trois évolutions alarmantes étaient à l’œuvre".
L'enquête mentionne alors une production française qui stagne en volume, un excédent commercial à l'agonie et des importations alimentaires qui augmentent.
"Le plus éclairant est la différence entre la balance commerciale de l’Europe et celle de la France", nous résume Laurent Duplomb. Il développe alors : "En 20 ans, l’Europe est passée de 0 à 50 milliards d'excédent. La France de 12 milliards à - 0,5 milliard !"
Avant d'ajouter aussi : "Si on enlève les vins et les spiritueux avec lesquels on ne se nourrit pas, c’est plus de 13 milliards de déficit en France. L'Espagne, pays semi-désertique, fait, elle, près de 18 milliards d'excédent !"
"En 2036, la France se retrouvera reléguée en dernière position des grands producteurs européens"
D'après l'enquête du Sénat qui s'appuie sur la source Masa, le solde agricole et agroalimentaire français se porte, en 2025, à - 515 millions d’euros. "Au rythme actuel, la France ne sera plus, dès 2029, la première puissance agricole européenne", est-il indiqué.
L'Hexagone détrôné de son piédestal, c'est l’Espagne qui devrait être la première puissance agricole de l'Europe d'ici 3 ans. "En 2036, la France se retrouvera reléguée en cinquième et dernière position des grands producteurs européens", est-il aussi marqué dans le document.
Autant d'arguments à Laurent Duplomb pour sulfater les cultures françaises d'acétamipride et de flupyradifurone afin d'augmenter leur production et rester le plus concurrentiel possible à l'échelle mondiale, plutôt que de concevoir une agriculture différente moins dense mais plus respectueuse de l'environnement.
Vos commentaires
Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire