La Culture en train de se noyer dans une mer d’incertitude

Par Nicolas Defay ven 05/03/2021 - 17:00 , Mise à jour le 05/03/2021 à 17:00

Jeudi 4 mars, des membres du CIP 43 ont effectué une courte représentation devant la préfecture au Puy. Dans une volonté de rendre visible leurs professions et leur désarroi, ils ont théâtralisé la mort imminente de la Culture en France si aucune bouée de sauvetage n’est lancée par le Gouvernement.

C’est comme être dans une pièce chaude et lumineuse durant un crépuscule d’hiver. On est là, devant la cheminée, à écouter les bûches chanter doucement. Et on regarde la pénombre envahir l’horizon, la nuit s’asseoir sur le monde. La culture, c’est ça. C’est le feu qui crépite dans l’âtre. C’est sa chaleur. Ce sont les ampoules allumées dans la pièce ou la flamme des bougies qui forment des ombres vivantes dans les recoins. Si on enlève tout ça, nous ne mourrons pas. Le toit de la maison nous protégera de la pluie et de la neige. Le vent ne traversera pas les murs. Mais nous vivrons dans une bâtisse froide et sombre. Un espace obscur et triste. Un monde sans culture.

Photo par Nicolas Defay

« L’idée est de partager en commun notre cri de désespoir »

Ce matin du jeudi 4 mars, ils sont ainsi une quarantaine à s’être regroupés sur la place du Breuil. Certains portent de larges bandes de tissu blanc, d’autres des pots de peintures noires et d’autres encore des accessoires de spectacle. « Aujourd’hui, nous allons lancer un SOS à destination des services de l’État, explique Ludovic Charrasse, technicien dans le spectacle vivant. Des collègues sont en train de peindre des lettres sur un tissu. Une fois fait, nous allons les hisser devant la préfecture à l’aide de pieds techniques. Quelques minutes après, on va tous s’écrouler à terre pour représenter la ruine que la Culture en France est en train de subir. »

Il ajoute : « L’idée est de partager en commun notre cri de désespoir ». Les revendications, signées par les membres du CIP 43 (Collectif des Intermittents.tes et des Précaires de la Haute-Loire), ont été mises dans une bouteille puis confiées aux services de la préfecture comme l’auraient fait des naufragés en lançant une bouteille à la mer.

Photo par Nicolas Defay

Rouvrir les lieux culturels pour recommencer à travailler

« Nous souhaitons porter nos revendications dans le cadre d’une journée d’action nationale organisée par la CGT spectacle, partage le comédien Lionel Alès. Nous voulions de notre côté montrer que nous n’étions pas invisibles, d’où la taille de ces trois lettres exposées aujourd’hui. L’État produit des paroles mais nous attendons des actes. Et surtout qu’il prenne conscience de la situation dans laquelle nous sommes. »

Parmi les revendications mises en lumière par le CIP 43, la réouverture de tous les lieux culturels est indiquée ou encore la prorogation des droits à l’assurance chômage des annexes 8 et 10 au-delà du 31 août 2021. « L’année dernière, le Gouvernement a choisi d’allonger ces droits jusqu’à cette date fatidique pour l’ensemble des artistes et des techniciens du spectacle vivant et de l’audiovisuel, livre Lionel Alès. Mais on ne sait pas encore ce qu’il adviendra de nous après ».

« Aujourd’hui, on nous propose de répéter et de faire des images ou de la vidéo. Mais notre métier repose sur la présence d’un public. C’est le cœur même de notre profession » Lionel Alès

Un audit commandé par deux ministères

Dans ce contexte d’incertitudes, le ministre de la culture et celui de l’emploi ont commandé, au mois de février, un audit afin de réaliser un état des lieux de la profession. « Le spectacle vivant a été énormément impacté car nous n’avons pas pu faire de représentations, seulement des répétitions, déplore Lionel Alès. Les résultats de cette enquête statueront sur nos demandes de prorogation de l’année blanche et sur les modalités. » Mais le comédien souligne : « Une lettre de cadrage qui nous a été remise récemment nous inquiète fortement. Elle préconise une solution à minima qui laissera un nombre impressionnant de personnes sur le carreau ».

Photo par Nicolas Defay

« On ne peut pas ne pas avoir une seconde année blanche »

Ludovic Charrasse complète les paroles de Lionel Alès : « À aucun moment il n’est mentionné une prolongation de l’année blanche au-delà du 31 août sur cette lettre de cadrage. Que va-t-il alors se passer pour les gens qui n’ont pas leurs 507 heures de travail (limite à partir de laquelle les droits à l’assurance chômage se déclenchent, Ndlr) ? Et bien nous allons perdre notre statut d’intermittent du spectacle et nous envoyer tout droit dans la précarité. Le RSA pour ceux qui auront droit. Ou la prime de précarité de 900 euros par mois. Qui peut vivre avec 900 euros par mois quand on a les charges classiques comme les loyers ou celles d’une famille. » 

Le technicien professionnel insiste : « Notre combat maintenant est de faire en sorte que ça bouge à ce niveau-là ! Et que l’État nous écoute ! Si l’activité n’a pas repris, on ne peut pas ne pas avoir une seconde année blanche ».

« La culture. C'est tout ce que l'Homme a inventé pour rendre le monde vivable »

D’après le CIP 43, cet audit sera rendu à la fin du mois de mars. « La personne en charge de constituer cet audit réunissait tous les syndicats de la profession aujourd’hui, confie Ludovic Charrasse. C’est pour cela que nous sommes ici ce matin afin d’être un peu plus entendus. S’ils laissent la moitié des intermittents sur le bord de la route, la Culture en France va lourdement en pâtir. »
Comme disait l’écrivain et homme politique français, Aimé Césaire : « C'est ça, la culture. C'est tout ce que l'Homme a inventé pour rendre le monde vivable et la mort affrontable »

Photo par Nicolas Defay

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