Incendie en Algérie : « Les altiligériens ressemblent aux kabyles pour leur générosité »

Par Nicolas Defay ven 15/10/2021 - 17:00 , Mise à jour le 15/10/2021 à 17:00

Hacène Djerdi, commerçant connu de la cité ponote, revient sur la campagne de don lancée en août pour aider son village kabyle natal, Ait-Hague. Profondément touché par un brasier hors norme, ce morceau de Kabylie a subi de très grandes pertes. Mais le drame a également démontré la précieuse solidarité qui existe entre les peuples de deux nations.

40 maisons touchées, 20 totalement détruites. Deux personnes brûlées vives dont le cousin d’Hacène Djerdi. Des dizaines de bêtes calcinées et des hectares d’oliviers et de figuiers réduits à l’état de cendres. Tel est le visage d’Ait-Hague défiguré par les flammes entre le 12 et le 15 août dernier. Après avoir pleuré ceux qui ont laissé leur vie, qu’ils soient sur les terres chaudes en Kabylie ou sur les pavés de la cité ponote, les Aithaguois se sont remis debout. Hacène Djerdi, patron de l’enseigne Cosmopolite au Puy-en-Velay et trésorier de l’association des Aithaguois de France, avait aussitôt lancé une campagne de don pour aider les sinistrés.

« Sa générosité a même été plus grande que Paris »

« Aujourd’hui, on a récolté exactement 10 044 euros, partage Hacène Djerdi. C’est très beau et je ne remercierai jamais assez toutes celles et tous ceux qui ont participé. La Haute-Loire a été extrêmement solidaire. » Il mentionne fièrement : « Sa générosité a même été plus grande que Paris, ville où une quête avait également été organisée ». La capitale française a rassemblé un peu plus de 6 000 euros. « Il faut rendre hommage aux altiligériens pour cette démonstration de générosité ! Le village, mon village, leur dit merci du fond du cœur ! »

Des milliers d'hectares calcinés en Kabylie. Photo par DR

Une distribution de dons qui sera malheureusement retardée

Aussi grande que soit une opération de solidarité, elle ne peut rien contre la bureaucratie et les risques de corruption. Pour ces deux raisons, Hacène Djerdi et le comité des sages constitué sur place à Ait-Hague ont opté pour attendre que l’État algérien honore d’abord ses promesses de subventions avant que les dons ne soient débloqués. « Au préalable, il faut que les dirigeants du pays fassent leur travail de manière à ce que les sinistrés ne soient pas lésés par la corruption. Si on envoie immédiatement l’argent des dons, l’Etat algérien risque de dire aux victimes qu’ils ont déjà reçu une partie d’aide issue de la diaspora et que les subventions de l’état n’ont alors plus lieu d’être ».

Hacène Djerdi ajoute : « Il faut savoir qu’en Algérie, les assurances n’existent pas. L’État s’est engagé à envoyer des experts dans le village pour attribuer telle ou telle subvention en fonction des sinistres liés à chacun. C’est une fois les aides versées par l’État algérien que nous distribuerons à notre tour les dons récoltés ». Il insiste fortement : « J’ai des comptes à rendre aux donateurs d’où ma transparence sur le sujet ».

Pour aider l'asso d'Hacène Djerdi...

Vous pouvez :
> cliquer sur ce LIEN
> ou déposer votre don à l’antenne locale de l’association au 15, rue du Pouzarot au Puy-en-Velay
> ou rencontrer Hacène dans sa boutique au 48, rue Chaussade au Puy.
Contact : aithaguoisdefrance@gmail.com et 06 11 74 15 57

« La solidarité joue vraiment le jeu. Mais il faut dès à présent préparer l’avenir »

Pour que la répartition des dons soit équitable selon la situation des victimes, un comité des sages s’est formé à Ait-Hague. « Cette cellule va trier les dossiers, explique Hacène Djerdi. Celui qui a une maison principale dans la ville la plus proche et que ce n’est « que » sa maison secondaire touchée par les incendies sera moins prioritaire que celui qui a perdu sa résidence principale. »

Il continue : « Pour certains, le bétail, les oliviers et les figuiers sont leurs sources de revenus uniques. Ces gens là ont tout perdu. Aujourd’hui, la solidarité joue vraiment le jeu. Mais il faut dès à présent préparer l’avenir. Car un olivier met plus de 15 ans pour que ses fruits puissent être cueillis, parfois 50 ans pour certaines variétés. Il faut agir dès maintenant. Mais je ne vous cache pas que nous appréhendons énormément les actions de l’État algérien sur le sujet et la très grande lourdeur de sa bureaucratie ».

Certaines résidences ont été entièrement détruites à Ait-Hague. Photo par DR

« Les douaniers algériens ont bloqué ces médicaments pour les confier à la pharmacie centrale d’Alger »

En premier lieu, Hacène Djerdi et les forces vives sur place avaient élaboré un projet de reboisement dans le village kabyle. « Mais nous avons encore à faire à un soucis géopolitique, déplore le commerçant ponot. Comme beaucoup le savent, plus rien ne va entre l’Algérie et la France. Et les difficultés à mettre en place des actions comme celle de la plantation d’oliviers à Ait-Hague se multiplient, simplement parce que l’État algérien refuse d’importer des arbres de pays étrangers. Cette opération me tenait pourtant énormément à cœur. »

Autre écueil, celui des médicaments. « Le comité du village avait envoyé au mois d’août des médicaments aux victimes d’Ait-Hague. Ils devaient parvenir directement à l’hôpital le plus proche à Larbaa Nath Irathen situé à deux kilomètres du village. Sauf que les douaniers algériens ont bloqué ces médicaments pour les confier à la pharmacie centrale d’Alger. Du coup, au lieu d’aller directement au dispensaire ciblé à la base, les médicaments ont été distribués dans toute l’Algérie sur des zones non urgentes ».

Hacène Djerdi, trésorier de l’association des Aithaguois de France. Photo par Nicolas Defay

« Les Aithaguois sont au courant de cette main tendue de la Haute-Loire »

Malgré cette latence subie concernant l’envoie des dons, Hacène Djerdi compte sur l’entraide entre les peuples et les générations. « Heureusement, les familles s’aident énormément là-bas. Le peuple kabyle a toujours maintenu une culture basée sur le partage et la solidarité exacerbée. En ce sens, les altiligériens ressemblent beaucoup aux kabyles pour leur générosité ».
Il termine en ces mots : « Les Aithaguois sont au courant de cette main tendue de la Haute-Loire. Via les réseaux sociaux, on partage régulièrement les comptes rendus par ce biais. Ils ne s’attendaient pas qu’un tout petit département comme le notre puisse autant donner à notre cher village d’Ait-Hague ».

Un extrait du sinistre dans une maison d'Ait-Hague:

Vous aimerez aussi

À découvrir

Contenus sponsorisés

Vos commentaires

Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire