Haute-Loire : qui conserve les rythmes scolaires?

jeu 11/07/2019 - 20:10 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:57

----A la rentrée 2018, comme nous vous l'avions déjà communiqué, 8 écoles (concernant 6 communes) fonctionnaient sur 4,5 jours :
Chadrac : 2 écoles Jullianges : 1 école Le Monastier : 1 école Sanssac : 1 école Saugues : 1 école Ste-Sigolène : 2 écoles.
A la rentrée 2019, plus que 3 écoles fonctionnent sur 4,5 jours : Le Monastier : 1 école Sainte-Sigolène : 2 écoles-----Déjà pour la rentrée 2018, le nombre de communes maintenant les rythmes scolaires s'était réduit comme peau de chagrin, à moins d'une sur quatre à l'échelon national et en Haute-Loire, seules six communes (Chadrac, Jullianges, Le Monastier, Sanssac, Saugues et Sainte-Sigolène) avaient poursuivi l'aventure après que le jeune gouvernement Macron et son ministre de l'Éducation aient pris soin de laisser aux communes échaudées la possibilité de revenir à l'ancien système.
Avec en toile de fond un enjeu très politique, parfois au détriment de l'enfant, la réforme n'aura guère percé dans le département, faute probablement d'assise politique suffisante. En effet, sous la présidence de François Hollande (PS), il a été décidé de mettre en place cette réforme mais le coût qu'elle représentait a été directement imputé aux communes, dont un très grand nombre a alors décidé de faire le strict minimum. Seules quelques mairies, presque exclusivement socialistes, ont joué le jeu. Elles sont petit à petit rentrées dans le rang, comme par exemple à Chadrac, comme l'avait révélé Zoomdici en février déjà.

Tous n'ont pas les mêmes motivations mais nous avons sondé les maires des communes qui jettent l'éponge pour cette rentrée. Ainsi que les deux irréductibles Gaulois : Sainte-Sigolène et Le Monastier.
Face aux baisses des aides de l'État, les familles n'ont pas voulu compenser
Pour Michel Brun, maire (divers droit) de Saugues, c'est avant tout une question de coût, le fameux nerf de la guerre : "déjà on a assisté à une raréfaction des prestataires non professionnels, le coût a donc augmenté, et puis l'État a réduit de moitié son aide pour les TAP (ndlr : temps d'activité périscolaire) ; pour nous, elle est passée de 10 000 € à 5 000 €, donc l'équation est devenue insoluble car on voulait garder des activités de qualité, que les enfants ne pourraient peut-être pas découvrir ailleurs". Le théâtre, la musique ou l'équitation étaient par exemple proposés. 
Selon les sondages réalisés sur la commune, la satisfaction des familles atteignait pourtant 70 % mais "pour maintenir la qualité, il fallait répercuter le coût sur les familles et elles ont voté contre", explique l'élu, "ça a bien fonctionné pendant quatre ans et c'est à contre coeur que l'on va revenir au schéma classique. C'est dommage car c'était vraiment un plus pour le confort des enfants et leur rythme biologique".
"Tout était déjà organisé sur quatre jours, pour 95 % des écoles du département"
Du côté de Jullianges, c'est avant tout pour une question d'organisation que la réforme a été interrompue. "Tout était déjà organisé sur quatre jours, pour 95 % des écoles du département", déplore Bernard Brignon, le maire (divers droit) de la commune, "on n'était plus dans la norme, donc administrativement et techniquement, c'était compliqué". 
Une doléance qui était déjà remontée du côté de Chadrac : de nombreuses activités avaient repris le mercredi matin dès 2018 et sans les enfants de ces communes, et les enseignants manquaient eux aussi des formations. Le maire de Jullianges ajoute que le coût n'est pas ce qui a guidé le choix de la commune et "les familles étaient favorables pour sortir du dispositif, il y a eu un consensus général".
"Le mercredi, il y avait quand même le transport scolaire à assurer car on n'a pas le Tudip nous"
C'est à peu près le même son de cloche à Sanssac-l'Église, où le maire Gilbert Peyret s'est senti un peu isolé. "Déjà, sur l'agglo, on n'était que très peu et le mercredi, il y avait quand même le transport scolaire à assurer car on n'a pas le Tudip nous". Le plus déterminant pour stopper les rythmes scolaires, ce n'était pas le coût car "il était compensé par l'État et une contribution de 30 € par an et par enfant", mais bien par la volonté des parents.
"Plus de 65 % voulaient un retour aux quatre jours", argumente-t-il, "il y avait de bonnes choses dans les TAP (ndlr : temps d'activité périscolaire), pour découvrir de nouvelles activités, mais certains les considéraient surtout comme de la garderie".
Au Monastier, le coût, de 42 000 €, sera amorti de moitié par la CAF
Lorsque nous avons débuté cette enquête, nous n'étions pas sûr de trouver des communes ayant fait le choix de conserver la semaine à 4,5 jours. Elles sont finalement deux : Sainte-Sigolène (300 élèves) et Le Monastier (67 enfants). Pour cette dernière, "99% des parents y étaient favorables", assure Laure Jourdan, adjointe en charge des écoles à la mairie du Monastier. La CAF (caisse d'allocations familales) a donné son accord pour des aides jusqu'en 2020 via le PEDT (Projet éducatif territorial).
Pour 2019, le coût, de 42 000 €, sera amorti de moitié par la CAF. Le reste à charge sera pour la commune et il n'y aura pas de répercussion sur les familles, si ce n'est une demande de participation de 5 € par enfant et par an qui a permis de débloquer une heure d'aide supplémentaire de la CAF (quatre au lieu de trois). De quoi assurer la rémunération des intervenants professionels (40 € par heure), en appui des bénévoles, mais aussi attirer de nouveaux publics puisque huit familles arrivent. 
"Un levier de recrutement pour le tissu associatif, ça permet d'amorcer des inscriptions"
"Les enfants sont beaucoup moins fatigués, c'est un constat partagé par les familles et les enseignants", explique Laure Jourdan, alors que les TAP sont proposés de 15h30 à 16h30 les lundis, mardis, jeudis et vendredis. Il est possible pour ceux qui le souhaitent de rentrer chez eux à 15h30 mais ça n'a encore jamais été le cas. "C'est l'occasion de découvrir des activités qu'ils n'auraient jamais connues sinon, comme la musique" et contrairement à d'autres collectivités, il n'y a pas de téléscopage puisqu'il y a sur place une école de musique intercommunale.
Selon l'adjointe en charge des écoles, les TAP constituent même "un levier de recrutement pour le tissu associatif, ça permet d'amorcer des inscriptions". Elle prend l'exemple du club de tarot, passé de zéro à huit adhérents grâce aux TAP et qui aujourd'hui dispute les championnats de France. "Ce n'est pas politique, c'est pour l'enfant", conclut l'élue.
"Un intérêt certain de leurs enfants pour des activités de qualité, variés et inédites"
Enfin du côté de Sainte-Sigolène, nous n'avons malheureusement pas pu joindre le maire Dominique Freycenet. Seule sa directrice des services, Mme Masay, a pu nous confirmer que les rythmes scolaires sont maintenus pour la maternelle (120 enfants) et l'élemantaire (180 élèves).
"Le maire a émis un avis conforme au conseil d'école car il y a une réelle satisfaction des familles, qui voient un intérêt certain de leurs enfants pour des activités de qualité, variés et inédites", se félicite-t-elle. Assurant que les activités proposées ne sont pas concurentielles avec le tissu associatif, elle assure qu'au contraire, "ça le renforce avec des jeunes qui découvrent pour certains et approfondissent pour d'autres".
Maxime Pitavy

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