Haute-Loire : contre le loup, la guerre est déclarée

lun 20/10/2014 - 21:19 , Mise à jour le 27/11/2020 à 05:53

Les agriculteurs de Haute-Loire sont vivement remontés contre le loup. Les deux syndicats agricoles, la FDSEA et les JA 43, avaient déjà déclaré la semaine dernière vouloir "purement et simplement l'extermination du loup sur notre territoire".
Mais les services de l'Etat ne veulent pas en arriver là pour l'instant et le ton est encore monté d'un cran ce lundi midi, avec notamment quelques incidents en marge de la manifestation, une porte forcée et deux policiers blessés, comme nous l'avions déjà indiqué (lire).
Anthony Fayolle, Président des Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire (JA 43), revient sur l'action menée par les agriculteurs ce lundi matin et explique qu'il souhaiterait arriver le plus vite possible à l'abattage du loup. Ecouter. {{audio1}}

----On considère qu'il y a 250 à 300 loups en France, avec une croissance de 20 % par an sur notre territoire. A l'échelle européenne, on recense environ 15 000 loups, la planète terre en compterait 350 000.-----La première attaque de loup depuis près d'un siècle
Les services de l'Etat ont formellement confirmé ce lundi matin à la presse que l'attaque qui avait décimé plusieurs brebis à Saint-Etienne-du-Vigan (lire), à la pointe Sud du département, était bien l'oeuvre d'un loup, avec une certitude absolue. Les résultats des analyses ont été rendues ce week-end et ne laissent aucune place au doute.
"On a effectivement eu une attaque de loup", a commenté Clément Rouchouse, "les faits sont avérés". Il s'agit de la première attaque d'un loup en Haute-Loire depuis près d'un siècle, puisqu'il avait été chassé du territoire dans les années 1920.

Pour la victime, un préjudice pas seulement financier
Pour l'agriculteur dont une partie du bétail a été dévoré par le loup au Sud de Pradelles, les conséquences économiques sont importantes, et le préjudice n'est pas que matériel, quand on connaît l'implication et l'investissement humain nécessaire pour élever un troupeau. Sans oublier désormais l'angoisse de voir revenir le loup sur son exploitation, puisqu'il y a déjà trouvé un bon repas. C'est pourquoi les services préfectoraux s'engagent à accompagner la victime, avec un soutien technique et financier, puisque l'éleveur sera indemnisé pour ces brebis dévorées (selon un barème national).
Ensuite, ils l'assistent dans l'élaboration de mesures de protection, comme le fait d'installer une clôture ou de mettre son troupeau à l'abri la nuit, choses que la victime faisait déjà. Il est donc envisager d'électrifier la clôture et de lui fournir des chiens patous, même si ces derniers sont décriés par ceux qui souhaitent abattre le loup.

 

  • L'attaque du loup a suscité bien de l'émotion en Haute-Loire mais le phénomène ne demeure-t-il pas marginal ? Ecouter la réponse du Président des Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire. {{audio2}}
  • Les chiens errants ne produisent-ils pas plus de dommages que les loups ? Le loup peut-il rapidement être évincé du département ? Ecouter la réponse d'Anthony Fayolle. {{audio3}}

Une réunion en préfecture ce mardi
Rappelons que les manifestants demandent l'autorisation d'abattre le loup en Haute-Loire, alors qu'il s'agit d'une espèce protégée par les conventions internationales. Seuls des cas de figure bien particuliers peuvent permettre une dérogation autorisant son abattage, mais la préfecture de Haute-Loire n'en est pas là pour l'instant.
Ce mardi après-midi, plusieurs experts, en provenance de la région Rhône-Alpes, seront reçus en préfecture pour une réunion exceptionnelle. Les mesures à adopter pour faire face à la présence du loup aux confins du département seront alors définies. Mais avant d'arriver à l'abattage, l'ultime recours, il faudrait bien d'autres attaques...

----Il existe 20 départements en France où l'abattage est autorisé : Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Ariège, Bouches-du-Rhône, Ardèche, Aude, Drôme, Isère, Lozère, Haute-Marne, Meuse, Pyrénées-Orientales, Savoie, Haut-Rhin, Haute-Saône, Haute-Savoie, Vosges, Var, Vaucluse.-----Bien des mesures avant de procéder à l'abattage
Le loup est une espèce protégée, sa chasse n'est pas libre, mais il existe des dérogations permettant de protéger les troupeaux en cas d'attaques reconnues. La réglementation prévoit différents degrés d'intervention : dissuasion par effarouchement de l'animal d'abord, tir de défense ensuite et tir de prélèvement (abattage) en dernier recours.
L'effarouchement consiste à dissuader les attaques du prédateur sur le bétail. Les éleveurs ou des lieutenants de louveterie (des chasseurs habilités par le préfet) font des rondes et peuvent utiliser une source lumineuse ou sonore pour faire reculer la bête, ou encore "un tir non mortel". L'effarouchement doit être effectué pendant une semaine avant de passer au tir de défense.
Ce dernier s'effectue avec une arme de 5e catégorie et ne peut être utiliser que pour empêcher une attaque immédiate du troupeau. Un arrêté préfectoral autorise alors nominativement un éleveur mais il faut qu'il y ait eu au moins deux attaques de loup sur le troupeau au cours des deux dernières années pour y parvenir.
Enfin, si ces deux mesures ne suffisent pas, le préfet peut ordonner de tuer l'animal. L'abattage est une opération collective supervisée par l'ONCFS et le préfet établit la liste des personnes pouvant intervenir. Il existe cependant des dérogations exceptionnelles pour accélérer le processus et ne pas recourir au tir de défense, ce que demandent les agriculteurs et députés de Haute-Loire.

Abattre le loup est un délit sévèrement puni
Plus tôt dans la matinée, la FDSEA et les JA 43 ont annoncé qu'ils étaient prêt à remettre une récompense de 1 000 euros pour le premier loup tué en Haute-Loire... une bien maigre récompense par rapport à la peine encourue pour le délit sur notre territoire, en l'occurence la destruction d'une espèce protégée, pouvant aller jusqu'à 150 000 euros d'amende et sept ans d'emprisonnement.

Maxime Pitavy

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