Fukushima : onde de choc jusqu'en Haute-Loire ?

ven 11/03/2016 - 12:30 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:39

Le 11 mars 2011, il y a cinq ans jour pour jour, la terre tremble au pays du soleil levant. Un séisme de magnitude 9 et un tsunami ravagent la région de Sendai, au Nord-Est du Japon, et la centrale nucléaire de Fukushima est touchée avec trois des six réacteurs qui subissent des fusions partielles de coeur, causant d'important rejets radioactifs. L'accident est classé au niveau 7, le plus élevé, de l'échelle de l'INES, ce qui le classe au même degré de gravité que la catastrophe de Tchernobyl.

Une entreprise familiale, revendue fin janvier à un groupe international
Celnat est une entreprise familiale basée à Saint-Germain-Laprade (un article avait été confié à la saga familiale à l'occasion de la semaine de l'industrie). L'entreprise a été vendue, ce vendredi 29 janvier 2016, à Ebro Foods, un groupe international espagnol avec plus 1,7 milliard de chiffre d'affaires annuel. La croissance de Celnat devrait se poursuivre avec de plus gros moyens. Les emplois sont, précise-t-on, préservés.
Nous avions rencontré à l'époque Jérôme Celle, directeur de Celnat, pour évoquer les conséquences pour cette entreprise de Saint-Germain-Laprade car la psychose s'était installée autour d'aliments potentiellement radioactifs. Retour sur cet entretien avec Jérôme Celle, directeur de l'établissement, autour de la catastrophe, du marché du bio, de l'agriculture et du nucléaire (vous pouvez retrouver l'intégralité de l'article ici).

Des analyses de radioactivité
"Notre position a été tout de suite de décider de faire faire des analyses de recherche de radioactivité sur tous les produits provenant du Japon", affirmait le directeur de Celnat. "A la réception de la marchandise, nous faisons des prélèvements d'échantillons, nous avons un service qualité déjà très habitué à ça car c'est une pratique que nous appliquons à toutes nos matières premières", complètait-t-il.
Mais le test de radioactivité était lui bien nouveau pour cette entreprise de 58 salariés à l'époque (en 2016, 64 personnes travaillent en CDI, 10 en intérim et deux autres s'occupent de la maintenance, avec un statut de travailleurs handicapés). Il a fallu ainsi établir immédiatement un protocole d'analyse. "C'est quand même compliqué, c'est toute une intendance. Les produits japonais, pour nous, c'est une gamme d'une bonne cinquantaine de références", observait-il.

Le poids japonais chez Celnat
En 2011, lors de cet entretien, Celnat commercialisait environ 500 références dont près d'un dixième provenaient du Japon. Le volume commercialisé par l'entreprise concernait davantage les céréales et autres farines. Mais en termes financiers, la part était importante car il s'agissait de produits à forte valeur ajoutée. "Ça a plus de valeur en euro au kilo", ajoutait le responsable de l'établissement. En effet, un kilo de thé vert du Japon était par exemple plus de 40 fois plus onéreux qu'un kilo de farine bio.
Par ailleurs, sur le chiffre d'affaire global, les produits japonais représentaient environ 8 %. Depuis la catastrophe, 4 containers de 27 m³ en provenance du Japon avaient été commandés par l'entreprise altiligérienne : ils étaient tous arrivés. Chaque container avait une valeur oscillant entre 50 et 65 000 €. Notons que depuis la réalisation du reportage, d'autres résultats d'analyse sont tombés et que la totalité des produits japonais reçus par Celnat ont été reconnus conformes et ont été distribués sur le marché.

Y-a-t-il eu des analyses positives ?
Il y a eu un léger dépassement du seuil sur un seul produit, qui est "un concentré de sirop de prune, selon notre premier bulletin d’analyse, pour la catégorie nourrissons et jeunes enfants", précisait-il avant de poursuivre : "nous avons aussitôt prévenu nos fournisseurs, qui eux avaient un résultat d’analyse conforme pour ce produit sur le même lot pour toutes les catégories de consommateurs. Nous avons donc fait réaliser une troisième analyse dont le résultat s’est avéré conforme, ce qui nous a permis de libérer ce lot".
Pourtant, sur ce produit, les prunes ont été ramassées et transformées bien avant la catastrophe et "peut-être que si cette analyse avait été réalisée il y a deux ans sur un produit similaire, nous aurions détecté la même chose", relativisait l'entrepreneur sangerminois. Ce produit est en fait destiné à être consommé dans une infusion. Une fois dilué, la teneur en radioactivité diminue.

Pas de dévaluation du produit, et des analyses à la charge de l'entreprise
Malgré le drame, les produits japonais n'ont pas été dévalués. "Nous sommes déjà sur des produits très sélectifs, rares, c'est du haut de gamme. A partir du moment où nous pouvons prouver que ces produits ne sont pas du tout impactés par les radiations, il n'y a aucune raison que le prix baisse et même au contraire puisque cette situation crée une nouvelle inquiétude à la source, avec la conséquence possible de raréfier le produit", expliquait l'entrepreneur.
"En revanche, nous, Celnat, nous sommes directement impactés sur le prix de revient du fait de la mise en place de ces analyses de radioactivité", précisait le directeur de l'établissement puisqu'en effet, ces analyses étaient entièrement à la charge de l'entreprise sangerminoise. "Nous faisons ces analyses pour nous rassurer aussi car ce que nous vendons en premier aux gens, c'est de la confiance et de la traçabilité", concluait-t-il.

* Pour plus de détails sur ce sujet, nous vous invitons à vous replonger dans le dossier que nous y avions consacré en 2011.

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