En Haute-Loire, quand les rails flanchent, le covoiturage va bon train

jeu 28/08/2014 - 19:48 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:24

Depuis sept mois, aucun train ne circule entre le Puy-en-Velay et Firminy. Deux choix se présentent aux personnes qui doivent se rendre dans la Loire : emprunter les cars affrétés par la SNCF et faire le trajet entre le Puy et Saint-Etienne en 2h30 (1h10 avec un peu de chance, s’ils arrivent à attraper l’un des deux allers-retours directs proposés par la région), ou prendre le volant. Mais tout le monde n’a pas de voiture et quand bien même c’est le cas, il n’est pas toujours ni agréable, ni rentable de conduire seul.

Près de 400 offres de covoiturage
Le covoiturage apporte une solution à ce problème. Cette pratique s’est peu à peu popularisée dans l’ensemble de l’Europe, notamment dans les régions mal desservies par les trains, en proposant une alternative conviviale et économique. Elle fait aussi fureur en Haute-Loire où des dizaines de personnes proposent chaque jour de partager leur trajet et leurs frais d’essence, que ce soit sur les réseaux sociaux, sur les sites de petites annonces ou sur le site n°1 du secteur : Blablacar.fr. En ce moment même, la plateforme propose 376 covoiturages disponibles sur l’axe Le Puy-en-Velay – Saint-Etienne (les annonces de covoiturage étant publiées quelques jours à l’avance, ce chiffre fluctue toutes les 24 heures). Le Conseil général de Haute-Loire s'est également mis à la page : il est à l'initiative de l'ouverture, en 2010, d'un site Internet dédié au covoiturage dans le département.

Pendant huit mois, la vie sans train
Les offres de covoiturages pullulent donc en Haute-Loire, surtout en cette période d'isolement ferroviaire. Les perturbations et interruptions de trafic sur la ligne SNCF Le Puy/Saint-Etienne, notamment les sept mois de travaux qui la bloquent toujours aujourd’hui, rendent de plus en plus nombreux les covoitureurs et de plus en plus rares les places disponibles. L’annonce d’un retard de cinq semaines sur le chantier, repoussant au 6 octobre la réouverture de la ligne, vient asséner un dernier coup de massue sur des utilisateurs déjà las. Au total, les habitants de la Loire et de la Haute-Loire qui doivent fréquemment se rendre dans l’un ou l’autre département se seront, une fois la fin des travaux, habitués à vivre sans train pendant plus de huit mois.

« J'ai perdu trop de temps à cause des trains »
A en entendre certains, ils s’y sont faits : « Je ne passe même plus par le site de la SNCF, explique Thomas, 26 ans, étudiant qui fait l’aller-retour entre Le Puy et Saint-Etienne au moins deux fois par semaine. Je ne cherche pas à savoir s’il y a des trains, des cars ou je ne sais quoi d’autre qui circulent. C’est fini ce temps là. J’ai perdu trop de temps dans ma vie à cause de la SNCF. A l’inverse, je suis certain d’arriver à Saint-Etienne en moins d’une heure en covoiturage. » Même son de cloche du côté de Stéphane, 31 ans, qui travaille sur Lyon et rentre chez lui, à Espaly-Saint-Marcel, un week-end sur deux : « Quand la ligne n’est pas fermée pour travaux c’est la SNCF qui est en grève. Et puis dans tous les cas, c’est plus rapide en covoiturage. » Tous deux confient avoir définitivement changer leurs habitudes et doutent retourner un jour aux rails, même à la fin des travaux.

« Le problème de la voiture, c'est qu'il faut conduire » 
Heureusement pour la SNCF, ce n'est pas le cas de tout le monde. A commencer par les personnes ne détenant pas le permis de conduire, comme les jeunes. D'autre part, ceux qui font le trajet plusieurs fois par jour apprécient le confort des trains. Françoise, 55 ans, employée de la ville de Saint-Etienne domiciliée à Retournac, explique avoir mis en place un système de covoiturage avec trois autres travailleurs et une étudiante. De février à juin, la petite troupe a fait ensemble deux trajets quotidiens entre l'Est de la Haute-Loire et la cité stéphanoise : « On change de conducteur chaque semaine. C'est très sympa, et surtout très pratique. » Bien que ça soit « l'horreur de conduire à Saint-Etienne », elle estime gagner 20 bonnes minutes d'Yssingeaux à Firminy, par rapport aux cars SNCF.

Pour autant, elle attend le retour des trains avec impatience : « Avec le train, on s'assoit et on nous conduit. La voiture, ça reste fatigant et quand vous êtes conducteur, vous avez une responsabilité par rapport à vos passagers. » C'est également le cas de Pierre, étudiant de 24 ans qui n'a pas « l'impression de perdre son temps » dans le train : « Le problème de la voiture, c’est qu’il faut conduire et que ça demande une attention permanente. Dans le train, je peux bosser sur mon ordinateur ou regarder un film, je n’ai pas à me soucier du trajet. »

120 % de covoitureurs en plus pendant la grève
Pour certains, le covoiturage ne remplace donc les trains que de manière ponctuelle, quand ceux-ci ne fonctionnent pas. C'est notamment ce qu'a mis en évidence la grande grève SNCF du mois de juin dernier : un demi-million de Français avaient alors voyagé en covoiturage via l'application et le site BlaBlaCar, en tant que conducteur ou passager, soit 120% de plus que les semaines précédant le mouvement social.

Mais un autre chiffre a de quoi faire frémir l'entreprise publique française de transport ferroviaire : en 2013, elle a vu son chiffre d'affaires reculer. Pire encore, même si elle a renoué avec les bénéfices au premier semestre 2014, la santé de la filiale TGV est inquiétante : le chiffre d’affaires d'SNCF voyages, la branche concernée, est en baisse de 3,1 % sur un an (source). Heureusement pour la société, la ligne le Puy-en-Velay/Saint-Etienne n'est fréquentée que par des TER – quand ceux-ci sont autorisés à circuler.

A.L.

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