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Séneujols

Drame de Séneujols : prison ferme pour le jeune conducteur

mar 09/09/2014 - 14:00 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:24

Le drame est encore présent dans bien des têtes. Un dimanche matin comme on souhaiterait ne plus en voir. Il est 3h30 lorsque les secours sont appelés à intervenir. Parmi les cinq personnes, âgées de 17 à 22 ans à l’époque, une jeune fille de 21 ans y laisse la vie.
Le groupe de jeunes revenait de la fête votive de Cayres. Le prévenu, qui avait décidé d’être capitaine de soirée, prend le volant avec 2,2 grammes d’alcool… Il est nerveux, conduit vite sur la chaussée humide et finit par perdre le contrôle du véhicule.

Une victime et des blessés graves
Le jeune homme de 24 ans aura finalement été, ironie du sort, le moins touché lors de cet accident puisqu’il ne souffrait que de quelques commotions, quand une jeune fille a perdu la vie et que d’autres ont été gravement blessés. Bien sûr, sa vie ne sera plus jamais la même et le remord le hantera toujours : « j’y pense tous les jours », témoigne-t-il, « je revois les images, c’est une erreur impardonnable, j’ai brisé une famille, je m’en voudrais tout le temps ».
Les autres occupants du véhicule, hormis la fille décédée, sont tous gravement blessés, notamment la sœur de la victime. Elle souffre d’un traumatisme crânien gravissime avec un enfoncement de la face. Tous auront d’importantes ITT (Interruption Temporaire Totale de Travail) mais tout de même inférieures à trois mois.

Il avait bu au moins sept whiskys et trois bières
Le prévenu avait déjà été condamné une fois par le tribunal à deux mois de prison avec sursis, pour une conduite sous l’emprise de stupéfiants. Quelques semaines avant le drame, il avait écrasé la voiture de sa mère, ivre, avant de fuir et de lui faire porter le chapeau. Son employeur de l’époque lui avait alors prêté un 4x4.
Après avoir bu au moins sept whiskys et trois bières, il prend donc le volant. La veille, il avait fumé un joint de cannabis. Soudain, à pleine vitesse, il heurte un tas de pierre sur la droite et le 4x4 part en tonneaux pour finalement s’échouer dans un près en contrebas.

Incapable de tenir son engagement de capitaine de soirée 
Dans la quinzaine qui suit le drame, lors d’une soirée, il est à nouveau fortement alcoolisé et décide de prendre le volant. Sa sœur l’en dissuade, non sans quelques heurts. Le parquet en est informé et décide de le placer en détention provisoire pendant deux mois. « Depuis, je ne bois plus et je n’ai plus touché un joint », assure-t-il à la barre, alors qu’il a suivi une cure (psychologique, pas médicamenteuse). Le rapport du SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation) à ce propos est d’ailleurs excellent. 
Mais à l’époque, il n’est pas capable de tenir son engagement de capitaine de soirée : « l’alcool, quand je commençais, je n’arrivais plus à m’arrêter », observe-t-il avant de lancer : « tout est entièrement de ma faute, je regrette profondément ».

Impossible pour la famille de faire le deuil alors que leur autre fille est entre la vie et la mort
Le prévenu a subi une expertise psychiatrique, qui ne révèle aucune anomalie mentale ou psychique, simplement une tendance aux conduites addictives, qui ne sont toutefois pas liées à un état dépressif mais plutôt à un contexte festif. Son discernement n’était pas altéré et sa responsabilité est donc engagée.
L’avocate des huit parties civiles, qui étaient toutes présentes à l’audience, a souligné qu’il avait été impossible pour la famille de faire le deuil alors que leur autre fille était entre la vie et la mort. Tous auront vu leur vie bouleversée ce 8 juillet 2012. Deux des victimes ont été contraintes d’arrêter leurs études après ce drame, « mais ce sont des battantes et elles ont su trouver des formations professionnelles », précise leur conseil.

Des condamnations, des avertissements et des erreurs répétées
Pour le ministère public, représenté par Yves Dubuy, « les faits de conduite sous l’emprise de stupéfiants et dans un état alcoolique sont parfaitement caractérisés, alors qu’il avait déjà eu à la fois des condamnations et des avertissements », en référence à l’incident survenu une quinzaine de jours avant le drame.
« Ce sont des erreurs répétées qui ont conduit à ce drame, il faut une partie ferme pour sa peine », a-t-il estimé avant d’ajouter : « pour la protection de la société, il est impératif d’annuler son permis de conduire ». Une peine de 18 mois d’emprisonnement, dont un an ferme, a été requise.

« Une audience très digne », où « la douleur ne s’est pas transformée en cri de vengeance »
Alors que la peine encourue est de dix ans de prison avec ces deux circonstances aggravantes, elle chute à sept ans si la conduite sous l’emprise de stupéfiants est écartée. L’avocat de sa défense s’est employé à démontrer qu’il était bien difficile de tisser un lien de cause à effet entre le joint fumé la veille et ce drame, surtout en comparaison aux 2,2 grammes d’alcool.
Mais il  surtout souligné : « une audience très digne », où « la douleur ne s’est pas transformée en cri de vengeance ». Enfin, il a rappelé que son client avait aussitôt déménagé et quitté son emploi, pour ne pas être confronté aux victimes et que son contrôle judiciaire (qui a succédé à sa détention provisoire) avait été « scrupuleusement respecté ».

Prison ferme et plus de 20 000 euros de provisions
Après délibérations, le tribunal correctionnel du Puy a jugé le jeune homme coupable de l’ensemble des faits qui lui sont reprochés et l’a condamné à une peine de 18 mois d’emprisonnement dont six mois avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans. Il a en outre l’obligation de se soigner, de travailler et son permis est annulé pendant deux ans.
Quant aux parties civiles qui s’étaient constituées dans cette affaire, elles ont été jugées recevables et le montant des indemnités sera déterminé lors d’une prochaine audience civile, le 25 février prochain, après que des expertises médicales et psychologiques aient été effectuées par des experts. Le prévenu doit enfin s’acquitter de 21 000 euros de provisions dans l’attente de cette prochaine audience.

Maxime Pitavy

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