Cop26 : une concrétisation difficile pour les entreprises locales

Par Olivier Stevens ven 12/11/2021 - 06:30 , Mise à jour le 12/11/2021 à 06:30

La Cop 26 se termine ce vendredi à Glasgow. Parmi les multiples déclarations d'intention, difficile de savoir comment se concrétiseront les mesures évoquées lors de ce sommet. Seule certitude: les entreprises en auront la charge.

Les observateurs présents à Glasgow pour ce 26ème sommet de la COP ont pu remarquer deux choses. Premièrement, le nombre de lobbyistes liés aux énergies fossiles était plus important que celui des défenseurs du concept de pollution d'origine entropique.  Ensuite, la dilution des informations concrètes liées aux solutions envisagées dans les rapports économiques.

Un leitmotiv cependant se dégage du flot des réunions et communiqués: les entreprises auront en charge le gros de la mutation écologique.

Pourquoi la neutralité carbone est un concept complexe pour les entreprises ?

Promis par un nombre croissant d'entreprises, le "zéro émission nette" a pour but de ne plus ajouter, à terme, de nouvelles émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Un concept clair qui cache, en réalité, de vrais problèmes de mesures ou de comptabilité.
Le concept s'est déjà imposé de longue date, mais il va fleurir, plus que jamais, dans le débat public après la COP26.

Traduction concrète des objectifs de lutte contre le changement climatique de l'Accord de Paris, la "neutralité carbone" est devenue en quelques années une antienne. Et de plus en plus d'entreprises, désireuses de ne pas émettre plus de gaz à effet de serre que les puits de carbone naturels et artificiels ne peuvent en absorber, s'en emparent.

Derrière les promesses, il y a la mise en oeuvre, et celle-ci est loin d'être évidente.

Dans le sillage des Etats, grands groupes et interprofessions rivalisent d'engagements à l'horizon 2050, voire dès 2040. Mais derrière les promesses, il y a la mise en oeuvre, et celle-ci est loin d'être évidente. Ne serait-ce que parce que les gaz à effet de serre sont, pour commencer, difficiles à mesurer.

Seules 9 % des entreprises sont aujourd'hui capables de calculer leurs émissions avec précision, révèle une étude du BCG qui porte sur 1.300 structures dans 12 pays.

Des marges d'erreurs de 30 % à 40 %

Le principal écueil est le suivant : les émissions indirectes (dites « scope 3 »), qui prennent en compte les gaz à effet de serre produits en amont et en aval de la "chaîne de valeur" - (les fournisseurs et le cycle de vie d'un produit).

Ces données, externes à l'entreprise, qu'elle soit grande ou petite, urbaine ou rurale, sont non seulement plus difficiles à comptabiliser, mais aussi bien plus importantes.

"Les émissions sous contrôle d'une grande multinationale comme Atos  (data centers, bureaux, déplacements des collaborateurs), c'est environ 250.000 tonnes par an. Si l'on prend en compte nos fournisseurs et l'usage que nos clients font de nos produits, c'est facteur 10, on passe à près de 3 millions de tonnes", illustre Philippe Mareine, directeur RSE de la société de services informatiques.

"S'engager à réduire ses émissions sans être capable de les mesurer, c'est un peu comme s'engager à perdre du poids quand on n'a pas de balance"

Toutes les entreprises ne sont pas capables d'une telle précision. Manque d'accès aux données, calculs manuels et rarement mis à jour… une étude de Boston Consulting Group (BCG) pointe, dans certains cas, des marges d'erreurs de 30 % à 40 %. Or, "s'engager à réduire ses émissions sans être capable de les mesurer, c'est un peu comme s'engager à perdre du poids quand on n'a pas de balance" explique Marc Verhest, journaliste et auteur spécialisé dans les sujets écologiques. 

"Un arbre, ça ne pousse pas jusqu'au ciel"

Autre difficulté : le fossé qui sépare, dans certains cas, le comptage théorique de la réalité physique. Les émissions du "laitier", un résidu de minerai de fer issu de la production de fonte dans les hauts-fourneaux, sont par exemple défalquées deux fois. Les cimentiers, qui l'incorporent dans certains ciments, affichent ainsi un produit "bas carbone", puisque ce matériau est considéré comme un déchet et que ceux-ci n'ont, par convention, pas de bilan carbone. Les sidérurgistes, de leur côté, estiment que la vente du laitier allège le poids carbone de l'acier.

Mais le "zéro émission nette" est, aussi, une affaire de moyens. Deux leviers peuvent être mobilisés pour y parvenir : la réduction de ses émissions, et la compensation de celles-ci par le financement de puits de carbone, que ce soit pour accroître les capacités d'absorption du CO2 des puits naturels (planter des arbres) ou pour développer l'innovation de puits artificiels.

"Pour contenir le réchauffement climatique sous les 1,5 °C, il faudrait d'abord et avant tout réduire de 80 % nos émissions, ce qui implique un changement radical de société."

Seulement,  "un arbre, ça ne pousse pas jusqu'au ciel, les puits de carbone ont des capacités limitées" pointe David Laurent, de l'association Entreprises pour l'environnement. "Pour contenir le réchauffement climatique sous les 1,5 °C, il faudrait d'abord et avant tout réduire de 80 % nos émissions, ce qui implique un changement radical de société."

"Se focaliser sur le zéro arithmétique", c'est "risquer l'immobilisme des acteurs une fois le zéro atteint, sans chercher à réduire davantage leur impact sur le changement climatique", expliquait l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). La "neutralité carbone" est, en réalité, loin d'être neutre.

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