Contes et légendes de Haute-Loire (4/4) : La sorcellerie d'hier et d'aujourd'hui

Par RSi mer 28/12/2022 - 15:30 , Mise à jour le 28/12/2022 à 15:30

Inédit ! Chaque semaine de ce mois de décembre, Zoomdici vous propose un article sur une croyance qui donne la chair (de poule) et fait le caractère des terres vellaves.
Et pour que les mots résonnent aux quatre coins de votre imaginaire, les récits sont écrits et surtout proposés sous la forme d'un podcast avec la voix feutrée du maître des histoires, le mystérieux Patrice Rey. 

De tous temps, les gens avaient très peur de la sorcellerie, de l'action des sorciers qui selon eux servaient à expliquer tous les malheurs. Lors de collectages d'informations auprès des personnes âgées, Patrice Rey, fondateur du musée des croyances populaires a découvert de nombreuses histoires dans les archives départementales.

"Ils étaient vraisemblable que les sorciers avaient agi" P.Rey

Certains prêtres de campagne, tenaient des cahiers dans lesquels ils écrivaient les actions effectuées au cours de la journée. Un jour, l'un d'eux rapporta: "Aujourd'hui, Monseigneur, l'Evêque du Puy m'a envoyé exorciser gratuitement les vaches de la paroisse qui avaient été atteintes par l'action des sorciers". En effet, ces dernières avaient la langue gonflée. Il était vraisemblable que les sorciers avaient agi. A cette époque, on pensait que Dieu créait et que le diable détruisait. Que le sorcier imitait le diable en créant la maladie et le malheur. Ce prêtre indiquait dans son cahier qu'il avait donc exorciser les vaches avec du sel, aliment dont le diable a peur car il n'a aucune emprise dessus. Pour exorciser les vaches, l'homme d'Eglise prononça quelques prières, les bénit et leur donna de bonnes herbes. A cette époque, aucune limite n'existait entre la religion, la légende, la croyance, la superstition, la sorcellerie et la médecine. Le mot mal donne aussi bien le mot maladie, que malédiction ou encore malin c'est à dire le diable. 

Ci-dessous, en musique et en parole, découvrez les histoires de sorcellerie d'hier et d'aujourd'hui ▼

On pensait que ces sorciers pouvaient jeter des mauvais sorts, maudire des personnes par exemple par la fabrication d'une petite poupée à l'image de la personne à maudire et torturer cette petite poupée avec des aiguilles  et des clous tout en énonçant les formules nécessaires. Cette tradition existe sur tous les continents, en Afrique en Amérique du Sud, dans la Chine paysanne traditionnelle et dans la médecine paysanne et ça depuis toujours. 

Des poupées vaudou avec des cheveux humains en Haute-Loire 

Dans la plus ancienne loi écrite qui existe en Europe, c'est à dire la loi romaine qui date de plus de 2000 ans, on retrouve écrit qu'il est interdit de faire cela. Il y a une trentaine d'années en Haute-Loire, plusieurs petites poupées ont été retrouvées pleine de clous et d'aiguilles dans une maison pas très loin du mont Mézenc. Cette demeure avait été achetée par des lyonnais qui souhaitaient y venir pendant leur week-end ou leurs congés. La maison n'avait pas été habitée depuis pas mal d'années et était en très mauvais état. Pendant les rénovations, les récents propriétaires arrachèrent le plancher, pourri par endroit. Sous ce plancher, ils découvrirent deux petites poupées pleine de clous et d'aiguilles. Toutes deux avaient des cheveux humains. 

" Les sorciers pénétraient chez leurs victimes quand elles étaient absentes et volaient des cheveux sur leur peigne pour les mettre sur la poupée" P.Rey

A cette époque, on pensait que plus la poupée était proche de la véritable personne et plus elle serait efficace. Lorsqu'ils pratiquaient ce type de sorcellerie, les sorciers pénétraient chez leurs victimes quand elles étaient absentes et volaient des cheveux sur leurs peignes pour les mettre sur la poupée. C'est d'ailleurs pour cela que lorsque les paysans se coupaient les cheveux, ils les jetaient immédiatement au feu. Lorsqu'ils se coupaient les ongles ils recomptaient chaque rognure pour bien toutes les brûler ensuite. Ils voulaient éviter qu'une personne malveillante ne les récupère et ne les utilise pour faire de la sorcellerie. 

Des poupées vaudou à l'effigie de Nicolas Sarkozy.
Des poupées vaudou à l'effigie de Nicolas Sarkozy. Photo par Patrice Rey - Musée des croyances populaires

Des poupées vaudou à l'effigie de Nicolas Sarkozy 

Il y a quelques années, Dominique Camus, ethnologue a sorti un livre sur le thème des objets de sorcellerie contemporains en France. Aujourd'hui, certaines personnes continuent de pratiquer la sorcellerie. Il recense d'ailleurs un cas plutôt amusant concernant un ancien président de la République : Nicolas Sarkozy.

Au début de son mandat, en 2007, l'homme politique s'est aperçu que des poupées vaudou à son effigie étaient commercialisées accompagnées un manuel. Dans la boite de la poupée se trouvaient aussi une boite de 12 aiguilles offertes. En colère, il a porté plainte et l'affaire a été jugée par le tribunal. Cependant, le juge n'a pas pu interdire la vente de la poupée car le Président est une personnalité publique et qu'il existe un droit à la caricature. Il y a tout de même eu une décision de justice.

Suite à cela, un autocollant rouge a été apposé sur chaque emballage de l'objet sur lequel on pouvait lire que la poupée pouvait être vendue mais pas les aiguilles. Cependant, dans le code pénal, aucune loi n'interdit la sorcellerie. La loi française n'invoque rien sur la sorcellerie ou la superstition. C'est quelque chose d'encré dans nos esprits, nos peurs. "Même un tribunal au XXIe siècle reconnaît quelque part l'existence de la sorcellerie et interdit qu'on plante des petites aiguilles dans une poupée de chiffon", conclut Patrice Rey, fondateur du musée des croyances populaires. 

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