« C’est tellement plus jolie de voir la vie avec des couleurs »

Par Nicolas Defay mar 31/08/2021 - 07:00 , Mise à jour le 31/08/2021 à 07:00

Pour sensibiliser à la lutte contre le cancer, certains agriculteurs habillent leurs balles de foin d’une robe surprenante. Des enrubannages roses, bleus et jaunes apparaissent dans les champs aux côtés des traditionnels verts et noirs. Quand la solidarité est dans le pré…

Les avez-vous vues ? Ces drôles de guimauve roses géantes posées ça et là dans certains champs du département. La vision est étrange, déroutante, comme si Tim Burton avait décidé de faire des prés le décor de son prochain long métrage. À côté, il y a aussi les jaunes, sorte de grains de maïs démesurés. Et aussi les bleus, plus rares, mais pas moins visibles.

Si leurs teintes attirent l’œil à des kilomètres à la ronde, ce n’est pas par hasard. Car à travers leurs couleurs se dissimule une symbolique aussi belle que dramatique : rappeler que le cancer tue des milliers de mômes, de femmes et d’hommes chaque année. Rappeler que c’est en rassemblant toutes les forces vives que nous écraserons un jour ce crabe répugnant.

À chaque couleur sa définition

Sur les hauteur de Taulhac, les propriétaires du Gaec du Rond Rouge sont de ceux qui ont rallié le mouvement. « Le rose signifie la lutte contre le cancer du sein, explique l’agricultrice Michèle Dumas, accompagnée de sa fille Marion. Le jaune est pour soutenir les enfants atteints par la maladie. Et le bleu, pour le cancer de la prostate ». Aux pieds des 4 000 balles de foin alignées dans l’un de ses champs, elle montre du doigt la cinquantaine qui jure au milieu des vertes et noires. « J’ai commencé l’année dernière avec les roses, livre-t-elle. Et cette année, j’ai acheté du film jaune. L’année prochaine, je me lancerai dans le bleu ou peut-être carrément les trois ».

4 000 balles de foin et d'ensilage, une cinquantaine en jaune et rose. Photo par Nicolas Defay

« Je comprends que beaucoup d’agriculteurs n’adhèrent pas car c’est tout de même un coût »

L’aspect solidaire se cache dans le prix des films plastiques, autrement plus onéreux que les verts et noirs. « Un rouleau de couleur classique coûte environ 65€, précise Michèle Dumas. Avec, nous pouvons faire 24 balles de foin. Les roses, jaunes et bleues sont vendues 90€. De ce surplus, une partie est reversée à la fondation Arc pour la recherche sur le cancer ».

Elle ajoute : « Sur le nombre de films plastiques que nous devons acheter pour faire les 4 000 boules de foin et d’ensilage, cela ne pèse pas trop sur nos frais. Néanmoins, je comprends que beaucoup d’agriculteurs n’adhèrent pas car c’est tout de même un coût ». D’autant plus que seuls 2 euros, à savoir 1 euro par le fabricant et un second par le revendeur, sont distribués à l’Arc par bobine colorée vendue.

« Le fait de mettre quelques euros de plus sur une bobine ou deux montre que, malgré tout, nous sommes là également. Et peut-être que cela servira aussi à redorer l’image de notre métier, très abîmée par des croyances infondées lancées par une partie de la population ». Michèle Dumas

Les balles colorées se voient à des kilomètres. Photo par Nicolas Defay

« C’est surtout le symbole qui compte »

Arrivées sur le plancher des vaches françaises en 2016, les premières s’affichent exclusivement en rose. Devant le succès de l’opération, la société Trioplast, entreprise à l’origine de cette conception, ajoute à son panel le jaune et le bleu en 2018. Toujours le même principe : un rouleau acheté, 2€ pour l’Arc. « Il faut être solidaire !, insiste Michèle Dumas. C’est vrai, je pense que les bobines restent chères et qu’une part plus importante devrait être donnée à la recherche sur le cancer. Mais c’est surtout le symbole qui compte. Montrer à tous que tout le monde peut agir à sa façon, les agriculteurs y compris ! »

Photo par Nicolas Defay

« L’année prochaine, mes champs seront plus encore occupés par ces balles de foin colorées »

Le Gaec du Rond Rouge possède 55 vaches laitières et autant de génisses ainsi que 360 brebis Noires du Velay. « Nous faisons un travail très dur qui ne laisse que peu de temps aux loisirs et qui est loin d’être rémunéré à sa juste valeur, confie Michèle Dumas. Le fait de mettre quelques euros de plus sur une bobine ou deux montre que, malgré tout, nous sommes là également. Et peut-être que cela servira aussi à redorer l’image de notre métier, très abîmée par des croyances infondées lancées par une partie de la population ».

Elle termine par ces mots : « Quoi qu’il en soit, l’important est la solidarité et l’entraide par n’importe quel moyen. Et l’année prochaine, mes champs seront plus encore occupés par ces balles de foin colorées. C’est tellement plus jolie de voir la vie avec des couleurs ».

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2 commentaires

fe

mar 31/08/2021 - 15:23

L'intention est belle mais tous ces ballots plastifiés et quelque soit leur couleur sont des objets qui dénaturent la beauté naturelle des paysages. Ce sont des polluants visuels et que dire du plastique qui les entoure!

co

mar 31/08/2021 - 13:48

Et en plus,ils s'en vantent .Cacher au maximum ces horreurs en plastique, cela devrait être une évidence . A moins que cela ne soit qu'une oeuvre de land art éphémère ?