" C'est aux femmes de décider si elles veulent des enfants ou non "

Par JPo jeu 29/09/2022 - 06:00 , Mise à jour le 29/09/2022 à 06:00

Ce mercredi 28 septembre marquait la journée internationale pour la défense du droit à l'avortement.

Au Puy, 200 personnes s'étaient donné rendez-vous place du Breuil, à l'initiative du Planning Familial "pour que le droit à l'avortement soit reconnu comme un droit fondamental partout et tout le temps ".

 

" La première fois, j'étais pionne dans un lycée du Puy et j'ai avorté dans ma chambre d'internat avec l'aide de mes copines. La deuxième fois c'était grâce à mon mari qui m'a mis une sonde dans l'utérus. Le médecin est venu ensuite, pour me faire un curetage. On aurait pas pu aller à l'hôpital. On avortait comme on pouvait, on se débrouillait avec les moyens du bord "

"Avant la Loi Veil, on utilisait un cintre ou des aiguilles à tricoter pour avorter" Claudine Gellet, co-présidente du Planning Familial 43

Christiane du Planing Familial Photo par JFP

Le Planing Familial

Le Planing familial est une association régie par la loi de 1901. Créé en 1960, il a pour objectif l'éducation sexuelle, la lutte pour le droit à la contraception et à l'avortement et le contrôle des naissances en général. Numéro vert national: 0800 08 11 11

Christiane, 80 ans passés, est une militante historique du droit à l'avortement. D'une voix douce mais décidée elle nous fait part de son expérience d'avant. D'avant ce jour de janvier 1975, durant lequel Simone Veil, alors ministre de la santé, montait à la tribune de l'Assemblée nationale afin de défendre son texte de loi sur l'interruption volontaire de grossesse, l'IVG. Après trois jours et deux nuits de combat, la loi sera finalement adoptée et promulguée le 17 janvier 1975, pour une période de cinq ans d'abord, puis définitivement adoptée en décembre 1979.

Une avancée considérable pour le droit des femmes en France, libres désormais de disposer de leur corps et de concevoir leur vie comme elles l'entendent. Une avancée considérable également en matière de santé publique. Avant la loi Veil, une cinquantaine de femmes ayant, comme Christiane, eu recours à l'avortement par leurs propres moyens décédait tous les ans, " parce que les femmes et les jeunes filles qui voulaient désespérément un avortement utilisaient un cintre ou des aiguilles à tricoter pour provoquer cet avortement. Cela entraînait le plus souvent des conséquences dramatiques telles que la stérilité ou la mort " rappelle Claudine Gellet, la co-présidente du Planning Familial de Haute-Loire. 

 

Un accès à l'IVG très inégal dans le monde

L'avortement dans le monde Photo par Statista

 

" Mon coeur pleure et je suis révoltée" Audrey, jeune américaine participant au rassemblement

Le 24 juin dernier, les neufs juges de la Cour suprême des Etats-unis ont voté un texte revenant sur l'arrêt Roe v Wade qui, en 1973, avait fixé le cadre légal de l'accès à l'IVG dans ce pays et accordait aux américains le droit d'avorter sur tout le territoire fédéral.

 

Audrey, militante américaine Photo par JFP

D'après Audrey, une américaine participant au rassemblement de la place du Breuil, "il s'agit là d'une attaque sans précédent contre l'avortement. Chaque Etat est désormais libre d'interdire l'avortement s'il le veut. Suite à cette décision, l'accès à l'avortement est fortement restreint dans treize états et interdit dans quatre autres. Dans certains Etats du sud, les femmes en demande d'avortement pour des raisons personnelles ou pour sauver leur vie sont souvent dans l'impossibilité de l'obtenir et, dans le pire des cas, sont poursuivies si elles y ont recours. Mon coeur pleure et je suis révoltée en pensant à ces milliers de femmes dont la vie sera bouleversée à cause de la décision d'un très petit nombre. Plus de femmes mourront suite à un avortement clandestin"

Mais de continuer : " Fort heureusement les gens font entendre leur voix et protestent dans tout le pays. Dans le Kansas , un nombre record d'électeurs a rejeté avec fermeté un amendement qui aurait supprimé la protection du droit à l'avortement dans sa constitution. D'autres Etats, comme la Californie ou l'Etat de New-York, cherchent à protéger coûte que coûte le droit à l'avortement et à devenir pour toutes les femmes du pays un endroit sûr, un refuge. A l'échelle nationale, le président Biden a adopté un décret visant à aider les femmes souhaitant avorter à obtenir des soins médicaux hors de leur Etat de résidence et à défendre le droit des personnes à se déplacer en toute sécurité pour avorter sans risquer de poursuites judiciaires. C'est mieux que rien, mais c'est comme si en Haute-Loire, il y avait une loi interdisant l'avortement et qu'il fallait se déplacer à Toulouse ou Marseille pour pouvoir avorter..." 

" Dans la plupart des pays d'Amérique latine, l'accès à l'avortement est quasiment impossible" Alma, jeune colombienne participant au rassemblement 

40% des femmes dans le monde vivent encore dans des pays restrictifs en matière d'accès à l'avortement.

Si en Europe, l'interdiction totale est une exception qui ne concerne plus que quelques états comme Malte, Andore ou le Vatican, cet accès reste encore, pour Claudine Gellet, " considérablement entravé en Espagne ou en Italie car des médecins se réfugient derrière la clause de conscience pour exercer un refus de soin alors que l'avortement est légal". La victoire de la coalition des droites de Giorigia Meloni en Italie inquiète tout particulièrement Claudine parce-que " ces forces politiques réactionnaires d'extrême-droite s'acharnent habituellement à empêcher les femmes d'avorter"

L'avortement est encore interdit dans une vingtaine de pays notamment en Afrique. En Amérique du sud, " l'accès à l'avortement est quasiment impossible" d'après Alma, jeune colombienne également présente au rassemblement.

Alma, militante colombienne Photo par JFP

" En Colombie, dans mon pays, l'avortement n'est légal que depuis le début de l'année. Jusque là, environ 400 000 avortements étaient pratiqués en moyenne chaque année. Moins de 10 % d'entre-eux étaient réalisés dans des établissements respectant les garanties sanitaires. Du coup, l'IVG était la quatrième cause de mortalité maternelle dans mon pays. Grâce à notre combat, la cour constitutionnelle colombienne a dépénalisé l'avortement jusqu'a 24 semaines de gestation, ce qui fait de notre pays, le pays d'Amérique du sud où le délai d'accès aux IVG est le plus long. L'Argentine aussi a légalisé l'avortement. Les femmes du monde doivent se battre solidairement. Nous voulons avoir le droit de décider de notre propre corps. Nous ne voulons pas revenir à l'époque de la servante écarlate", du nom de cette série dans laquelle des femmes sont réduites en esclavage pour porter les enfants de leurs "maîtres". 

 

"En France, un droit  bien acquis mais parfois malmené" d'après les organisatrices

En France, depuis la loi Veil, ce droit n'a plus jamais été remis en cause. Plusieurs groupes politiques ont même proposé de l'inscrire dans la constitution.

Une nouvelle loi vient d'être promulguée en mars dernier visant à renforcer le droit à l'avortement. Ce dernier est allongé de deux semaines passant de 12 à 14 semaines. Le texte prévoit également la possibilité pour les sages-femmes de pratiquer des IVG chirurgicales, la suppression du délai de réflexion, ainsi que la création d'un répertoire national de professionnels pratiquant l'IVG. Malheureusement, regrette Martine, "les décrets d'application ne sont toujours pas publiés et la situation n'est pas si belle que ça, le socle reste fragile"

"La double clause de conscience et la fermeture de nombreuses maternités sont un frein" Martine

En cause selon elle : " la double clause de conscience" dont bénéficient les médecins pour refuser de pratiquer des avortements , "la fermeture de nombreuses maternités, ainsi que le burn-out actuel des hôpitaux. Pendant les mois d'été c'est très difficile.Tout ceci a une conséquence directe sur le parcours d'une femme qui cherche à avorter". 

La France a enregistré 222 000 IVG en 2020. La Haute-Loire, 475. Une des particularités de ce département, d'après une responsable du planning familial local, c'est que 53% de ces IVG ont été effectuées à l'extérieur du département, "sans doute pour des raisons de discrétion" nous concède-t-elle.

https://www.planning-familial.org/fr

 

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