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Yssingeaux

Centres équestres en péril, cavaliers confinés et chevaux en liberté

mar 28/04/2020 - 13:56 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:04

La problématique autour de la filière équestre doit être vue selon une double optique, celle de l’entrepreneur et celle des utilisateurs, clients et/ou propriétaires de chevaux. Le Gouvernement, par le biais du ministre de l’agriculture puis de celui du budget, ont pris deux mesures d’aides importantes fin d’avril.
Côté cavaliers, s’il y a eu une petite tolérance au tout début de la période de confinement, très rapidement, l’interdiction pour les propriétaires d’aller voir leurs chevaux s’est imposée comme à tout un chacun. Les propriétaires, bien souvent passionnés ne peuvent plus pratiquer mais surtout plus s’occuper de leur cheval au quotidien. C’est donc aux gérants de centres équestre qu’il incombe désormais de s’occuper de ces chevaux tous les jours. 
Les cavaliers non-propriétaires s’étaient, eux, vus interdire l’accès aux centres équestres dès les premiers jours, ce qui a privé d’un seul coup les centres équestres de revenus. Pourtant, pour les centres équestres, les frais sont restés les mêmes. L’équilibre financier de ces structures est en temps normal extrêmement fragile. Leurs frais de fonctionnement sont eux incompressibles. Il faut bien nourrir et soigner les animaux et les personnels ont dû passer en chômage partiel. Le travail a donc été multiplié pour les dirigeants. 

Les centres équestres en danger malgré des aides votées dans la loi de finances d’avril
Au centre équestre du lycée agricole d’Yssingeaux, Anouk Sevrez, la directrice du centre équestre, est débordée. Elle a dû placer en chômage technique plusieurs salariés pour ne conserver que deux palefreniers qui travaillent en alternance du fait d’une nouvelle organisation du travail. Il a surtout fallu s’occuper de la soixantaine de chevaux et poneys qui servent, pour une part, à l’enseignement et, pour une autre part, à la clientèle du centre qui permet, sinon d'obtenir un équilibre financier, au moins d'avoir une rentrée financière régulière pour couvrir les achats, rentrée qui s’est tarie d’un coup.

----Pas de réouverture des lycées pour l'instant. Une décision sera prise fin mai par le Gouvernement.-----« Qu’on ait des clients ou pas, le travail reste le même, il faut soigner les chevaux et les sortir tous les jours », fait-elle remarquer avant de poursuivre : « le problème c’est qu’on n' a pas de visibilité sur la durée de la crise. On se doute qu’il va être assez difficile de faire reprendre les cours au lycée et il y a un manque à gagner dans les prestations. En général, pour les vacances de printemps, on organisait des stages et on louait nos installations. Pareil pour l’été, les colonies qui s’installaient dans les locaux du lycée proposaient de l’équitation. Cette année sera sans doute complètement blanche. En face, les frais de nourriture et les frais de gestion restent les mêmes. Ce qu’on vit nous, c’est encore plus difficile pour plein de centres équestres avec qui j'échange ».

----AuRA est la 2ème région équestre de France avec :

  • 4 400 élevages
  • 1 200 centres équestres
  • 76 000 équidés
  • 80 000 licenciés 12 hippodromes
  • 14 301 épreuves en 2018

-----Le cheval c’est toute une filière. Il y a les maréchaux-ferrants et les vétérinaires qui peuvent se déplacer pour les soins d’urgence mais si les chevaux ne travaillent pas, il y a moins de travail pour eux aussi.
Il n’y a plus aucune compétition et celles prévues sont annulées les unes après les autres. Chaque fête, chaque compétition autour du cheval, ce sont des cavaliers qui se déplacent et qui consomment, qui prennent des hôtels, qui achètent des articles de sport.
« Les élèves en formation ont vu les examens reportés à l’année suivante et ceux des années diplômantes avaient heureusement déjà passé les épreuves pratiques. On peut cependant s’inquiéter pour le remplissage des classes pour les années suivantes puisque la journée Portes Ouvertes et les compétitions que nous organisons durant cette période n’ont pas pu avoir lieu. Heureusement, Pierre Martin [le directeur de l’Etablissement Public George Sand, Ndlr]a rapidement mis en place une Journée Portes Ouvertes virtuelle basée sur des clips vidéos que nous avons tournés. En deux semaines, nous comptons plus de 4000 vues sur le site du lycée et plus de 400 vues sur notre page Facebook, juste sur la première semaine. Il faut dire que les installations du centre équestre sont magnifiques. On en profite d’ailleurs pour refaire la carrière couverte en remplaçant tout le sol. C’était prévu pour un peu plus tard. Là, on a saisi l’opportunité ».

Pour les chevaux qui sont au pré, c’est déjà les grandes vacances
« Avec la pression foncière de plus en plus grande sur le centre équestre et sur la ferme sur le plateau de Choumouroux, nous avons de moins en moins d’espace [La construction du nouveau lycée Chabrier d'Yssingeaux s’étale dorénavant sur les prairies qui séparait le lycée Chabrier, le collège et le lycée agricole, Ndlr]. Nous avons donc mis les chevaux au pré en troupeau très rapidement car on ne peut les garder dans les boxes, c’est trop de travail de nettoyage et pas agréable pour eux. Notre tâche consiste donc, comme au cœur de l’été à aller les voir régulièrement et à s’assurer qu’ils aient à manger et à boire. Ils ne sont pas malheureux, au contraire pour eux c’est les vacances ! »

"Des gens de Camargue m'appellent pour que je prenne leurs chevaux en estive"
La question des chevaux en extérieur est une véritable problématique car, bien souvent, les centres équestres, à l’image de celui d’Yssingeaux, n’ont pas assez de paddock pour laisser les cheptels en extérieur et on ne peut pas laisser les chevaux aux boxes à longueur de journée.
Joël Eyraud, agriculteur-éleveur de vaches Aubrac, accepte au printemps de prendre des chevaux en estive dans ses prairies autour de Saint-Privat d’Allier et du Chier. Il nous confie que de nombreux centres équestres d'autres départements sont à la recherche de prairies pour leurs chevaux : « Des gens de Camargue m’appelle pour me demander si je ne peux pas prendre encore des chevaux car ils manquent de place en bas et puis il n’y a pas assez d’herbe car la sécheresse menace déjà ».
En effet, les départements du Rhône, de la Loire et de l’Ain sont classés en vigilance sécheresse. Il y a beaucoup de chevaux dans ces secteurs. La Région Auvergne Rhône Alpes est la deuxième région par importance dans le nombre de centre équestres.

Entre déprime et frustration pour les cavaliers malgré l’assouplissement de l’interdiction pour les cavaliers propriétaires
Du côté des cavaliers, le sentiment oscille entre déprime et frustration de ne plus pouvoir s’occuper de leurs animaux de compagnie. C’est le cas de Mélanie Fayard, une cavalière sportive dont le cheval Be Happy (voir photo) est en pension dans un centre équestre réputé de Pont-Salomon. « C’est vrai que quand on a l’habitude de voir son cheval tous les jours et que d’un coup ça s’arrête, c’est une vraie frustration, admet-elle. Ce qui est le plus difficile c’est de se dire qu’il n’y aura pas de possibilité de monter en compétition cette année et même de ne pas pouvoir le voir et le caresser. Lui et moi on s’était donné un objectif ambitieux de 1.30 m. en CSO cette année. On a fait une belle saison l’année passée. Ça fait 15 ans que je monte. Le cheval, c’est une passion, une façon de vivre avec les compét' du week-end.
Et encore, je suis rassurée car je sais que mon cheval est sorti et monté tous les jours. Je sais qu’on s’occupe bien de lui, j’ai une totale confiance. »
Le jeudi 23 avril, le ministère de l’agriculture a pris un décret autorisant les propriétaires à se rendre dans les centres équestres mais la FFE et le comité régional AuRA a immédiatement publié un communiqué tempérant la bonne nouvelle : « Nous invitons les dirigeants d'établissements équestres et les propriétaires d'équidés à la plus grande vigilance dans l'application de ces mesures et à prendre toutes leurs précautions dans leur mise en œuvre. »
Mélanie Fayard confirme :« Bien sûr, le ministère a accordé une autorisation de sortie pour les cavaliers propriétaires en théorie dès le 24 avril, mais en pratique, c’est quasiment impossible à mettre en œuvre. On a d’ailleurs reçu un mail de la FFE qui nous a demandé de ne pas nous précipiter dans nos centres équestres et d’attendre que les gérants nous fassent signe. Il y a quand même beaucoup de choses à mettre en place. Il y a sans doute des plannings à organiser pour que les gens ne se retrouvent pas tous ensemble dans les écuries et sur les paddocks. Il faut prendre son mal en patience et on espère que dès la fin de l’été déjà on puisse se retrouver pour des warm-up à Yssingeaux ou à Saint-Pal, pour retrouver l’ambiance ».
Sur le site du comité régional, de nombreuses activités équestres sont maintenues pour la fin de l’été mais il faut être réaliste. Annouk Sevrez et Mélanie Fayard sont d’accord sur un point : « La saison est finie pour cette année ».
"Tout le travail de monte et de dressage sera à reprendre, il faudra tout recommencer"
L’avis est partagé par Claire, enseignante en lettres au civil et cavalière-propriétaire de deux chevaux près de Saint-Julien Chapteuil. Elle se ravit que l’on puisse enfin, et en toute légalité, passer voir ses chevaux. C'est bon pour le moral des bêtes comme pour celui des maîtres. Elle déplore malgré tout
« Tout le travail de monte et de dressage, fait depuis des années sera à reprendre, il faudra tout recommencer. C’est extrêmement frustrant de ne pas pouvoir partir en balade. Le cheval c’est une forme de liberté, du coup on mesure peut-être plus encore l’enfermement que constitue ce confinement surtout avec ce télétravail qui vous donne encore plus envie de sortir ! »

Confinement pour les cavaliers, liberté pour les chevaux, les centres équestres essayent de s’organiser et de résister pour survivre et passer le cap mais il est évident que toute la filière autour du cheval aura eu à souffrir de cet épisode. Les collapsologues misent pourtant sur le cheval pour assurer une sortie d'une économie centrée sur le pétrole.
Dernière minute:
Les centres équestres pensent pouvoir faire partie des sports exérieurs autorisés après le 2 juin. C'est en tous cas le sens de l'intervention de la FFE auprès du ministère des sports.

T.C.

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