Au Puy, l'avenir de cette entreprise et de ses 44 salariés ne tient qu'à un fil

Par HUl , Mise à jour le 17/09/2026 à 17:00

Temps de lecture : 4 minutes

Créés en 2023, les Ateliers Aniciens permettent à des personnes éloignées de l’emploi d'avoir une activité. Mais d'ici à fin 2026, l’entreprise à but d'emploi doit quitter ses locaux, alors que l’avenir du dispositif Territoires zéro chômeur reste incertain. Une échéance qui fragilise l'avenir de l'entreprise et de ses 44 salariés.

Cela fait plus de trois ans que les Ateliers Aniciens ont trouvé leur place dans le paysage ponot. Dans leurs 1 100 m² de Taulhac, déchets textiles et objets destinés à être jetés sont récupérés et transformés. Mobilier, créations textiles, objets divers : l’entreprise mise sur le réemploi et l’upcycling.

Plus important encore : l'entreprise permet à des chômeurs de longue durée de retrouver une activité professionnelle. Alors que la phase d'expérimentation du projet Territoires zéro chômeur arrive à son terme, la Communauté d'agglomération du Puy récupérera en fin d'année les locaux qu'elle mettait gratuitement à disposition depuis plus de trois ans.

« Je vais avoir beaucoup de mal à rebondir »

Le 24 décembre 2022, le territoire du Puy-en-Velay est habilité à l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée. Quelques mois plus tard, le 3 avril 2023, les Ateliers Aniciens ouvrent leurs portes avec 12 salariés.

Depuis, l’entreprise a grandi. Et pour certains salariés, elle est surtout devenue un point d’ancrage. C'est le cas de Roger, 54 ans et arrivé aux Ateliers Aniciens il y a un an. « Je ne trouvais plus de travail par rapport à mon handicap et mon âge, témoigne-t-il. J’ai rejoint les Ateliers Aniciens, ça m’a remis sur les rails. »

L’annonce, reçue il y a quelques semaines par courrier, a été un choc. Il raconte, bouleversé : « Depuis l’annonce, j’ai du mal à m’en remettre et je ne vois plus d’avenir avec mon âge et mon handicap. »

Il conclut, les larmes aux yeux : « Je vais avoir beaucoup de mal à rebondir. »

L'annonce a eu l'effet d'une bombe pour les salariés, comme pour Roger (à gauche)
L'annonce a eu l'effet d'une bombe pour les salariés, comme pour Roger (à gauche) Photo par HU

Le flou comme avenir

Pour Marc Petit, directeur des Ateliers Aniciens, l'annonce a eu le même effet. « Ça nous met dans une position qui est délicate. C’est très compliqué de se projeter », explique-t-il, alors qu'un déménagement impliquerait un loyer, des investissements et une perte d’activité.

Le directeur tient pourtant à souligner le soutien de la collectivité, qui met gratuitement le bâtiment à disposition depuis près de 4 ans. Conscient que la phase d'expérimentation du projet arrive à son terme, il dit : « Ils veulent récupérer le bâtiment et le terrain, c’est tout à fait légitime, ils ont d’autres projets. »

Pour lui, la question est l'avenir du projet : « Nous n’engagerons aucune démarche si nous n’avons pas la certitude que la communauté d’agglomération veut encore porter ce projet. »

Car derrière l’incertitude administrative, Marc Petit voit des parcours de vie.

« On voit des gens qui sont cassés par la vie. Grâce à l’entreprise, ils achètent une voiture, louent un appartement, on a des addictions qui sont moins fortes… »

Avec 44 salariés, dont 40 % bénéficient d’une reconnaissance de handicap, il redoute qu’une disparition de la structure ne ramène ceux qui sont déjà « cassés par la vie » au chômage, voire pire, à la rue ou dans les addictions.

Sur place, c'est une véritable fourmillière
Sur place, c'est une véritable fourmillière Photo par HU

Près de 4 500 emplois concernés en France

La première phase d'expérimentation, qui devait s’achever en juin 2026, a été prolongée jusqu’au 31 décembre. La proposition de loi visant à pérenniser et étendre le dispositif a été adoptée par l’Assemblée nationale en janvier, puis modifiée et adoptée par le Sénat en juin. Elle est désormais en deuxième lecture à l’Assemblée nationale.

Selon l’association nationale Territoires zéro chômeur de longue durée, 4 414 emplois ont été créés dans les entreprises à but d’emploi. Sans nouveau cadre législatif d’ici la fin de l’année, leur avenir serait remis en cause. À l’échelle du Puy-en-Velay, cela signifie surtout 44 salariés qui attendent de savoir s’ils pourront continuer à travailler.

Contactée par notre rédaction le mardi 15 septembre 2026, la Communauté d'agglomération du Puy n'a, pour l'heure, pas répondu à notre sollicitation.

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