Cela fait plus de trois ans que les Ateliers Aniciens ont trouvé leur place dans le paysage ponot. Dans leurs 1 100 m² de Taulhac, déchets textiles et objets destinés à être jetés sont récupérés et transformés. Mobilier, créations textiles, objets divers : l’entreprise mise sur le réemploi et l’upcycling.
Plus important encore : l'entreprise permet à des chômeurs de longue durée de retrouver une activité professionnelle. Alors que la phase d'expérimentation du projet Territoires zéro chômeur arrive à son terme, la Communauté d'agglomération du Puy récupérera en fin d'année les locaux qu'elle mettait gratuitement à disposition depuis plus de trois ans.
« Je vais avoir beaucoup de mal à rebondir »
Le 24 décembre 2022, le territoire du Puy-en-Velay est habilité à l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée. Quelques mois plus tard, le 3 avril 2023, les Ateliers Aniciens ouvrent leurs portes avec 12 salariés.
Depuis, l’entreprise a grandi. Et pour certains salariés, elle est surtout devenue un point d’ancrage. C'est le cas de Roger, 54 ans et arrivé aux Ateliers Aniciens il y a un an. « Je ne trouvais plus de travail par rapport à mon handicap et mon âge, témoigne-t-il. J’ai rejoint les Ateliers Aniciens, ça m’a remis sur les rails. »
L’annonce, reçue il y a quelques semaines par courrier, a été un choc. Il raconte, bouleversé : « Depuis l’annonce, j’ai du mal à m’en remettre et je ne vois plus d’avenir avec mon âge et mon handicap. »
Il conclut, les larmes aux yeux : « Je vais avoir beaucoup de mal à rebondir. »
L'annonce a eu l'effet d'une bombe pour les salariés, comme pour Roger (à gauche)
Photo par HU
Le flou comme avenir
Pour Marc Petit, directeur des Ateliers Aniciens, l'annonce a eu le même effet. « Ça nous met dans une position qui est délicate. C’est très compliqué de se projeter », explique-t-il, alors qu'un déménagement impliquerait un loyer, des investissements et une perte d’activité.
Le directeur tient pourtant à souligner le soutien de la collectivité, qui met gratuitement le bâtiment à disposition depuis près de 4 ans. Conscient que la phase d'expérimentation du projet arrive à son terme, il dit : « Ils veulent récupérer le bâtiment et le terrain, c’est tout à fait légitime, ils ont d’autres projets. »
Pour lui, la question est l'avenir du projet : « Nous n’engagerons aucune démarche si nous n’avons pas la certitude que la communauté d’agglomération veut encore porter ce projet. »
Car derrière l’incertitude administrative, Marc Petit voit des parcours de vie.
« On voit des gens qui sont cassés par la vie. Grâce à l’entreprise, ils achètent une voiture, louent un appartement, on a des addictions qui sont moins fortes… »
Avec 44 salariés, dont 40 % bénéficient d’une reconnaissance de handicap, il redoute qu’une disparition de la structure ne ramène ceux qui sont déjà « cassés par la vie » au chômage, voire pire, à la rue ou dans les addictions.
Sur place, c'est une véritable fourmillière
Photo par HU
Près de 4 500 emplois concernés en France
La première phase d'expérimentation, qui devait s’achever en juin 2026, a été prolongée jusqu’au 31 décembre. La proposition de loi visant à pérenniser et étendre le dispositif a été adoptée par l’Assemblée nationale en janvier, puis modifiée et adoptée par le Sénat en juin. Elle est désormais en deuxième lecture à l’Assemblée nationale.
Selon l’association nationale Territoires zéro chômeur de longue durée, 4 414 emplois ont été créés dans les entreprises à but d’emploi. Sans nouveau cadre législatif d’ici la fin de l’année, leur avenir serait remis en cause. À l’échelle du Puy-en-Velay, cela signifie surtout 44 salariés qui attendent de savoir s’ils pourront continuer à travailler.
Contactée par notre rédaction le mardi 15 septembre 2026, la Communauté d'agglomération du Puy n'a, pour l'heure, pas répondu à notre sollicitation.