100% de plastiques recyclables en 2025 : une utopie ?

ven 28/09/2018 - 10:50 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:54

En mai 2017, lors de son discours de politique générale, le Premier ministre, Edouard Philippe, fixait un objectif : à l’horizon 2025, la France devrait passer à 100 % de plastiques recyclables. Le secteur de l'emballage, premier consommateur de matières plastiques, est le premier concerné par cette mesure.
L’école supérieure de packaging (ESEPAC), installée dans la zone industrielle de Saint-Germain-Laprade, forme des futurs professionnels de l'emballage embauchés par des industriels de différents secteurs. Son directeur, Serge German, a accepté de répondre à quelques questions.
La volonté du gouvernement de passer à 100 % de plastiques recyclables d’ici à 2025 vous semble-t-elle réaliste ?
Que les emballages soient vertueux par rapport à l’environnement d’ici à 2025 ne me semble pas irréalisable. Il faut simplement faire attention à la définition que l’on donne au mot « recyclable ». Dans l’imaginaire collectif, cela correspond souvent à des déchets que l’on va jeter dans la nature et qui vont automatiquement se dégrader pour devenir des végétaux ou retourner dans la biomasse. Tel que le gouvernement et les industriels l’entendent, ce n’est pas aussi simple.
En réalité, il ne faut pas comprendre que la totalité des emballages vont devenir biodégradables mais plutôt que tous seront capables d’avoir une seconde vie correcte, sous différentes formes : par compostabilité, par réusage, ou réutilisation dans d’autres matériaux. C’est le principe d’une économie circulaire. Avec cette notion-là, le civisme est l’élément le plus important : beaucoup d’emballages seraient faciles à gérer simplement si on les mettait dans nos poubelles et pas dans la nature.
Depuis quand a-t-on commencé à produire des emballages plastiques recyclables ?
Ce changement s’est opéré depuis 2007 avec l’entrée en vigueur du règlement européen REACH (Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals), un répertoire qui classe les matériaux en fonction de leur impact sur l’environnement et les humains. En parallèle de ces nouvelles contraintes, une prise de conscience s’est développée dans le public, notamment grâce à l’action d’ONG, qui a donné lieu à une réponse marketing.
Aujourd’hui, nous sommes capables de créer des polymères (plastiques) à partir de végétaux. D’un autre côté, on sait aujourd’hui réaliser de nombreux polymères de manière à ce qu’ils se dégradent dans un temps humain.
C’est dans tout cet ensemble-là que l’industrie fait des progrès mais doit être bien plus volontaire qu’aujourd’hui. Elle doit dépasser des problématiques économiques réelles : ces technologies ne sont pas matures et demandent de l’investissement. Il faut changer les lignes de production, obtenir des avals réglementaires… De plus, il n’est pas garanti que les nouveaux produits soient aussi performants que les anciens.
Quel a été l’impact sur l’enseignement dans votre école ?
Cela a induit des évolutions dans l’apprentissage de nos élèves. Ils ont désormais de la biologie, parce qu’avec les produits d’origine animale ou végétale, on passe dans du vivant. Et, en chimie, il y a eu de gros changements avec l’apparition des matières non conventionnelles.
Nous leur apprenons également à mesurer l’impact environnemental d’un emballage à tous les niveaux de la chaîne de production, que ce soit pour le transport, la fabrication ou leur utilisation après coup. Ce qui doit les conduire à faire des choix raisonnés de matière, de technologie mais aussi de localisation de production.
A l’heure actuelle, il y a très peu de postes dans les entreprises dédiés à un travail spécifique sur l’impact environnemental des emballages. C’est surtout une tâche que l’on adjoint à d’autres fonctions. Elle occupe cela dit près de 20 % du volume de travail quotidien de nos élèves quand ils sont embauchés. Auparavant, on leur demandait surtout de travailler à des améliorations de performance, des créations de nouveaux produits… Et maintenant on leur demande de travailler sur des évaluations environnementales, d’aller identifier des technologies à mettre en œuvre de façon à améliorer cette performance-là.

E.R.

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