« On nous laisse tomber, on nous abandonne. Alors, nous, on va faire pareil. »
Une petite trentaine d’enseignants des écoles privées catholiques de Haute-Loire se sont rassemblés mercredi 27 mai à 16 h devant les portes de la Direction diocésaine de l’enseignement catholique (DDEC), au Puy-en-Velay, à l’appel des syndicats CFDT et SNEC-CFTC 43.
Cette mobilisation locale s’inscrivait dans une journée d’action nationale avec une manifestation ce jeudi 28 mai à Paris. Un appel à des rassemblements devant chaque DDEC de France avait été lancé. Les syndicats altiligériens ont donc suivi l’appel.
Ils espéraient, en plus de médiatiser le sujet, pouvoir sensibiliser plus précisément les enseignants sur les enjeux, mais ils étaient peu nombreux à avoir fait le déplacement.
« Ça a été fait d’une telle façon que c’est un peu ardu et les gens ne se rendent pas compte. C’est pour ça qu’il n’y a pas beaucoup de monde », estime Christophe Cathala, président du SNEC-CFTC 43, qui remarque par ailleurs la présence d’anciens collègues ayant traversé des maladies graves et mesurant pleinement les enjeux.
« Mais les jeunes qui arrivent, qui sont en bonne santé, la prévoyance, c’est lointain. », conclut-il.
« Mauvais calcul »
En place depuis plus de vingt ans, ce régime de prévoyance est aujourd’hui présenté par les syndicats comme particulièrement protecteur. Selon eux, la Fédération nationale des organismes de gestion de l’enseignement catholique (FNOGEC) a décidé d’y mettre fin afin d’économiser plusieurs dizaines de millions d’euros, estimés entre 50 et 66 millions.
SNEC-CFTC 43 estime que c’est un « mauvais calcul » si les enseignants se désengagent et abandonnent le bénévolat, avançant que cette prévoyance peut être vue comme une reconnaissance du temps de bénévolat donné.
La situation actuelle
La prévoyance, c’est ce qui permet d’avoir un complément de salaire, ou encore une rente ou un capital pour les proches, lors de périodes de réduction d’activité dues à un arrêt maladie, une invalidité ou un décès.
À ce jour, les enseignants des établissements privés catholiques bénéficient d’un système majoritairement financé par les organismes de gestion des écoles (OGEC). Selon les syndicats, cela représente entre 5 et 8 euros par mois pour les enseignants, avec un maintien de salaire pouvant atteindre 95 % en cas d’arrêt maladie :
« Pour l’instant, nous bénéficions d’un régime de prévoyance qui est de très bonne qualité avec une cotisation pour les enseignants de l’ordre de 0,2 % de leur salaire brut. », indique Pascal Habauzit, représentant CFDT 43.
Pour les représentants syndicaux présents, cette prévoyance constitue même « le seul avantage » dont bénéficient les enseignants du privé par rapport à leurs collègues du public, qu’ils jugent davantage favorisés, notamment au niveau de la retraite, de l’accessibilité à certains concours ou de la sécurité de l’emploi.
Mais ce système prendra fin en décembre 2026, après l’échec des négociations autour du renouvellement de l’accord actuel. « On abandonne l’esprit solidaire, chacun pour sa pomme. Et pour nous, ce n’est pas acceptable. », résume Christophe Cathala.
Un système solidaire obligatoire qui devient responsabilité individuelle
Selon les syndicats, le régime collectif obligatoire devrait être remplacé par des contrats individuels. La CFDT 43 évoque des cotisations pouvant atteindre « entre 40 et 50 euros par mois » via la MGEN, avec une participation de l’État de 7 euros mensuels.
Outre cette hausse jugée importante, les syndicats dénoncent aussi une baisse de protection. Selon la CFDT 43, la couverture resterait globalement équivalente, tandis que le SNEC-CFTC affirme que le maintien de salaire tomberait à 80 % au lieu de 95 % actuellement.
La CFDT 43 estime également que cela pourrait représenter une perte « de 4 à 5 % du pouvoir d’achat », dans un contexte déjà marqué par l’inflation.
« Le choix de l’individualisme »
La SNEC-CFTC 43 dénonce « le choix de l’individualisme » :
« L’enseignement catholique fait le choix d’abandonner une prévoyance solidaire car obligatoire, qui répartit le risque sur tous, pour une prévoyance individuelle car facultative. »
Le syndicat alerte également sur le risque de précarité pour les petits salaires, notamment chez les jeunes, qui pourraient faire le choix de ne pas prendre cette prévoyance proposée par la MGEN (ou une autre), ne se sentant, par ailleurs, pas forcément concernés. Ils s’interrogent également sur les conséquences en cas de coup dur :
« L’enseignement catholique prend le risque de la précarité pour ses enseignants malades. », poursuit le syndicat.
Le bénévolat menacé d’en pâtir
Au-delà de la question financière et d’une possible baisse de couverture, les représentants syndicaux redoutent aussi un impact sur l’investissement bénévole des enseignants dans les établissements privés catholiques :
« Dans l’enseignement catholique, on a l’habitude de faire du bénévolat », souligne Pascal Habauzit.
Selon lui, la suppression de cette prévoyance risque d’être vécue comme un manque de reconnaissance après des années d’investissement dépassant largement le cadre strict des heures de cours :
« Si je prends l’ensemble de la Chartreuse qui a eu l’incendie, il n’y a pas un prof qui a rechigné à apporter son aide, faire du travail supplémentaire. Et là, en guise de remerciement, on nous dit : ben, on va vous supprimer ça. », illustre Pascal Habauzit.
« Et quand il n’y a pas de retour, oui, c’est sûr qu’à un moment, c’est démotivant. »
Christophe Cathala partage ce constat :
« Les gens, ils ont dit : "ils vont nous faire payer six fois plus pour moins à la fin. Du coup, on est moins motivés pour nous investir." En plus, pour certains, ça peut être ressenti comme une trahison : "On nous laisse tomber, on nous abandonne. Alors, nous, on va faire pareil." Et quand il n’y a pas de retour, oui, c’est sûr qu’à un moment, c’est démotivant. »
Demande de reprise des négociations
Les représentants syndicaux se disent prêts à poursuivre leur action jusqu’à obtenir une reprise des négociations :
« On va poursuivre les manifestations jusqu’à ce que les représentants des OGEC et des syndicats des chefs d’établissements reprennent des négociations sérieuses. », affirme Pascal Habauzit.
La SNEC-CFTC 43 s’aligne en axant sur le maintien de la prévoyance, même s’ils anticipent une augmentation des cotisations :
« Nous demandons aux responsables de l’Enseignement catholique et de la FNOGEC de reprendre de réelles négociations qui auront pour conséquence, on s’en doute, une augmentation des cotisations des enseignants mais qui permettront le maintien de notre prévoyance », indique le communiqué.