L'héritage des grandes crues
Ce chantier d'envergure s'inscrit dans une histoire locale encore vive dans les mémoires. Parmi les trop nombreuses inondations qui ont touché la commune, la crue du 21 septembre 1980 avait causé d'importants dégâts et des pertes humaines.
À la suite de cette catastrophe, d’importants aménagements avaient été réalisés pour réduire le risque de crue. Le lit de la Loire avait été creusé et des clapets mobiles étaient venus remplacer les anciens seuils des moulins, permettant de réguler le niveau de l’eau.
Ces équipements, qui ont subi le poids du temps et des crues, nécessitent une remise à neuf complète. Leur rénovation permettra à la commune de Brives-Charensac de pérenniser son patrimoine hydraulique, tout en modernisant et en automatisant son fonctionnement. C'est pour mener à bien ce projet d'envergure que la Communauté d'Agglomération du Puy-en-Velay a choisi Elcimaï, groupe français spécialiste en ingéniérie.
Plus de 200 tonnes de contrepoids pour contrebalancer
Photo par Hugo Uliana
"Le clapet le plus éloigné se situe à 48 mètres de la berge", Sylvie Manera, cheffe de chantier du groupe Elcimaï
Une opération spectaculaire aux dimensions exceptionnelles
Le spectacle est rare sur les rives de la Loire : une grue de 750 tonnes, acheminée en sept camions et montée sur place, était à pied d’œuvre pour lever les vérins ainsi que les deux derniers clapets présents sur le fleuve. Ces structures métalliques sont longues de 17 mètres et pèsent plus de 35 tonnes chacune.
Si les deux premiers clapets avaient déjà été levés le mois dernier à l’aide d’une grue de 450 tonnes, la configuration des lieux imposait cette fois des moyens hors norme. "Le clapet le plus éloigné se situe à 48 mètres de la berge", explique Sylvie Manera, cheffe de chantier du groupe Elcimaï. Elle illustre : "C'est comme un haltère. C'est beaucoup plus difficile de le soulever avec un bras tendu que plié." Pour atteindre cette distance, la grue de 750 tonnes est équipée de plus de 200 tonnes de contrepoids. Le mastodonte, fourni par la société spécialisée Mediaco, permet de réaliser ces levages délicats en toute sécurité.
Réparation, peinture, sablage : les vérins et les clapets vont partir en rénovation avant d'être réinstallés entre début août et septembre prochain. Les seuils de la Minoterie et d'Audinet en amont, pourront ainsi être reliés et automatisés. Pour mener à bien ces travaux d'ampleur, une plateforme et une piste d'accès au fleuve de 750 mètres ont été créées.
Deux clapets avaient été soulevés le mois dernier à l'aide d'une grue de 450 tonnes
Photo par Groupe Elcimaï
"L'énergie produite représentera 1,15 GWh (gigawattheure) d'électricité renouvelable, soit l'équivalent de la consommation annuelle de 500 foyers hors chauffage", Sylvie Manera
Un double-chantier de grande envergure
Au-delà du levage et de la rénovation des vérins et des clapets, le projet comprend un second volet majeur : la construction d’une centrale hydroélectrique sur la rive opposée, au niveau de l'ancien moulin de la Minoterie (l'actuelle médiathèque). Le chantier y est en cours en parallèle.
Cette future infrastructure exploitera un dénivelé artificiel de quatre mètres pour alimenter la turbine qui sera installée plus en aval, dans le but de produire de l’électricité renouvelable pour le territoire. La mise en service de la centrale est prévue pour le printemps 2027. "L'énergie produite représentera 1,15 GWh (gigawattheure) d'électricité renouvelable, soit l'équivalent de la consommation annuelle de 500 foyers hors chauffage", précise Sylvie Manera. A titre de comparaison le parc photovoltaïque La Clé des champs de Saint-Christophe-sur-Dolaizon produit 17 GWh.
Ce double chantier illustre une ambition claire : conjuguer mémoire du passé, adaptation au changement climatique et transition énergétique, dans un projet structurant pour l’ensemble du territoire. D’ici la fin de l’été, la réinstallation des clapets offrira aux habitants de la commune un nouveau spectacle tout aussi hors du commun, confirmant le caractère exceptionnel de ces travaux sur la Loire.
Un clapet pèse plus de 35 tonnes
Photo par Thierry Bizien, conducteur de travaux Industeam