Un carton qui bouge au pied du sapin. La scène pourrait prêter à sourire, tant elle rappelle ces vidéos virales qui circulent sur les réseaux sociaux. À l’intérieur, un chiot, un chaton, parfois un lapin. Mais l’émotion des premiers jours laisse parfois rapidement place à la réalité. Un animal n’est pas qu’une peluche affectueuse. Il faut le sortir, assumer les frais vétérinaires, l’éduquer et lui accorder, simplement, du temps. Cette petite boule de poils peut bouleverser un quotidien bien installé.
Des abandons toute l’année
Chaque année, plus de 330 000 animaux sont livrés à eux-mêmes ou confiés aux refuges. Les abandons sont constants, confirme Rayan El Manaa, responsable de la SPA de Brioude « les abandons, malheureusement, c’est toute l’année. »
Les deux structures ne constatent pas de pic particulier après les fêtes. En revanche, la période estivale est, elle, plus compliquée : il y a alors quatre entrées pour une sortie, « c'est là où on se retrouve submergés », confirme M. El Manaa.
Plus de 90 %, des cas d'abandons sont commis illégalement de manière différente : chiens attachés au bord d’une route, laissés dans des endroits reculés ou sur une aire d'autoroute
Les refuges en première ligne
Dans les refuges, comme à la SPA, le nombre de pensionnaires reste élevé. À Polignac, la structure accueille actuellement 54 chiens et 21 chats. À Brioude, la SPA héberge 47 chiens et 32 chats. Sur l’année, la structure voit passer 490 animaux.
Parmi eux, seulement vingt-sept sont des abandons légaux, c’est-à-dire des animaux déposés volontairement par leurs propriétaires, qui s’acquittent des frais d’abandon. Les causes invoquées sont multiples : décès du propriétaire, changement de situation familiale, arrivée d’un bébé ou changement d’emploi, selon la SPA de Polignac.
« Les gens qui détiennent les animaux oublient complètement leurs responsabilités envers eux. » Rayan El Manaa
Parmi ces animaux recueillis par la SPA, Rayan El Manaa constate une augmentation préoccupante : « c'est le nombre des saisies et de maltraitances. C'est une de mes grosses inquiétudes ».
Des chiens « à la mode »
Rayan El Manaa évoque également l’effet de mode observé depuis plusieurs années. Les chiens de type molosse ou malinois ont progressivement remplacé le labrador ou le caniche, longtemps considérés comme les chiens de famille.
« Ces chiens-là, il y a 20 ans, c'étaient des chiens qui avaient, entre guillemets, un délit de sale gueule », confie M. El Manaa. "Aujourd’hui, ils sont de plus en plus adoptés, puis abandonnés, faute de préparation ou de compréhension de leurs besoins"
Une maltraitance qui évolue, mais qui reste bien réelle « ce n'est plus les maltraitances barbares, ce sont plutôt des gens qui ont pris des chiens, et qui, à un moment donné, ne se sont pas rendus compte de la responsabilité que ça pouvait engager et derrière ont traité les chiens n'importe comment. »
Cette année, la SPA de Brioude comptabilise 21 saisies pour maltraitance, un chiffre jugé particulièrement préoccupant par le responsable de la SPA.
Offrir un animal, c’est mettre en danger un petit être vivant et faire peser une responsabilité lourde et durable sur une personne qui n’a pas toujours été préparée à l’assumer
Ce que dit la loi
L’abandon d’un animal n’est pas un acte anodin. Le Code pénal le considère comme un acte de cruauté, au même titre que la maltraitance.
Selon l’article 521-1, la loi prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour sévices graves ou actes de cruauté envers un animal domestique, apprivoisé ou tenu en captivité. Lorsque le propriétaire est condamné ou inconnu, le tribunal peut décider du devenir de l’animal, qui peut être confié à une association de protection animale.
La législation a également évolué ces dernières années. L’animal est reconnu comme un être vivant engageant la responsabilité de son détenteur. Désormais, pour adopter un animal de compagnie, les futurs propriétaires doivent remplir un certificat d’engagement, destiné à limiter les adoptions irréfléchies.
Recherche une famille
Photo par Nicolas Defay
De la part du Père Noël
Julia fait partie de celles qui ont découvert, un soir de Noël, un lapin nain en guise de cadeau. Âgé de seulement quelques semaines, « Il était minuscule », se souvient-elle. L’animal avait été offert sans cage, simplement déposé dans un carton avec un peu de foin.
Dix ans plus tard, Globule, dit « Bubulle », fait toujours partie de la famille. Malgré les petits tracas liés à l’âge, il a trouvé sa place et a su conquérir le cœur de ses proches.
Aujourd’hui, Julia parle d’« un cadeau empoissonné », avant d’ajouter qu’il a été « fait à une personne qui aime les animaux ». Si, pour Bubulle, l’histoire se termine bien, Julia n’en reste pas moins lucide « on ne fait pas de cadeau animal. »
Un animal n'est pas une chose
À la SPA, cette réalité est bien connue : « on refuse des adoptions sous forme de cadeau » explique Rayan El Manaa. Des garde-fous existent également : « on a des certificats d'engagement qui existent, qui limitent ce genre d'adoption ».
L’adoption d’un animal c’est aussi de bonheur en barre, une présence douce quand les temps sont durs, une motivation pour sortir s’aérer l’esprit, un être qui nous pousse à nous responsabiliser.
Derrière chaque adoption réussie, comme celle de Bubulle, se cachent des centaines d’animaux abandonnés, maltraités ou oubliés, dont les refuges portent seuls la charge.
Derrières les grilles, ils attendent patiemment de sortir des boxes
Photo par Nicolas Defay