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Antenne 4G à Mazeyrat : L’expert judiciaire exige l’arrêt des émissions

Par nicolas@zoomdici.com ven 15/04/2022 - 09:00 , Mise à jour le 15/04/2022 à 09:00

Suite aux audiences sur l’affaire qui oppose le Gaec du Coupet aux avocats d’Orange et de Santerne, une 1ere expertise de l’exploitation agricole a été réalisée récemment. Le professionnel mandaté par la justice demande un arrêt du relais de plusieurs mois pour constater les effets néfastes de l’antenne sur le cheptel.

Le rapport est daté du 4 avril 2022 et signé par la main du professeur et vétérinaire Jean-Dominique Puyt. Il a été envoyé à Eric Etienne, préfet de la Haute-Loire. Dans ce document, il est retranscrit l’hécatombe à l’œuvre dans l’exploitation agricole de Frédéric Salgues et sa famille, implantée à Mazeyrat-d’Allier. Depuis l’installation d’une antenne 4G mise en service le 12 juillet, ce sont plus d’une quarantaine de bêtes qui sont mortes dans des circonstances inconnues. La production de lait a chuté de moitié. Le troupeau se regroupe dans le coin le plus éloigné de l’antenne de télécommunication, cette dernière bâtie à 250 mètres de la stabulation.

« Nous ne savons plus quoi faire tant notre quotidien est affecté. Nous sommes totalement impuissants ». Frédéric Salgues

« Aujourd’hui notre troupeau laitier est dans un état de maigreur dramatique, les troubles d’élevage persistent et nous nous trouvons dans une situation financière désastreuse, partage Frédéric Salgues. D’habitude, une génisse de 6 mois pèse environ 200 kg. La dernière que nous avons mesurée affichait 104 kg. La semaine dernière, deux vaches sont encore mortes. Et le lait ne remonte toujours pas. Nous ne savons plus quoi faire tant notre quotidien est affecté. Nous sommes totalement impuissants ».

Selon l’expertise : « Le troupeau est indemne des maladies classiques réglementées susceptibles d’affecter les bovins. Le troupeau est à jour de toutes les prophylaxies obligatoires et bénéficie d'un statut indemne en brucellose, leucose, tuberculose, IBR, varron ».

250 mètres séparent l'antenne 4G à l'exploitation agricole.
250 mètres séparent l'antenne 4G à l'exploitation agricole. Photo par Nicolas Defay

« On sera alors conduit à admettre l’implication de l’antenne litigieuse »

Pour savoir si oui ou non, l’antenne exploitée par Orange et construite par la société Santerne est à l’origine du mal, l’expert mandaté par la justice, Jean-Dominique Puyt, demande que le relais 4G n’émette plus pendant « deux ou trois mois pour voir l’évolution de la production laitière. Si l’arrêt de l’antenne s’accompagne d’une remontée de la production laitière et si la remise en service ultérieure s’accompagne d’une nouvelle dégradation de la production laitière, on sera alors conduit à admettre l’implication de l’antenne litigieuse ». Sauf que…

« Nous avons donné au Ministre jusqu’à la fin de la semaine pour (…) que l’émission soit suspendue »

...sauf que l’arrêt même provisoire d’une antenne de télécommunication n’est pas chose aisée. « Dans la procédure habituelle, c’est à la préfecture de demander l’arrêt d’une antenne au ministère, explique Anne Rogues, Directrice de la FDSEA 43. Le préfet a bien l’expertise et tous les documents entre les mains. Malgré tout, la suspension des émissions d’un relais relève d’un protocole très particulier qui dépasse son pouvoir préfectoral. »

« Si l’arrêt de l’antenne n’est pas effectué, si rien ne bouge, nous prendrions alors d’autres mesures plus catégoriques ». Anne Rogues

Elle ajoute alors : « Cette décision revient au Ministre lui-même. Pour cela, nous avons contacté Julien Denormandie, Ministre de l’agriculture, ce matin même du 14 avril et il nous a assuré qu’il s’en occupait rapidement. Nous avons donné au Ministre jusqu’à la fin de la semaine pour que la décision soit prise et que l’émission soit suspendue. » Elle termine ainsi : « Si l’arrêt de l’antenne n’est pas effectué, si rien ne bouge, nous prendrions alors d’autres mesures plus catégoriques. Mais on a bon espoir ».

Selon l’expertise : « L'élevage a mis en place à partir de janvier 2020 le dépistage de la BVD (diarrhée bovine virale, Ndlr) sur toutes les naissances, conformément à l'arrêté ministériel en vigueur. Aucun animal immunodéprimé IPI (Infecté Persistant Immunotolérant) n'a été mis en évidence dans le troupeau ».

Les bêtes ne s'abreuvent que très peu, se laissant mourir doucement.
Les bêtes ne s'abreuvent que très peu, se laissant mourir doucement. Photo par Nicolas Defay

« Les gendarmes patrouillent quotidiennement à proximité pour surveiller le pylône »

Cette affaire résonne bien au-delà du village de Mazeyrat d’Allier. « Le 26 mars dernier, 45 maires sur les 60 que compte la Communauté de Communes des Rives du Haut-Allier, ainsi que le président de la Com Com étaient là pour nous soutenir, pour montrer leur hostilité à cette antenne défaillante et pour s’offusquer du pouvoir d’Orange et de Santerne sur le dossier judiciaire », confie Géraldine, l’épouse de Frédéric Salgues.

Et son mari de rajouter : « Certains voulaient carrément démonter les grilles et s’occuper de l’antenne. Les tensions sont réellement en train de monter et les gens s’inquiètent de plus en plus. D’ailleurs, les gendarmes patrouillent quotidiennement à proximité pour surveiller le pylône ».

« Il en va de son avenir »

Si de nombreux maires s’épanchent ainsi sur ce dossier explosif, si ailleurs dans le département des collectifs se battent contre l’implantation d’une antenne 4G sur leur territoire en citant les problèmes de Mazeyrat, les parlementaires interpellent aussi les pouvoirs publics.

Le député de la Haute-Loire Jean-Pierre Vigier a ainsi écrit le 15 décembre 2021 à Cédric O, Secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des communications électroniques, ainsi qu’à Nicolas Guérin, Secrétaire général de Groupe Orange. Il leur demande expressément de « bien vouloir trouver une solution très rapidement pour que cette exploitation puisse de nouveau fonctionner normalement. » En concluant en ces termes : « Il en va de son avenir ».

"Laissons la justice faire son travail"

En fin de matinée ce vendredi matin, Frédéric Salgues a rencontré, accompagne du député de la Haute-Loire Jean-Pierre Vigier et du maire de Mazeyrat, le préfet de Haute-Loire. "Sur ce dossier nous sommes tous mobilisés, que ce soit les élus, les agriculteurs et les habitants, y compris monsieur le préfet qui est à notre écoute et nous apporte son soutien", soulignait le député, qui ne souhaitait ajouter aucune autre réaction, souhaitant "laisser la justice faire son travail." Frédéric Salgues, quant à lui est dans "l'obligation d'attendre. On n'a pas le choix. Je suis confiant".