Vote des femmes : deux nonagénaires passent le flambeau aux lycéens ponots

mer 29/04/2015 - 19:56 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:33

"Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes". Le 21 avril 1944, l'ordonnance prise par le Gouvernement provisoire du général De Gaulle à Alger instaure le droit de vote des femmes en France. Chaque chose en son temps cependant, car les premières femmes élues attendront encore un peu.
Mais pour aller voter, elles se déplacent en masse le 29 avril 1945 pour le premier tour des élections municipales, puis le 13 mai pour le second tour. Suivront, la même année, les élections cantonales et l'élection d'une Assemblée constituante.

  • Noëlie Plantin, 93 ans, plonge dans ses souvenirs et se remémore au micro de Zoomdici son premier vote en 1945. Elle nous livre ses impressions sur les évolutions des droits des femmes, mais aussi de l'influence des hommes sur les femmes.

     

"Le plus important à l'époque, pour une femme, c'était d'élever ses enfants"
C'est donc un anniversaire tout particulier qui était fêté ce mercredi 29 avril 2015, notamment pour Noëlie Plantin et Marcelle Lazert, deux altiligériennes qui pénétraient pour la première fois dans l'isoloir il y a 70 ans. Ce mercredi, elles sont venues célébrer cet anniversaire avec une trentaine d'adolescents du lycée Simone Weil au Puy-en-Velay.
"Le plus important à l'époque, pour une femme, c'était d'élever ses enfants", témoigne l'une des deux nonagénaires, "on votait un peu par ignorance, pour rigoler". C'est pourtant le début d'une période de profonde transformation de la société pour l'accession progressive des femmes à l'égalité civile et professionnelle.

----Que votaient alors les femmes ?
Il y a eu des études : de 1945 à 1950, elles votaient surtout à droite et puis à partir des années 1970, le vote des femmes s'est équilibré. Aujourd'hui, il penche davantage à gauche.-----"Le droit à la contraception, c'était encore plus important que le droit de vote"
Le droit de vote des femmes était initialement bloqué par le Sénat, qui considérait que les femmes étaient trop soumises à l'Eglise. "Non, les femmes étaient surtout soumises à leur mari", tranche Noëlie, "mais beaucoup moins à la paroisse", explique-t-elle, alors qu'elle a passé son enfance au pensionnat Corneille, situé au pied du rocher, qui n'existe plus aujourd'hui et depuis la construction de l'Hôtel du Département. Seule l'école primaire était mixte à l'époque.
Tout s'accélère dans les années 1960 : les femmes se voient octroyer le droit d'exercer une activité professionnelle sans l'autorisation du mari (!), puis viennent les droits à la contraception (en 1967) et enfin à l'avortement en 1975. "Le droit à la contraception, c'était encore plus important que le droit de vote", estime l'une des deux retraitées venues témoigner.

Encore du chemin
Tous ces progrès évoqués demeurent cependant à parachever. Les inégalités entre les salaires persistent et les postes à responsabilité sont encore trop rarement confiés à des femmes. Malgré une modification de la Constitution en 1999 (introduisant la parité), ce n'est guère mieux sur le champ politique : les femmes représentent à peine un quart des parlementaires (députés et sénateurs) et aucune sur quatre (Laurent Wauquiez, Jean-Pierre Vigier, Gérard Roche et Olivier Cigolotti) en Haute-Loire.
En 2014, plus de 209 000 femmes ont été élues dans l'ensemble des conseils municipaux, soit 40 % environ, mais les mairies et intercommunalités restent dirigées respectivement à 84 % et 92 % par des hommes. Et sur les 101 Départements, seuls 10 sont présidés par des femmes.

  • Marcelle Lazert, 94 ans, revient entre deux éclats de rire sur sa première incursion dans l'isoloir, à l'âge de 24 ans : "c'était de la rigolade", nous confie-t-elle, assurant qu'elle ne subissait pas l'influence de son mari. Enfin, elle reconnaît qu'elle serait prête à voter pour une femme, mais qu'elle ferait davantage confiance à un homme.

     

Enfance et famille pour les femmes, économie et travaux pour les hommes
En mars dernier, une innovation, le scrutin binominal paritaire, a permis d'élire 50 % de femmes aux élections départementales. André Cornu, nouvel élu à l'assemblée départementale, s'en félicite : "je suis très ému par ces témoignages", a-t-il confié ce mercredi devant les lycéens, "la parité dans notre assemblée, ça ne peut qu'apporter une richesse énorme, avec plus de spontanéité, de dynamisme et de jeunesse. On s'en sortira aussi bien, voire mieux".
Catherine Chalaye, adjointe à la mairie du Puy aux Ecoles, petite enfance et famille, va dans le même sens : "c'est la loi obligeant la parité qui nous a permis d'intégrer le conseil municipal. C'était un mal nécessaire. Les postes concernant le social, les enfants et la jeunesse sont davantage réservés aux femmes alors que l'économie ou les travaux sont réservés aux hommes. Mais on travaille pour changer tout ça et ça évolue doucement".

Qu'en ont retenu les lycéennes ?
Noëlie et Marcelle avaient 23 et 24 ans quand elles ont pu voter pour la première fois. Comme 12 millions de Françaises, ce 29 avril 1945, elles ont participé au tout premier vote des femmes. Ce mercredi matin, elles sont venues témoigner devant une classe de terminale L du lycée Simone Weil du Puy. 

  • Parmi les élèves, Isia, 17 ans. Savait-elle que les femmes avaient si peu de droits à l'époque ?

 

  • Betty a 19 ans. Qu'a-t-elle retenu de ces témoignages ?

 

  • Laetitia, âgée de 16 ans, n'est pas restée indifférente au témoignage des deux nonagénaires et constate le décalage entre les droits de l'époque et d'aujourd'hui, même s'il reste encore du chemin à parcourir.

Les prochaines élections, ce sera en décembre, avec les régionales et la fusion Rhône-Alpes Auvergne.

Maxime Pitavy

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